Le piéton de Venise, Marc Alyn

“Le piéton de Venise” m’a tendu les bras lors de ma reprise au boulot. Il m’a dit “lis moi, tu vas voir, je suis magique comme Venise”.

Je ne vous fais pas la surprise : il avait entièrement raison !

Marc Alyn, dont je n’avais jamais entendu parler, est un amoureux de Venise. Ainsi qu’un “poète, romancier et essayiste” (merci la 4è de couverture). Et il nous offre là un petit bijou de lecture vénitienne. Ce piéton est une mine d’or de culture vénitienne. Aussi bien en histoire, qu’en ésotérisme, qu’en érotisme, qu’en art, qu’en littérature ou qu’en simple promenade à travers les calle et campi de la Sérénissime !

“Le piéton de Venise” nous emmène d’abord se promener. Au gré des jours qui passent et au gré des envies de l’auteur. Il nous fait visiter Venise la nuit, il nous fait visiter l’eau de Venise, il nous fait visiter l’amour à Venise ! Il nous fait visiter la cuisine vénitienne avec son marché et ses plats typiques venus des quatre coins du monde. Il nous fait visiter des îles qui constituent l’archipel. Il nous fait visiter l’art, l’histoire, la littérature, pour ensuite nous embarquer au travers de sept voyageurs qui ont fait Venise : Corto Maltese, Wagner, Bordsky, Lord Byron, Ezra Pound, D’Annunzio et le baron Corvo.

Grâce à eux, Marc Alyn nous invite non seulement dans leur Venise propre, mais aussi dans un véritable labyrinthe d’histoire, d’art, de littérature, de souvenirs, de lettres, de rêves, de romantisme et d’érotisme…

J’ai dégusté ce bouquin. Je l’ai dégusté et je le chéri désormais. Parce qu’on y croise tellement de personnes, tellement de tableaux, tellement d’églises, tellement d’amoureux, tellement de palais, tellement de lions, tellement de magie !

Vraiment, pour moi, “Le piéton de Venise” est LE bijou de la littérature vénitienne contemporaine (Certes, je suis trèèèès loin d’avoir lu toute la littérature vénitienne contemporaine). Un bijou dans lequel j’ai noté au moins un milliard de tableaux à aller voir, de restaurants où manger, de statues à contempler… et que de livres à lire !

J’ai surtout noté de nombreuses citations, que je ne résisterai pas à partager avec vous. Parce que l’auteur a une plume magnifique et parce que, vous le verrez, chacune de ces citations (et sûrement un tas d’autres que j’ai raté), mettent en avant une Venise plutôt qu’une autre, en sachant bien qu’il y en a plus de mille, des Venise…

« A tout instant, Venise nous comble de joie minuscules qui, mise bout à bout, finissent par s’arrondir en une variété singulière de bonheur née d’une absence totale de projets. » p.55

« Tout se passe, en effet, comme si la ville utilisait à son profit la sensibilité des écrivains et  artistes qui lui rendent visite, afin de laisser affleurer les secrets enfouis dans ses profondeurs.” p.57

« Une élégance naturelle  incline les Vénitiens  à jeter un voile sur les démons et merveilles dont ils se régalent dans le saint des saints de leur jalouse intimité. Eros exprime en un style toujours soutenu les plus piquantes crudités. ». p.60

« La peinture vénitienne élabore mille sensualités inventives derrière la solennité des thèmes et le drapé des attitudes. » p.60

« Qu’était donc Venise sinon une super-machine à transformer toutes choses en or, depuis le sel jusqu’au sable dont elle sut façonner le verre ? » p.80

“Il est dans la logique de Venise de transmuer tout plaisir en or, avant de consacrer celui-ci à la quête d’autres jouissances”. p.96

« (…) c’est à Venise uniquement  que les étalages d’orange à ce point saignent et rutilent, braises d’un feu de joie, tandis que les choux-fleurs ou les artichauts des îles de la lagune, empilés sur les tréteaux en pyramides vertes et blanches, paraissent ronronner sous le toucher des ménagères. » p.111

« J’avance dans le tohu-bohu des siècles accumulés, pétrifiés sous forme de façades, et c’est un tel enchantement de se trouver là que j’ai éprouve une faim à dévorer Venise ! ». p.113

« C’est le peuple de Venise qui a servi de modèle aux tableaux dont débordent les églises et palais ; aussi ne faut-il pas s’étonner de croiser au marché, entre tomates et côtelettes, la Vierge Marie balançant joyeusement son cabas ou Marie-Madeleine choisissant des moules sous les arcs du vaste bâtiment de la Pescaria ». p.114

« En vérité, la cuisine vénitienne, c’est le tour du monde en quatre-vingt saveurs, un mélange d’influences et d’emprunts à quantité d’autre cultures.(…). On ne mange pas, à l’ombre de Saint-Marc, pour se nourrir, mais afin, encore et toujours, de voyager. » p.115

« Hautaine et décatie, miséreuse cousue d’or, nid du Phénix, voici la ville des contraires réconciliés, solaire et lunaire tour à tour, façonnée d’eau fuyante et de marbre taciturne, réelle et inventée au point d’habiter une pluralité de fantasmes, chaque individu possédant « sa » Venise intime qui ne s’apparente à nulle autre. » p131.

« Les amours vénitiennes passent comme les autres, mais s’inscrivent de façon souveraine dans la mémoire collective : elles n’en finissent pas de naître et de mourir, de commencer et de finir, images d’un film que chacun repasse sur l’écran intérieur de sa sensibilité. » p149

« Mais Venise s’enfonce depuis tant de siècles, sans jamais boire la tasse, un pied dans la tombe et l’autre au bal masqué, que l’on peut se demander si cette position acrobatique ne constituerait pas l’image la plus fidèle de la vie, éternellement occupée à accoucher sous la menace, dans l’antichambre de l’au-delà. ». p152

Published in: on 04/02/2011 at 6:41 AM  Comments (10)  

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10 CommentsLeave a comment

  1. Cela donne envie de lire. Et puis Venise, c’est toujours intéressant.

    • je ne vais pas te contredire à ce sujet !🙂

  2. Qu’est ce que je suis contente de lire ce billet, j’ai acheté ce livre mais pas encore lu, j’ai une jolie petite bibliothèque vénitienne et je ne peux jamais résisté donc …rendez vous quand je ferai mon billet je pointerai ici sans faute !

    • Eh bien merci Dominique ! Je n’ai pas encore de véritable bibliothèque vénitienne, je m’y mets à peine !🙂

  3. Ah, je ne connais de Venise que les descriptions de Donna Leon, alors le livre me tente beaucoup, surtout avec un avis si enthousiaste !

    • Honnêtement, je n’avais pas été emballé par le seul Donna Leon que j’ai lu. Mais j’imagine que ça fait quand même pas mal voyager à travers les calle et campi de Venise !

  4. Je suis d’accord avec toi! Un petit bijou! Parlant littérature contemporaine sur Venise, je te conseille chaudement Alain Buisine qui a écrit plusieurs essais sur Venise (littérature et peinture), Carnet vénitien de Liliana Magrini, et un peu moins contemporain mais délicieux: L’altana ou la vie vénitienne d’Henri de Régnier (ma bouée de secours quand Venise me manque…). Je pourrais continuer bien sûr, mais je m’arrête pour le moment…
    Bon weekend!

    • Merci pour ces titres ! je les avais déjà noté à vrai dire (je me suis fait une belle petite liste vénitienne… !)

  5. Moi que ne connaît pas cette ville je suis intéressée. Cela peut être une très bonne approche, en tout cas plus agréable que les guides pour touristes…

    • c’est forcément plus agréable qu’un guide oui, mais si on ne connait pas la ville, je ne suis pas sûre qu’on apprécie cette lecture autant. Ca reste une belle lecture quoiqu’il arrive, mais lire ces différents textes alors qu’on connait la ville a un petit charme en plus🙂


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