Désolations, David Vann

Le 1er septembre paraît le nouveau roman de David Vann, toujours aux éditions Gallmeister : “Désolations”.

Irène et Gary vivent en Alaska, sur les rives d’un lac glaciaire depuis plus de trente ans. Leurs enfants, Rhoda et Mark sont aujourd’hui adultes. Gary a toujours rêvé de vivre dans une cabane sur une île isolée. Sa femme étant récemment retraitée, elle accepte de l’accompagner dans ce projet qu’elle trouve pourtant démesuré…

Le roman commence en pleine tempête alors qu’Irène et Gary amènent des rondins sur l’île (que j’ai envie de qualifier de “déserte” mais une île déserte, on l’imagine avec des palmiers du sable et du soleil. Ici c’est tout le contraire !). La scène est très angoissante. Les descriptions font froid dans le dos et on a vraiment la mauvaise impression d’y être.  Malgré ce bon début, j’ai tout de même eu un peu peur de retrouver la même ambiance que dans Sukkwan Island (car il y a en effet pas mal de thèmes communs a priori…)

Le chapitre suivant dément cet a priori : on retrouve Rhoda et Mark. Elle s’inquiète pour ses parents, tout en essayant de se satisfaire de la relation amoureuse qu’elle a avec Jim, dentiste. Mark, lui, ne se soucie pas de ses parents et continue à vivre comme un adolescent…

Tout le roman tourne autour de cette famille, ainsi que des quelques personnes qui évoluent autour d’eux : Jim, Carl et Monique, un couple de “touristes” en Alaska.

Je trouve que c’est finalement très difficile de résumer ce livre. L’intrigue de base est pourtant simple. Mais il s’y passe au fond beaucoup de choses : Irène souffre de migraine, Rhoda se pose des questions et sur sa mère et sur son propre couple, Jim se pose des questions existentielles liées peut être à la crise de la quarantaine, Carl qui est plus jeune a l’air de vivre un vrai voyage initiatique alors qu’il était juste censé faire du camping en Alaska avec sa copine Monique… Gary lui, bien sûr, ne pense qu’à construire sa cabane mais il le fait sans suffisamment d’anticipation et de réflexion et la cabane n’est pas celle qu’il avait imaginé dans ses rêves… A l’image, bien sûr, de son mariage et probablement de sa vie entière.

Puisque à première vue, “Désolations” nous offre surtout à lire la fin d’un mariage déjà terne depuis longtemps. Mais il n’y a bien sûr pas que ça, et loin de là. En tout cas, ce qui ressort le plus pour moi c’est une espèce de pessimisme presque malsain, (ce n’est pas forcément négatif, le fait de ressentir quelque chose d’aussi fort à la lecture d’un roman est même plutôt positif pour moi!), un long roman où les questions restent sans réponse, où la vie n’a pas l’air de valoir la peine d’être vécue, où la solitude est quasi omniprésente, même lorsqu’il y a quelqu’un à côté de soi.

La 4è de couverture nous offre une réplique du Los Angeles Times que je trouve vraiment très adaptée (j’aurai même pu ne pas faire de billet et me contenter de recopier honteusement cette phrase) :

“Poser ce livre pourrait vous épargner, mais il vous sera impossible d’en arrêter la lecture”.

C’est vrai, à la lecture de ce roman on sent un mal être croissant… On a effectivement envie d’arrêter tellement c’est noir, gris, froid, pessimiste… De plus c’est écrit de telle manière qu’on ne peut s’empêcher de se dire que quelque part, tout ça a valeur de vérité…

Alors que non, il s’agit d’une fiction. Très réussie d’ailleurs. Que j’ai de loin beaucoup plus apprécié que Sukkwan Island. J’y ai trouvé une réelle psychologie fouillée des personnages, avec peut être un ou deux clichés mais à peine… Et puis on sent quand même la patte de David Vann et les thématiques déjà présentes dans “Sukkwan Island” (le suicide de la mère d’Irène, pour commencer, ainsi que la fin qui ne m’étonne pas mais que j’aurai préféré largement autre, tout en sachant que le happy end est impossible…)

Bon voilà, j’ai fait un billet fouilli que j’aurai pu résumer à cette phrase (non ça ne sera pas celle du LA Times) :

Angoissant, parfaitement maîtrisé, personnages très bien dessinés : un roman profond et très très bon !

Le billet de InColdBlog, le coup de cœur de Nordyak

Traduit de l’américain par Laura Derajinski et bien sûr, merci aux éditions Gallmeister🙂

Published in: on 04/06/2011 at 8:47 PM  Comments (10)  

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10 CommentsLeave a comment

  1. Tiens, je n’ai pas noté de situations “cliché”. Qu’est-ce qui t’a chiffonnée ?

    • C’est un peu général comme impression… Le mariage qui n’a jamais vraiment fonctionné et qui se désagrège au bout de 30 ans… Le personnage de Monique aussi, ainsi que celui de Jim avec sa crise de la quarantaine… Mais ce n’est qu’une impression qui, comme tu le dis si bien, m’a un peu chiffonnée. J’ai quand même trouvé le tout bien construit et vraiment, je trouve qu’il y a beaucoup plus de profondeurs au niveau de la psychologie des personnages dans celui-ci (j’exclue quand même la fin à propos d’Irène quand je dis ça…)

  2. Eh bien, je n’ia aucune envie de me plonger dans un univers si noir… C’est étrange la différence entre l’auteur en tant qu’homme, blond, angélique, souriant, ouvert, et ses écrits, plutôt glauque et tourmentés…

    • Ca arrive souvent ! Franck Thilliez par exemple écrit des romans d’autant plus noirs, violents et glauques alors que c’est un homme un peu fin, pas très grand, un peu timide et hyper gentil…

  3. Je ne sais pas trop … j’ai quand même la sensation de retrouver la même atmosphère de gens malheureux et sans espoir que dans son précédent titre. De toute façon, ce ne sera qu’en emprunt à la biblio alors ce n’est pas demain que je vais pouvoir le lire😉 mdr !

    • c’est sûr qu’on retrouve les mêmes thématiques, mais je crois que c’est le propre des écrivains !🙂

  4. Je n’ai pas lu le premier, et je ne suis pas sûre de me précipiter sur celui-ci… Les tentations de la rentrée pointent leur nez de plus en plus tôt !

    • Et pourtant, pour l’instant je n’ai pas beaucoup de tentations rentrée littéraire (je crois d’ailleurs que je vais en lire assez peu en fait !)

  5. […] Mon billet par ici… […]

  6. Merci pour ton avis, je te cite dans le mien, demain😉
    J’ai été déstabilisée par cette lecture moi aussi, mais quand même contente de l’avoir fini😉


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