L’enfant bleu, Henry Bauchau

Autant vous prévenir tout de suite, ce billet risque d’être très décousu… En effet, je suis passée par diverses émotions, très variées, à la lecture de ce roman, et je ne suis pas sûre de savoir en parler correctement…

Orion est un jeune adolescent perturbé qui est pris en charge par Véronique, psychanalyste, à l’hôpital de jour. Personne ne comprend Orion mais Véronique arrive petit à petit à construire quelque chose avec lui, à le faire s’exprimer à la fois par des “dictées d’angoisse” mais surtout par l’art, car Orion est doué et a une imagination extraordinaire…

C’est le billet de Karine qui m’a poussé à lire ce roman dont j’avais déjà entendu le plus grand bien par ici. De l’art et de la psychanalyse, ces thèmes présageaient un roman qui ne pouvait que me plaire.

Je l’ai donc entamé confiante. Alors pourquoi est-ce que ça m’a ennuyée et énervée ? Pas tout du long, rassurez-vous. Mais pendant une grosse première moitié j’ai trouvé que non seulement les progrès étaient bien trop lent (du coup le roman n’avance pas beaucoup), mais surtout que Véronique avait une tête à claque.

Elle était biologiste, son père était scientifique, elle est devenu psychanalyste… C’est une scientifique donc. Certes, elle est sensible à l’art, mariée à un musicien, mais j’ai trouvé ce personnage de Véronique plutôt invraisemblable. En tout cas, pendant toute la durée du roman, j’ai souvent eu envie de la secouer. Peut-être parce qu’elle avait trop de patience par rapport à Orion, ce qui est sûrement bien pour lui, mais pas pour moi, lectrice. J’ai d’ailleurs noté juste une phrase, p.212, qui m’a carrément envie de jeter le roman par la fenêtre (en fait c’est plutôt Véronique à qui j’avais envie de dire “non mais arrête tes conneries”) :

“De nouveau les rêves, les sommets, les gouffres; les naufrages, l’immense patrie des illusions. Notre pauvre existence, notre art éphémère à la cime des montagnes et le vent là-dedans qui fait sa musique géante”.

A vrai dire c’est Vasco, le mari de Véronique, qui prononce cette phrase. Mais elle fut, à ce moment-là, représentative pour moi de tout ce qui me déplaisait, peut-être parce que j’avais du mal à le comprendre d’ailleurs : les fantasmes, les rêves, les dessins, l’imagination d’Orion. Toutes cette psychothérapie onirique… Deux mots qui pour moi, ne vont pas du tout ensemble.

Voilà ce qui m’a gênée : devoir entrer dans des dessins, que j’ai rarement réussi à visualiser, devoir comprendre le sens de la musique, accepter le fait que tout et tout le monde dans ce roman tourne autour de l’onirisme… Je me rends compte en l’écrivant que si je n’ai pas aimé, c’est que je n’ai pas compris le quart de toutes ces métaphores…

J’ai bien sûr continué ma lecture, certainement parce que je me suis malgré tout attachée à Orion et que j’avais moi aussi envie de le voir progresser.

Et j’ai bien fait, car les rêves laissent la place à l’art, Orion grandit et fait des progrès, devient “artiste-peintre-sculpteur”. La vie de Véronique et Vasco avance également… Véronique n’est plus cette “psychothérapeute-docteur-un-peu-prof” qui m’a agacé avec ses questionnements mais une vraie “psy” qui, après des années et des années de travail, a emmené Orion sur la voie de la guérison…

En bref, me direz-vous, ai-je aimé ? Je crois que oui. La preuve, j’ai parlé dans ce billet de Véronique et Orion comme de vraies personnes, et pas des personnages fictifs. Et je l’ai fait sans réfléchir. Je me suis vraiment attachée à eux. (et j’apprends seulement maintenant que le “cas Orion” est inspiré d’un cas réel avec qui Henry Bauchau a travaillé…)

“L’enfant bleu” est un beau roman, c’est une évidence. Un roman pas évident, un roman qui aborde de nombreux thèmes, un roman difficile quelque part.

Un très bon roman, indéniablement, dont j’ai excessivement mal parlé (je vous avais prévenu). Pour vous donner plus envie, d’autres avis : Fée Carabine, Karine, Erzebeth, Sylire, Chiffonnette, et sûrement plein d’autres…

PS : en relisant les différents billets, je me rends compte que nous avons toutes été dérangées et en même temps émues par cette lecture. Chacune à sa manière. Karine a d’ailleurs écrit une phrase qui décrit exactement ce que j’ai ressenti au final : “on est dans un monde différent où j’ai eu parfois l’impression d’entendre parler un autre langage, où on essaie de s’évader du banal en s’efforçant de s’élancer toujours vers le sublime.  C’est différent de moi, j’ai parfois eu du mal à les suivre mais au final, j’ai refermé ce roman avec, comme Véronique, une bizarre de sensation.  J’avais l’impression de le connaître, cet Orion.”  Merci Karine !😉

Published in: on 29/07/2011 at 6:05 AM  Comments (11)  

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11 CommentsLeave a comment

  1. Ce livre a été un véritable coup de coeur pour moi et ensuite je l’ai offert plusieurs fois🙂

    • je peux tout à fait le comprendre !

  2. J’ai un livre d’Henry Bauchau qui se trouve dans ma PAL depuis des lustres (Antigone). Cet auteur je pense est de ceux qui ne laissent pas indifférents… je ne sais pourquoi je tarde tant à m’y mettre !

    • il m’a fallu du temps aussi. Le bon moment viendra un jour🙂

  3. Jamais lu cet auteur, il faudra un jour que je saute le pas

    • ça viendra, j’en suis sûre !

  4. J’avais personnellement été séduite par ce roman, ses personnages, et l’univers dépeint..

    http://bookin-ingannmic.blogspot.com/2010/05/lenfant-bleu-henry-bauchau.html

  5. Ton commentaire sonne très juste et me rappelle très fort mes impressions de lecture. Du même auteur, je surconseille “Oedipe sur la route”, une merveille.

    • On me l’avait déjà conseillé en effet, mais si tu le surconseille, alors je vais peut être penser à le lire rapidement🙂

  6. Il dérange, n’est-ce pas, ce roman. Je n’ai appris, comme toi, qu’après coup que Orion était inspiré d’un cas réel et j’ai été encore davantage touchée, je pense. Ravie de t’avoir donné le goût de le lire, en tout cas!

    • eh bien merci à toi (et à Erzie évidemment) de m’avoir donné le goût de le lire !!


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