Le mystère de la création artistique, Stefan Zweig

Ça fait un certain temps que ce titre de Zweig me fait de l’œil. En effet, cela ne fait pas si longtemps que ça que je ressens un réel intérêt pour l’art en général. Mais plus le temps passe, et plus j’en suis avide.

Lire le dernier Houellebecq m’a conforté dans l’idée que l’art, sous toutes ses formes, est quasiment indispensable à notre société. C’est vrai, avant, vivre sans connaître la peinture, de toutes les époques, mais surtout l’art contemporain (que j’ai toujours un peu de mal à comprendre), ne m’empêchait pas de couler une vie douce et heureuse. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Et, cherchant un échappatoire à cette rentrée littéraire qui commence à me passer par dessus la tête, je me suis tourné, évidemment, vers notre cher et bien aimé Stefan. “Le mystère de la création artistique” m’a sauté aux yeux. Parce que trouver une réponse à ce mystère, et de plus sous la plume de Zweig, serait forcément une excellente lecture, aussi bien sur son fond que sur sa forme.

Il s’avère que ce texte a été écrit comme une conférence. Il y a donc un aspect un peu scolaire au texte mais le style de Zweig reste bien présent et cette “rédaction” est limpide. Tout est simple et clair. La première réponse à la question était, finalement, évidente : il n’y a pas un mystère mais des mystères. Chaque artiste conçoit ses œuvres de façon différente. La seule constante, d’après Zweig, est que l’artiste n’est jamais lui même quand il crée. Il est “hors de lui même”. Et à vrai dire, on se l’imagine aisément. Aujourd’hui, j’ai souvent entendu des écrivains dire que leurs personnages leur avait échappé. Il paraît que Balzac avait un jour ouvert la porte à un ami, en pleurs parce que “la duchesse de Langeais venait de mourir”.

Zweig ne donne pas la réponse à ce ou ces mystères. On aurait pourtant pu le croire bien placé : tous ceux qui ont lu “Le monde d’hier” savent que Stefan était un grand collectionneur de manuscrits, des partitions et autres choses ayant appartenu à divers artistes. Et puis Zweig lui même, qui a rédigé ce texte en 1939, est un artiste. Mais jamais il ne s’inclue dans cette catégorie. A croire qu’il n’a jamais fait que travailler et qu’il n’a jamais rien crée d’immortel… (si on le croise un jour au paradis, faudra lui expliquer !! ;-)). Mais non, Zweig apporte des éclaircissements : l’artiste est hors de sa conscience au moment de sa création, chaque artiste a sa propre manière de créer : seul chez soi ou seul dans un café dans le brouhaha constant, dessinant, écrivant ou composant en deux minutes ou en toute une vie. Il nous raconte comment Rouget de Lisle a crée la marseillaise : deux heures ont suffit. Mais Goethe a passé sa vie à écrire Faust.

Alors, quelle est la réponse ?

Il n’y a pas de réponse. Et même si les musées présentaient toutes les ébauches des œuvres présentées, cela ne suffirait pas. Parce qu’une œuvre, un tableau, un opéra, un livre deviennent œuvre d’art différemment pour tout un chacun. Et que pour la plupart de ces œuvres, il nous est impossible de nous les approprier au premier regard, à la première écoute, à la première lecture. Il faut les revoir, il faut s’en imprégner, il faudrait passer des heures et des heures devant un tableau pour en comprendre toute sa portée.

Tout cela, Zweig nous le dit en quelques pages (très pratique pour le challenge mais encore une fois, lire dix pages de Zweig laisse un goût de trop peu, et donc, on va lire encore du Zweig dans la foulée!), en comparant sa recherche à la criminologie, en comparant une œuvre d’art à un jeu d’échec ou encore aux femmes !

Quelqu’un (mais je n’arrive pas à me souvenir de qui, sorry!), disait qu’elle aurait aimé avoir Zweig comme professeur de lettres, professeur d’art, professeur d’histoire. Ce “quelqu’un” a raison. Non seulement il écrit divinement bien (et comment créait-il, lui ? Peut être que ce n’était que du travail mais aujourd’hui, on considère encore ça comme divin, même si ce n’est qu’un adjectif!), mais en plus, il explique les choses clairement tout en laissant des points d’interrogation qui laissent à chacun le loisir soit de se faire sa propre idée, soit d’aller creuser plus en profondeur.

Et pour moi, les livres qui donnent envie d’aller plus loin sont les meilleurs.

Lu dans le cadre du challenge Ich liebe Zweig.

Published in: on 13/09/2010 at 6:50 AM  Leave a Comment  

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