Amours en marge, Yoko Ogawa

Une femme se réveille un matin et entend un étrange sifflement, comme si sa voisine mannequin jouait de la flûte. Elle va se rendre à la clinique F, spécialisée en ORL. Elle va y rencontre Y, un sténographe dont les doigts vont la fasciner.

Petit à petit on apprend à connaître cette femme qui se remet de cette étrange maladie. Elle est tombée malade le lendemain du jour où son mari l’a quittée. Elle n’a jamais travaillé. Elle a des souvenirs qui lui reviennent sans cesse : un garçon de treize ans qui l’a accompagnée dans un musée quand elle avait le même âge. Elle y avait vu l’appareil accoustique de Beethoven.

Elle voit Y, dans un hôtel à côté de la clinique. Il lui raconte son métier de sténographe, qui la fascine. Il lui raconte l’histoire de la famille propriétaire de l’hôtel…

Comme toujours chez cette auteure japonaise, l’atmosphère est étrange. Et les mots et les phrases sont douces. La jeune femme n’a pas une otite mais elle entend des bourdonnements. Elle tombe amoureuse non pas de ce sténographe, mais de ses doigts.

En fait, on lit en se demandant à chaque phrase où l’auteure veut nous mener. Elle parle de ces éléments qui font partie intégrante de notre corps, les oreilles, les doigts. Et à partir de ces 10 doigts et de ses 2 oreilles, elle construit une histoire qui prend un sens à la fin : Ogawa nous a parlé ici de la mémoire.

Dans Cristallisation secrète, les objets disparaissent et l’héroïne rêve de sténographie sans cesse (en tout cas elle écrit un roman sur une sténographe qui perd la voix). Dans ce dernier roman paru, les mots écrits, la voix perdue, tout ça est en rapport avec les souvenirs, avec ce qu’on perd, avec ce qu’on peut écrire pour se remémorer…

Dans ‘Amours en marge’, on croit qu’on va lire une histoire d’amour, et c’est un peu le cas. Mais en fait, on ne comprend pas ce qu’on lit jusqu’à la dernière page.

Encore une fois, je suis subjuguée par cette auteure japonaise. C’est tellement étrange d’écrire de cette façon. Et c’est toujours beau. Il y a des odeurs de jasmin tous les soirs à 20h, il y a des paysages enneigés et il y a des entretiens d’embauche pour travailler dans des usines de farine ou des usines de ciseaux.

Tout est singulier chez Yoko Ogawa.

Je sais que je vais continuer à lire cette auteure et être sans cesse étonnée par ce qu’elle a écrit.

Je n’ai pas l’habitude de mettre des extraits mais j’ai ici noter un passage qui m’a semblé très révélateur du style d’Ogawa.

“C’était une sténographie difficile (…). Quand je dis difficile, je ne parle pas de la fatigue fonctionnelle de mes doigts. C’est une question de sentiment. Si je transcris rapidement un mot plein de sentiment, l’émotion qui s’est répercutée dans l’atmosphère en même temps que la voix est instantanément enfermée dans ce mot pendant que mon stylo se déplace. C’est comme pour un fossile. Bien sûr, quand l’émotion est belle, il n’y a pas de problème. Mais les sentiments échangés aujourd’hui pendant la table ronde débordaient de hargne et de bassesse. Mes doigts sont blessés par les mots autant que par les hommes.”

Je dis que le roman prend tout son sens à la fin. C’est à la fois vrai et faux. En tout cas pour moi. Même si j’ai compris qu’il s’agissait aussi bien d’une sorte de livre sur la mémoire, que d’un roman d’amour ou encore un essai psychologique, il y a plein de choses qui restent en suspens. Et ce mystère que je n’arrive pas à percer, dans aucun des ses romans, fait pour moi tout le charme de Yoko Ogawa.

Vous pouvez retrouvez sur Blog-O-Book tous les bloggeurs qui en parlent.

Published in: on 27/01/2010 at 7:45 AM  Comments (8)  

The URI to TrackBack this entry is: https://laouleslivressontchezeux.wordpress.com/2010/01/27/amours-en-marge-yoko-ogawa/trackback/

RSS feed for comments on this post.

8 CommentsLeave a comment

  1. Un auteur singulier en effet ! J’aime beaucoup les ambiances étranges dans lesquelles elle nous plonge à chaque fois.

    • Moi aussi, je crois que c’est vraiment une expérience de lecture à avoir au moins une fois dans sa vie…

  2. J’adore aussi. Sans rien nous raconter de particulier, elle sait, je ne sais pas comment d’ailleurs, nous transporter dans son monde. Tout ça bien malgré nous. Tout est étrange chez elle, même la situation la plus anodine.

    • Je ne sais pas non plus comment elle fait… la traductrice fait un excellent boulot en tout cas!

  3. J’avais adoré Cristallisation secrète, un peu moins celui-ci mais je suis subjuguée tout de même! Je compte bien continuer ma découverte de Yoko Ogawa!

    • “subjuguée” est exactement l’adjectif qui convient!

  4. J’ai très envie de découvrir cette auteur qui m’a l’air tout a fait fascinante mais j’avoue ne pas trop savoir par lequel de ses romans commencer !

    • je ne sais pas si l’ordre importe peu… mais si tu y tiens vraiment, autant commencer par le premier paru en France…


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: