Petite poucette, Michel Serres

J’aurai peut-être lu “Petite poucette” sans avoir connaissance du projet de Flo. Mais je ne l’aurai peut-être pas lu avec autant d’attention, déterminée à vraiment réfléchir sur cette lecture pour faire un billet qui tienne la route, et qui soit vraiment une continuité de cette lecture, autant pour vous que pour moi. Un billet qui amène des commentaires, pour un sujet sur lequel on puisse débattre.

Tout d’abord, qui est cette petite poucette ? C’est le nom, tendre et amical, que donne Michel Serres à ce “nouvel humain” qui est capable d’envoyer des SMS avec ses pouces… Le jeune d’aujourd’hui disons, dans une tranche d’âge assez large. Raison pour laquelle je me suis d’abord senti inclus dans cette génération. Mais vous allez voir que ça n’a vite plus été le cas.

En effet, j’ai plutôt été déçue par cette lecture.

Je ne pourrai pas dire que j’ai appris énormément en lisant cet essai. Michel Serres dépeint le monde tel qu’il est aujourd’hui, nous dit que les nouvelles technologies ont créée un nouvel humain, et que ce petit poucet et cette petite poucette ont, à leur tour, bien des choses à inventer pour ce nouveau monde dans lequel ils sont nés.

Par contre, l’auteur ne donne pas vraiment de clé, ne réfléchit pas vraiment aux possibilités pour l’avenir. Ce qui m’a manqué.

De plus, à deux ou trois reprises je n’ai pas été d’accord avec son discours. Ça fait longtemps que j’ai quitté les bancs de l’école, mais pas tant que ça puisque au départ je me considérais moi-même faisant partie intégrante de ce nouvel humain, ceci dit j’ai été presque révoltée par son idée de l’école. Ce monsieur enseigne encore, à 80 ans, dans une université américaine. Il explique qu’il y a désormais un brouhaha constant : les étudiants ne sont plus attentifs à ce que dit le professeur puisque tout le savoir est accessible sur la toile.

Il parle donc d’étudiants, mais je ne peux m’empêcher de penser que, si l’on suit son raisonnement, même un élève au collège pourrait être excusé de ne pas écouter en cours parce qu’il pourrait apprendre de chez lui.

Or, pour moi, un corps enseignant est indispensable non pas aux connaissances théoriques, mais à la possibilité de développer son analyse critique. Je schématise peut-être beaucoup. Pourtant je ne pourrais jamais me résoudre à ce que Internet remplace l’école (encore une fois je schématise mais son discours, au premier degré, pourrait être compris ainsi…).

Ceci dit, comme je le disais au départ, si j’ai tenu à écrire ce billet c’est pour entreprendre une discussion. Peut-être simplement avec moi-même, mais je l’espère aussi avec vous.

Et donc, avant de lancer mes impressions de but en blanc, je suis allé lire cette interview.

Légèrement redondante à certains moments par rapport au livre, mais néanmoins très intéressante pour connaître un peu plus ce monsieur.

Et je retiens notamment cette phrase : “Ceci dit, moi non plus, je n’ai pas de réponses. Si je les avais, je serais un grand philosophe.”

Une fois que j’ai lu ça, je me suis dit que je ne pouvais décemment pas arrêté ma déception sur le fait que “Petite poucette” est une peinture du présent, et pas vraiment une réflexion sur l’avenir. L’auteur le disant lui-même.

Du coup, qu’en ai-je vraiment pensé ?

M’essayant depuis peu à de la lecture non fictionnelle, et que ce titre-là est le premier “essai” que je lis, je me sens obligée de faire deux conclusions. Une sur le fond et une sur la lecture en tant que telle.

Je commencerai par cette dernière puisque au final, une telle conclusion est moins intéressante parce que moins enrichissante.

Michel Serres écrit simplement, le livre est court et si j’ai bien cherché deux ou trois mots dans le dictionnaire (ce que j’aurai pu éviter mais je voulais vraiment apprendre !), la lecture est vraiment accessible à tous.

Et pour le fond donc ? Malgré l’interview qui nuance un peu mon sentiment, j’aurai toujours tendance à dire que je ne suis pas vraiment d’accord avec les embryons d’idées que lance Michel Serres pour préparer l’avenir. Malgré tout, je suis encore un tantinet dans cette génération et je ne peux que me demander si ma fille qui vient de naître y sera totalement ou si elle aussi aura encore bien des choses à inventer pour mieux vivre. En effet, le monde tourne tellement vite aujourd’hui, qui sait quelle révolution naîtra dans vingt ans ?

Le coup de cœur de Nordyak

Published in: on 14/05/2012 at 7:22 PM  Comments (8)  

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8 CommentsLeave a comment

  1. C’est marrant parce que j’ai lu cette interview il y a peu, j’avais fait des recherches sur l’auteur après l’avoir entendu dans une émission télé récupérée en rediffusion sur internet, sur la génération Y (qu’il appelle, lui, “Poucette”). Je m’étais dit que je lirais cet essai : il faudra que je regarde si je le trouve en bibliothèque, mais je note que tu as été déçue et du coup je crains de l’être aussi, pour les mêmes raisons.
    J’aime en effet le regard bienveillant que l’auteur porte sur la génération actuelle, mais je pense que, comme toi, je ne le rejoindrais pas pour ce qui concerne l’enseignement et, tu le soulignes, l’apprentissage du sens critique, qui ne peut pas se faire de soi-même, en autoapprentissage.
    Je pensais aussi qu’il y avait une vision prospective développée dans le livre, mais tu ne l’y as pas trouvée.

    • Certes je ne l’ai pas trouvé mais avec encore un peu plus de recul je me dis que je ne l’ai peut-être pas suffisamment cherché. Il a beau dire qu’il n’a pas les réponses, peut-être qu’entre les lignes on peut quand même trouver des embryons d’idées. De plus, même si j’ai été déçue de ne pas trouver ses réponses, j’avoue être réellement enchantée de cette lecture qui m’a fait réfléchir (et qui me donne du mal à me remettre dans le roman que j’étais en train de lire !!), du coup je ne peux plus parler de réelle déception. C’est assez paradoxal à vrai dire…

  2. Je n’ai pas lu l’essai et je ne risque pas de m’y engager. Ce sujet mérite une étude approfondie, psychologique, sociologique, neurologique…
    Plusieurs réflexions (puisque tu ouvres le débat).
    D’abord je pense que l’école a raté le train des nouvelles technologies et se retrouve dans une situation où bien des enseignants en savent moins que les apprenants. Ce qui ébranle pas mal la situation d’apprentissage et le statut du “prof”.
    Il y a effectivement quelque chose chez cette jeune génération (dont je fais presque partie et pourtant il y a un fossé énorme entre mon enfance dans les années 80/90 et celles des ados d’aujourd’hui; une première peut-être dans notre histoire) qui est de l’ordre de la vitesse et de l’accès illimité à une foule d’informations. Le rôle de l’école est évidemment de les aider à exercer leur esprit critique et à sélectionner/synthétiser les informations. Et, plus fondamentalement, à leur apprendre à être “ici et maintenant”. C’est un combat (qui me plait et qui jusqu’à présent ne m’a pas encore usé) de parvenir à garder les élèves attentifs pendant 50 minutes! Toute la société (et moi avec) fonctionne sur le mode de la multiplicité des tâches et de l’ubiquité : je zappe et je suis partout à la fois, je passe d’un site à l’autre, je travaille à mon bureau tout en étant sur facebook, je suis connecté chez moi, en rue, au boulot, … Difficile de se poser et d’être simplement à une seule chose à la fois.
    Là aussi, l’école a un rôle à jouer. C’est le seul lieu où les ados sont invités à se poser et ne sont pas considérés comme des clients ou des consommateurs (mais là on s’éloigne du sujet).
    Bref : on a encore du boulot!

    • Tu es bien mieux placé que moi pour parler de l’école et de l’enseignement !! J’ai vais donc plutôt rebondir sur le début de ton commentaire… Quand tu dis que “ce sujet” mérite une étude plus approfondie, tu parles de quel sujet exactement ? De la nouvelle génération ? Ou plutôt de l’enseignement ? Parce qu’une étude sociologique, psychologique et neurologique du jeune (pour faire simple ;-)) pourrait être certes très intéressante mais à refaire sûrement tous les 15/20 ans…
      Quoique, tout dépend en fait des nouvelles technologies, des nouvelles révolutions, des nouvelles manières de vivre tout simplement… Comme tu le dis, aujourd’hui on est tous dans la vitesse, il y a bien un moment où cette vitesse stagnera à une certaine limite et après, que se passera-t-il ?

      • Je parlais des capacités, compétence particulières de cette génération/des “jeunes”.

  3. J’avais entendu une interview dans laquelle l’auteur expliquait son propos. Mais je n’avais pas été convaincue.

  4. Je trouve enfin le courage de venir commenter cet article, ou du moins d’essayer.
    Je ne suis pas très techno. J’ai un ordi, un mobile qui… téléphone et c’est tout (en même temps, je l’ai acheté pour ça…) ; il peut aussi envoyer des SMS mais vu qu’il me faut une demi-heure pour taper 3 lettres, on oublie. Au-delà des problèmes de fond, je suis quand même marquée par le fait que les outils évoluent très rapidement, et que, de fait, il me semble difficile d’être toujours au taquet (ce que relève Michel Serres – je me base sur tes propos et sur l’interview évidemment, n’ayant pas lu le livre), que cela nécessite sans cesse une adaptation pas nécessairement très utile d’un point de vue objectif. Car, au-delà de la techno, c’est quand même surtout un problème relatif à la société de consommation. Il faut toujours avoir la dernière version et s’adapter à de nouvelles applications, etc. Or les gamins sont complètement intégrées à ce mode de « pensée », de vie… contrairement aux générations antérieures. En ce sens, notamment, je ne rejoins pas Michel Serres car il me semble plus difficile, pour nous, de nous adapter continuellement que pour cette génération née dans un tel monde. Elle n’a pas connu autre chose que 1. la société de consommation à outrance et 2. le dieu techno. Je ne vois pas à quel titre une quelconque indulgence devrait lui être accordée.

    Quant à la question pédagogique, je te rejoins. Internet & co ne remplaceront jamais un prof. Certes, les informations se trouvent facilement mais encore faut-il savoir s’en servir. Or si le prof pourrait être considéré comme inutile en tant que transmetteur d’un savoir (ce qui se discute), il est encore indétrônable sur au moins deux points : la transmission d’un savoir-faire, à savoir une méthode, et celle d’un esprit critique. Il est bien beau d’avoir accès à quantité d’infos mais si on ne sait pas les traiter et, pire encore, avoir du recul par rapport à leur valeur, soit elles ne servent à rien, soit elles peuvent être mal utilisées.
    J’ai été enseignante un temps et c’est sur ces deux aspects que je me suis focalisée durant mon (court mais aussi trop long) séjour au sein de l’éducation nationale : la méthode et l’esprit critique, la réflexion. Outre le fait que ce n’était pas du luxe, j’ai eu le sentiment que les gamins avaient besoin de ça, qu’ils étaient demandeurs mais implicitement.

    Pour ce qui est des réponses, cela ne me choque pas que Michel Serres n’en apporte pas. Non seulement parce que je crois qu’il est dépassé par son sujet (et je n’ai pas pour habitude de le critiquer mais là, il me semble qu’il a passé l’âge), mais aussi parce qu’il est impossible d’en apporter. Comme dit précédemment, le monde évolue à grande vitesse : comment, dès lors, pouvoir prévoir comment tout cela va tourner ? Enfin, je me souviens avoir appris en cours de philo qu’un philosophe était une personne qui doutait, pas une personne qui avait des réponses😉

    Merci beaucoup Emeraude pour cette lecture exigeante, que je n’aurais pas eu le courage de faire (peut-être aussi parce que le sujet ne me passionne pas) et qui donne matière à débattre (même si je reconnais ne pas avoir lu les coms précédents – pas le temps, fatiguée, etc).

    • Ta démarche de vouloir commenté tous les billets qui participent à ton projet est honorable. Mais honnêtement, je ne me froisserai pas si tu ne prends pas le temps de commenter mes billets, ou si tu ne sais tout simplement pas quoi dire !! (après tout ça peut arriver ;-)). Donc vraiment, si ça peut t’aider, ce n’est pas la peine que tu te casses la tête !
      En tout cas je te remercie malgré ça parce que ton commentaire est très intéressant !!


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