L’appât, José Carlos Somoza

Jusqu’à présent, j’ai aimé tous les livres que j’ai lu de Somoza, bien sûr à divers degrés. Mais j’ai toujours aimé son univers, ses métaphores, ses propos, ses questionnements, et les intrigues passionnantes que font l’objet de chacun de ses romans (ceux que j’ai lu en tout cas).

Pourtant, dans ce nouvel opus, la magie n’a pas totalement opérée.

Je vois deux raisons à cela : premièrement, je ne connais rien à Shakspeare (quelques explications un peu plus loin dans ce billet) et deuxièmement, la construction du roman est pour le coup bien trop similaire à un simple polar. Dans les romans précédents, en tout cas dans le souvenir que j’en ai, l’intrigue et le suspens étaient là, mais en filigrane. Ici, les chapitres se terminent sur des moments insoutenables, les protagonistes passent des coups de téléphone sans que l’on sache à qui avant le chapitre suivant… Bref, trop de procédés typiques d’un bon polar, certes, mais qui m’ont gâché le plaisir de lire ce que j’aurai aimé être un simple roman, avec une intrigue qui serait un “plus”.

Je vais quand même essayer de faire un résumé mais ce n’est pas facile. L’idée de départ est complexe et j’ai d’ailleurs eu du mal à entrer dans le roman, ne comprenant pas forcément de quoi il s’agissait.

A Madrid sévit un dangereux tueur en série. Diana, un des meilleurs “appâts”, décide tout de même de prendre se retraite. Mais quand le “Spectateur” (surnom donné au psychopathe) s’en prend à sa petite soeur, tout change pour elle, et elle décide de le traquer elle-même.

La complexité de l’idée vient de ce qu’est un “appât”, un “psynome” et une “Philia”. Le “Psynome” vient de psychologie, évidemment, et de génome. En gros, la théorie de Somoza dans ce roman est que chacun d’entre nous aurions un désir enfoui, programmé, auquel il est impossible de résister. Ce désir est appelé “Philia”. Et c’est là qu’intervient Shakespeare puisqu’il aurait donné les clés de chacune de ces “Philia” dans ces pièces. Ainsi, on a découvert une cinquantaine de “Philia” et pour les déjouer, il faut connaître les pièces de l’illustre auteur par coeur. C’est le rôle des appâts. Des jeunes femmes et hommes, recrutés parfois enfants, sont un peu comme des “infiltrés”. Ils doivent jouer un rôle, tout le temps. La vie pour eux est une pièce de théâtre. En quelques secondes ils savent déterminer la “philia” de la personne qui leur fait face, et avec de simples gestes, vêtements (ou pas, il y a beaucoup de nudité et de sexualité et d’érotisme dans l’histoire qui, à mon goût, n’apporte pas grand chose), et paroles, captivent l’attention de leur interlocuteur qui se retrouve à la limite de l’orgasme et donc, complètement à leur merci. (Je rappelle que le but de ces “appâts” est tout de même de combattre le crime… (en gros))

Mon explication est peut être longue et pas très claire mais je crois que c’est nécessaire d’en passer par là pour tenter de parler de cet étrange roman…

Etrange est un qualificatif qu’on peut utiliser dans d’autres romans de Somoza. Mais à vrai dire, si je n’ai pas accroché, c’est aussi parce que je n’adhère pas du tout à ce postulat de départ. Fictif, certes, mais qui me paraît tellement aberrant que même dans une fiction, je n’y crois pas.
Et comme je le disais au départ, n’y connaissant rien à l’œuvre de Shakespeare, je n’ai pas pu apprécier les références (qui doivent fourmiller à chaque chapitre!) à l’auteur, à ces pièces. Je n’ai même pas essayer de comprendre pourquoi telle pièce donnait les clés cachées de telle Philia…

Ceci dit, ça reste un bon roman parce que l’idée est originale, parce que l’intrigue est tout de même très bien construite (Somoza n’oublie même pas le retournement de la fin, auquel je ne m’attendais vraiment pas), parce qu’il y a évidemment des personnages à la psychologie très fouillée et parce qu’après tout, “L’appât” est bien un hommage à Shakespeare.

Si comme moi vous ne connaissez peu, pas bien ou pas du tout l’œuvre du dramaturge et que ce roman vous tente, vous pouvez l’ouvrir sans que ça gêne votre lecture. Et si vous connaissez plutôt bien, voire très bien l’œuvre du dramaturge, ouvrez d’autant plus ce roman et venez me dire ce que vous en pensez !!!!!!!!😉

L’avis d’Abeline.

Traduit de l’espagnol par Marianne Millon

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11 CommentsLeave a comment

  1. Cet auteur m’a épatée par le premier roman que j’ai lu (Daphné disparue) et ennuyée avec le second (La dame n° 13)… Je ne m’y risque plus, du coup, et ton avis ne me fera pas changer !

    • Ah moi je laisse toujours 3 essais avant d’abandonner ! Et je n’ai pas lu la dame n°13😉 Si l’envie te prend d’essayer à nouveau quand même (on ne sait jamais ;-)) je te suggère vivement “La caverne des idées”, vraiment vraiment excellent celui là !

  2. J’ai aimé “La caverne des idées” et puis j’ai lu “La Dame n°13” qui m’est tombé des mains. Celui-ci a l’air d’être dans la même veine: passons!

    • La Dame n°13 est probablement le seul que je n’ai pas lu, je ne peux donc pas te dire si c’est dans la même veine…

  3. J’aimerais beaucoup découvrir cet auteur mais du coup je me demande avec quel titre…

    • je conseille toujours “la caverne des idées”, pour moi son meilleur. Peut être un peu différent des autres…

      • Le meilleur, selon moi, est de loin Clara et la penombre.

      • Je l’ai beaucoup aimé celui là, mais je préfère “la caverne des idées”, très différent

  4. Pour info, si vous voulez en discuter avec l’auteur, il est en France en novembre, le 22 à Montpellier, le 23 à Arles et le 24 novembre à 20h à la librairie le Genre urbain (60 rue de Belleville 75020 Paris)

    • Ah j’aimerais bien pouvoir venir à l’une de ses rencontres, malheureusement, ça ne va pas être possible… peut être pour le prochain roman ?😉

  5. Le premier que j’ai lu de Somoza est la ” théorie des cordes ” que j’ai adoré ; chaque livre a pour base un thème bien défini, un contexte déterminé, et dans celui-ci, c’est la physique quantique. J’ai aussi aimé ” la caverne des idées ” et tous ceux que vous avez cités. ” la clé de l’abîme ” m’a moins plu : un peu long et tiré par les cheveux. Je partage l’avis de la personne qui a estimé que l'”appât ” ressemblait plus à un polar que les autres oeuvres. Et, évidemment, comme je ne connais pas Shakespeare non plus, je n’ai pu mesurer l’ampleur du message, car il existe effectivement un message dans chaque récit, comme un trésor, une énigme à découvrir. C’est toujours très riche. Mais dans l’appât, il y a des longueurs, aussi, et je trouve qu’on ne se représente pas vraiment les comportements des appâts et leurs jeux. Telle tenue vestimentaire, telle grimace, tel geste…Tout cela est bien banal pour hypnotiser à ce point l’adversaire !

    Noëlle


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