Dans ses yeux, Eduardo Sacheri

En mai dernier, j’ai vu un film extraodinaire. Un polar argentin. “Dans ses yeux”.

Un polar à l’intrigue haletante, sous fond de politique argentine. Un polar en plusieurs temps : un homme à la retraite veut écrire un roman. Un roman à propos d’un meurtre dont il s’est occupé près de 25 ans auparavant. Un film magnifique pour toutes les émotions que les acteurs y font passer par de simples regards… Un très beau film d’amour, un polar génial… Un film qui a reçu l’oscar du meilleur film étranger. Bref, un film que je conseille à tous.

Un film adapté d’un roman. Ce ne sera pas le premier, et pas le dernier.

Denoël a décidé de traduire ce roman en France. Alors quand j’ai vu ce livre arriver, je ne me suis pas posé la question : je voulais voir si la lecture serait aussi bien que mes souvenirs du film.

Alors ?

Alors au début oui. Au début tout est exactement pareil, au début Benjamìn Chaparro écrit ce livre, au début les chapitres sont alternés entre un narrateur qui décrit l’état de Benjamìn et l’histoire que celui-ci écrit. Au début il y a ce rayon de soleil sur la joue de Lilianna, qui est morte violée et étranglée. Au début il y a toutes les émotions, au début il y a tout cet amour entre Benjamìn et Irène, un amour jamais avoué, jamais consommé mais pourtant bel et bien présent.

Et puis l’enquête, si je puis appeler ça ainsi, avance. Je me souviens de tout. Ou presque. En tout cas je me souviens bien de la fin. La fin du film est brillante et atroce.

Et plus on avance dans le livre, plus les différences apparaissent. Certes, le film en est l’adaptation et c’est bien le réalisateur du film qui a changé certaines scènes. C’est bien le réalisateur du film qui a donné plus d’importance à Irène, c’est bien lui qui a insisté sur cet amour qui existe bel et bien sous la plume de l’auteur mais qui est bien plus mesurable aux regards échangés qu’aux mots écrits.

Car, comme Benjamìn Chaparro le dit lui-même, il y a parfois des choses impossibles à écrire. Des sentiments, des ressentiments, qu’on ne peut dire qu’avec les yeux.

Et puis la fin n’est donc pas la même.

Honnêtement, je trouve que la fin du livre est trop facile. Au fond, c’est la même. Sur le principe je veux dire. Mais la découverte de cette fin par le héros de ce livre, Benjamìn donc, change. Ainsi qu’un détail par rapport à la mort du meilleur ami de Benjamìn, alcoolique. Dans le livre, ça ressemble à ce qui aurait pu se passer dans la vraie vie, si je puis me permettre de dire quelque chose d’aussi naïf.

Dans le film, ça a plus d’impact car ça relève vraiment du polar américain. (Je parle là toujours de la mort de Sandoval, ami et collègue de Benjamìn).

Quant à la fin elle-même, dans le film, Benjamìn joue les enquêteurs. Dans le livre, tout lui tombe sous la main. En ça, je trouve que c’est plus facile et donc, dommage.

Et puis malheureusement Irène est moins présente. Dans ce cas, pourquoi ont-ils repris l’affiche du film sur la couverture ? Elle laisse penser que c’est le secret des yeux d’Irène qui va nous être dévoilé.

Alors qu’en fait, ce sont les émotions d’absolument chacun des personnages de cette histoire.

Conclusion ? Lisez-le livre oui, pourquoi pas. C’est un bon roman.

Mais surtout, surtout, allez voir le film.

PS : j’ai oublié de préciser que “Dans ses yeux” est le premier roman de Eduardo Sacheri. Même si j’ai nettement préféré l’adaptation cinématographique, je pense qu’il est important de le préciser car ça reste un très bon premier roman !!

Published in: on 09/01/2011 at 4:21 PM  Comments (14)  

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14 CommentsLeave a comment

  1. ah, mais je ne savais que c’était tiré d’un roman… mais vu ce que tu en dis, je m’en tiens à mon excellent souvenir du film, un très très bon moment de cinéma!

    • ça reste un bon roman ! mais oui, franchement, je crois qu’on peut s’en passer quand on a vu ce magnifique film !

  2. Ah oui, je l’avais aimé, ce film! Mais une succession de scènes trop mélo vers la fin (contrairement au reste du film) m’avaient fait penser qu’il devait être tiré d’un mauvais roman… ainsi donc! ^

    • Ainsi donc comme tu dis… ça doit être mon côté midinette mais je n’ai trouvé aucune scène mélo vers la fin ! (et la fin qui m’a plu et qui n’est pas dans le bouquin c’est la découverte par Benjamìn de ce que le mari de la morte a fait toute sa vie…)

      • Haha! Comme quoi nos goûts sont parfaitement complémentaires : je n’ai pas aimé du tout le passage où Benjamin découvre le pot-aux-roses. C’est cela que je trouvais mélodramatique, pas sa relation avec Irène
        (plus la lettre manquante, mais bon). Et je pensais que cela venait d’une fidélité trop grande du scénariste par rapport au livre. Tout faux, donc.
        Reste qu’on se rejoint sur l’essentiel : c’est un vrai bon film.
        Avec une scène excellente dans un stade de foot – c’est très rare ^

      • je ne sais pas quand tu l’as vu mais tu as quand même en souvenir des détails qui m’ont complètement échappé !!! La scène de foot ne m’a pas marqué (en plus elle n’existe pas dans le livre) et qu’est ce que cette histoire de lettre manquante ??
        Bref, comme tu dis, un vrai bon film, à revoir donc !!🙂

  3. Dans son roman, Eduardo Sacheri évite justement le côté mélo du film, qui ne peut s’empêcher de faire correspondre l’amour d’Irene à celui de Chaparro. Le livre se termine sur une inconnue : on ne saura jamais si Irene aime Chaparro d’amour ou d’amitié, et cette pudeur est parfaitement démontrée par l’auteur. C’est un premier roman brillant, tout en délicatesse. Malgré les multiples changements, j’avais moi aussi beaucoup apprécié le film, mais j’ai d’abord lu le roman, qui m’a fortement impressionnée.

    • C’est sûr qu’ayant déjà vu le film, j’étais persuadée qu’Irène aimait elle aussi Chaparro. Alors j’ai lu comme si. Donc le fait que le roman se termine sur une inconnue ne m’a pas gênée, au contraire, j’y ai vu tout ce que le réalisateur du film y a vu, lui aussi

  4. C’est marrant, je réalise en te lisant que je ne lis jamais le livre dont est tiré un film que j’ai aimé, et inversement. Je me contente d’une histoire, qu’elle soit écrite ou filmée… On court toujours le risque d’être déçue non ?

    • oui c’est vrai, on court facilement le risque d’être déçue. En tout cas, s’il y a un sens à faire dans les adaptations, je pense qu’il faut d’abord lire le bouquin et ensuite voir le film. On se fait sa propre idée de ce que l’écrivain a voulu montrer, dire, faire ressentir. Une adaptation est la vision d’un seul lecteur finalement. C’est comme si on lisait “orgueils et préjugés et vampires” avant de lire “orgueils et préjugés” (c’est le seul exemple réel qui me vient là !!!)

  5. Là, je t’assure que tu ne seras pas déçue car les deux histoires sont différentes, résolues diversement selon qu’on est dans le roman ou dans le film. Et puis Sacheri a un style assez extraordinaire. Je ne saurais que te conseiller ce livre magnifique.

    • Ton commentaire me laisse perplexe… j’ai lu le livre puisque j’en parle ici ! Et j’ai vu le film à sa sortie… Si le roman est bon, j’ai nettement préféré le film.

  6. j’ai beaucoup beaucoup aimé le film )

  7. […] Le billet d’Emeraude. […]


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