Le grand guide de Venise, sur les pas de Canaletto et des maîtres vénitiens ; avec Alain Vircondelet

Vous le savez tous, j’aime Venise. A défaut de pouvoir y aller quand ça me chante, je m’y promène à travers les livres.

Jusqu’à présent, j’ai apprécié toutes mes lectures vénitiennes. Vous allez voir que ce n’est pas le cas ici.

A commencer par le titre, mensonger : “et des maîtres vénitiens”. Il y a Canaletto, il y a Guardi, tous les deux à l’honneur à Paris en ce moment. C’est tout. Aucun autre maître vénitien à l’horizon.

Soyons un peu positif : les textes de Vircondelet, un grand spécialiste de Venise, sont merveilleux. On sent ici l’amoureux de Venise, qui, heureusement, n’en fait pas trop. Rien de pompeux dans ces textes et même plutôt beaucoup d’humilité. Les amoureux de Venise sont petits face à la Sérénissime, et elle aura toujours des secrets à nous dévoiler…

Le livre est présenté en 12 promenades. Pour chacune, une œuvre de Caneletto ou Guardi est représentée. Elle est commentée et détaillée. C’est un aspect du livre qui m’a passablement ennuyé, d’ailleurs j’ai vite arrêté de les lire : ce sont de simples descriptions des tableaux qui encensent les peintres (je n’aime pas du tout Canaletto (dont j’ai vu l’expo à Maillol la semaine dernière) et, contrairement à Vircondelet, je suis tout à fait d’accord avec Sollers!*). A côté des tableaux, une photo du même angle de vue aujourd’hui. Ça pourrait être intéressant si la conclusion n’était pas la même à chaque fois : rien n’a changé.

Oui c’est merveilleux que Venise soit la même, quasiment, en 2012 qu’en 1780, mais c’est dommage de le répéter toutes les vingt pages…

Les promenades proposées sont relativement basiques : la place saint-Marc, le grand canal, le Rialto, mais aussi l’île San Giorgo di Maggiore** ou encore l’île San Michele où se trouve le cimetière.

J’ai bien plus apprécié les descriptions de ces endroits merveilleux, quoique parfois un peu trop touristiques et je dois avouer avoir appris un grand nombre de détails, d’anecdotes et de faits divers qui m’ont tout simplement donner envie de sauter dans un avion et de visiter Venise tout doucement…

J’aime cette ville mais je ne suis pas (encore!) une grande connaisseuse et c’est bien normal que j’ai appris des choses en lisant ce livre. Et heureusement je dirai, sinon je crois que j’aurai pu mettre ce livre à la poubelle tellement il est maladroit.

C’est bien le mot : maladroit. A la fois guide touristique, livre d’art (concentré sur deux peintres, c’est maigre, même si c’est dû à l’actualité), et promenade au travers des mots de Vircondelet, c’est trop s’éparpiller pour faire quelque chose de correct.

Quand on sait que Eyrolles n’est pas spécialisé en art ou en tourisme, on se demande bien pourquoi ils ont édité ça (et on comprend peut-être mieux les maladresses).

Mes bons points vont sans hésiter à l’introduction et à la conclusion, qui m’ont conforté dans le fait d’aller jeter un œil aux livres de Vircondelet, qui a tout de même une sacrée bibliographie vénitienne à son actif !

En bref : dommage…

*. P.19 “Que dire de lui ? Perspectives parfaites, technique éprouvée, clarté, couleurs nettes, photographies ouillées, belle propagande pour l’espace. On voit un Canaletto, on l’apprécie, on l’oublie”.

** Où j’ai appris un truc extraordinaire : un labyrinthe dédié à Borges y a été construit !!!! C’est évident, je dois aller voir ça, et vite !

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Dictionnaire insolite de Venise, Lucien d’Azay

Quelle différence entre un dictionnaire insolite et un dictionnaire amoureux ?

J’imagine que cela dépend de qui définit les entrées, l’éditeur ou l’auteur ? Dans les dictionnaires amoureux, la chose est claire : les entrées sont subjectives. J’ai le sentiment qu’ici aussi. Et pourtant, le dictionnaire amoureux de Venise de Sollers (que j’ai lu il y a longtemps déjà) m’avait beaucoup plus… transportée.

En effet, mon avis sur ce petit dictionnaire est plutôt mitigé. Certes j’ai appris des choses et découvert deux ou trois anecdotes sympathiques (Pink Floyd a fait un concert à Venise, il existe un groupe de reggae vénitien, il y aurait un monstre de Venise comme il y a le monstre du Loch-Ness (mais je n’ai trouvé aucune autre information à ce sujet sur le net…), la première femme au monde à avoir eu un diplôme universitaire (j’en avais eu vent dans les sublimes nouvelles vénitiennes) a donné son nom a un cratère sur Vénus…), mais les mêmes choses reviennent trop souvent.

L’auteur reproche à Sollers (à qui il consacre une entrée), de “se contenter du décor”, et de ne pas s’intéresser à l’avenir de la ville, à son péril et à son dialecte !

C’est le reproche que je fais moi à Lucien d’Azay : il y a trop d’entrées sur des mots vénitiens, sur des plats vénitiens, sur des boissons vénitiennes… Une ou deux c’est toujours agréable, mais suffisant. Il y a également beaucoup d’entrées qui sont de simples faits : l’acqua alta, les gondoles et leurs différents attributs, les zattere… que de choses qui n’ont pas grand chose d’insolite pour Venise puisqu’elles sont Venise.

Cela dit, ça ne m’empêchera pas de lire un autre titre de cette collection (les villes et les pays sont divers et variés !) si je venais à partir en voyage dans une des destinations proposées… Comme pour les dictionnaires amoureux, je pense que ce n’est pas l’édition en tant que telle qui est à mettre en cause de ma (légère) déception, mais bien la façon dont l’auteur s’y est pris.

Je vous pousse d’ailleurs fortement à jeter un œil à ces ouvrages. Non seulement l’objet en tant que tel est très beau (la couverture en illustration n’est pas celle finalement choisie par l’éditeur, beaucoup plus raffinée et beaucoup moins clichée), mais cette lecture m’a ouvert de nombreux horizons. J’ai évidemment noté plusieurs titres de films à voir et de livres à lire. Le prochain est “La clef” de Tanizaki. Auteur japonais donc, n’ayant pas grand chose (si ce n’est rien) à voir avec la Sérénissime ! A vous de trouver comment et pourquoi !

 

Published in: on 10/06/2012 at 8:35 PM  Comments (11)  

Intrigue à Venise, Adrien Goetz

intrigue à veniseAvez-vous lu “Intrigue à l’anglaise” ? Et “Intrigue à Versailles” ? Eh bien pas moi. Mais vous imaginez bien qu’une intrigue à Venise ne pouvait que m’attirer comme un aimant…

Je connaissais vaguement Pénélope de nom mais j’ai découvert une femme pas farouche, pas bête, pas une super-woman, une femme qui ne se prend pas la tête, une femme qui trompe son petit-ami en étant simplement contente d’avoir vécu l’expérience et une femme qui n’avait jamais mis les pieds à Venise en connaissant toute la peinture vénitienne par cœur !

En bref, j’ai aimé Pénélope.

Et j’ai bien aimé “Intrigue à Venise”, même si comme je vous le disais il y a quelques jours ce n’est pas un roman inoubliable.

L’intrigue est plutôt simple : tous les écrivains français de Venise sont menacés de mort… L’un est mort à Rome défenestré (s’agit il d’un suicide ou d’un meurtre?). Son plus grand ennemi se cache à Paris, sous l’aile de Wandrille, le petit ami de Pénélope. Le jeune auteur français de Venise se retrouve au coeur de la Sérénissime un couteau planté dans le bras et un restaurateur les plus réputé de Venise est retrouvé dans un bain de sang chez lui.

Pourtant ce roman n’a rien d’un roman policier mais tout d’un roman à la fois pour et contre Venise. Adrien Goetz nous emmène dans la Venise des écrivains, dont la moitié sont fictifs mais qu’on a quand même envie de lire ! Ainsi que dans une Venise artistique qu’on ne soupçonne même pas. En effet, Pénélope a traversé la galerie dell’Accademia à toute vitesse puisque de toute façon elle a étudié tous ces tableaux en long en large et en travers, mais elle s’attarde avec un beau vénitien au Musée Naval. (Que je m’empressais donc de visiter lors de mon prochain voyage…)

Adrien Goetz se moque des gondoles (Pénélope est à Venise pour un colloque sur les gondoles), des touristes et des voyages de noces. Adrien Goetz nous montre la Venise de l’art contemporain et la Venise de Rembrandt.

Un Rembrandt à Venise ? C’est là toute l’intrigue de ce roman alors je ne vous en dévoilerai pas plus.

En tout cas, c’est un vrai roman vénitien parce qu’il se passe aussi à Paris, en Bavière, en 1951 et à Amsterdam en 1654. Et Venise ayant toujours été ouvert sur le monde, un “vrai roman vénitien” se doit de ne pas se passer en huis clos dans l’île de Venise mais bien partout dans l’espace, le temps et sur le flot d’îles que constitue l’archipel de Venise !

Published in: on 07/03/2012 at 6:35 AM  Comments (14)  

Histoire de ma fuite des prisons de la république de Venise, Giacomo Casanova

Tout le monde le sait, Casanova s’est enfuit de la prison de la république de Venise, qu’on appelle Les Plombs, en passant par le toit. Et avant d’écrire sa vie, Giacomo Casanova a décidé de relater par écrit la manière dont il s’est évadé, ce depuis le jour où il a été arrêté, sans savoir pourquoi. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, personne ne connaît vraiment la raison de son arrestation.

Dans son avant-propos, Casanova nous dit qu’il va écrire une confession, mais pas dans les mêmes termes que Jean-Jacques Rousseau, pour lequel il n’a pas une grande estime. Et dès l’avant-propos, le ton est donné : un style simple et élégant, avec une pointe d’humour et un brin de philosophie.

Lire le récit de l’évasion de Casanova, c’est presque comme lire un polar, enfin en tout cas comme un roman à suspens alors qu’on connaît déjà le déroulement de l’intrigue. Certes, pour ma part je n’étais pas au fait des détails mais ce n’est pas franchement ça le plus intéressant.

Non ce qui est intéressant, outre le style très fin et très agréable à lire, c’est d’apprendre à connaître cet homme. Un homme brillant, malin, intelligent, raffiné, cultivé…

Une très belle lecture donc, et dans une très belle édition, ce qui n’est pas pour rien dans le plaisir de lecture…

Et en attendant de prendre le temps de lire toute l’histoire de sa vie, on pourra toujours aller voir le manuscrit à l’exposition qui a lieu à la BNF en ce moment, et continuer à apprendre à connaître le fameux Giacomo Casanova autour de nombreuses publications qui existent !

Lu dans le cadre du challenge nécrophile de Fashion, catégorie : auteur étranger qui écrit directement en français 🙂

 

Le Turquetto, Metin Arditi

“L’homme au gant” est un tableau de Titien exposé au Louvre. La signature “Ticianus” est étrange : en effet, le “T” majuscule n’est pas de la même couleur que le “icianus”. Après des recherches, on aurait également trouvé dans le vernis qui recouvre la toile des traces d’encens, procédé qui n’a jamais été utilisé… Tout porte donc à croire que le tableau ne serait pas de la main même du maître, mais peut-être d’un élève.

Metin Arditi a pris le parti de faire vivre “Le turquetto”, élève prodige de Titien qui lui a donné son surnom. Elie Sorianos est né de parents juifs à  Constantinople, terre musulmane. Jeune il ne pense qu’à dessiner mais sa religion le lui interdit. A la mort de son père, il s’enfuit et embarque pour Venise où, ayant changé d’identité, il sera vite élève de Titien, pour grandir, vieillir et devenir un artiste reconnu et réputé.

Le roman est composé quatre parties : la jeunesse à Constantinople, l’âge mur à Venise, puis retour dans le passé vénitien de ce peintre talentueux qui a signé plusieurs milliers de tableaux que l’on peut contempler dans tout Venise, et enfin, retour à Constantinople.

Cela ne vous étonnera pas, la seule raison qui m’a fait ouvrir ce roman est, évidemment, l’exil à Venise. Venise au XVIè siècle, j’adore. Il y a une ambiance, un état d’esprit, des couleurs, des tableaux, un rythme de vie très particulier… Et l’auteur a réussi à retranscrire une Venise à la Renaissance absolument magnifique. Il parle peu de la ville, montre peu la ville. Par contre, tout l’art vénitien est présent. Et c’est un magnifique tableau qu’il nous offre là.

Mais il n’y a pas que ça. “Le turquetto” est un bijou, et pas seulement un bijou vénitien. Metin Arditi nous parle de religions, de pouvoir, de l’amitié, du pardon, et bien sûr de la puissance de l’art. Sans oublier le départ de ce roman, l’hypothèse de la provenance de cet “homme au gant”…

Je pense que chacun peut trouver son compte dans ce superbe roman : qu’on soit féru de l’histoire de l’art, amoureux de Venise ou tout simplement intéressé par l’histoire des religions. Et puis l’auteur écrit bien, les phrases coulent de source. Les descriptions de tableaux sont telles qu’on a le sentiment de les avoir sous les yeux, d’être éblouis par les simples mots qui décrivent les œuvres si particulières du Turquetto…

Un roman qui se lit et se vit comme on admire un tableau qu’on ne connaissait pas forcément et qui nous prend au corps.

Les billets tout aussi enchantés de Millie, Dédale, Mimipinson et sûrement plein d’autres à venir !

Impardonnables, André Téchiné

Francis décide de s’isoler à Venise pour écrire son prochain roman. Il rencontre Judith, agent immobilier, qui lui propose la location d’une maison sur l’île de Sant’ Erasmo. Rapidement, Francis et Judith vont vivre ensemble. La fille de Francis, Alice, les rejoint l’été avec sa fille adolescente Vicky. Mais au bout de quelques jours, Alice est partie et ne donne plus de nouvelles.

“Impardonnables” est une adaptation du roman de Philippe Djian que je n’ai pas lu. Et si j’ai eu envie de voir ce film, c’est en premier lieu pour Venise (et aussi pour André Dussolier que j’aime beaucoup). Je ne connaissais donc absolument pas le scénario original.

Honnêtement, j’ai trouvé cette histoire assez lente, et longue donc. Mais, bien que n’ayant lu que deux romans de Djian (Incidences que j’avais beaucoup aimé et “Vengeance” le dernier en date que j’ai détesté, et dont je ne pense pas avoir parlé ici), j’ai vraiment retrouvé son univers dans les images de Téchiné, dans les dialogues, dans les regards, dans le jeu des acteurs.

Après m’être renseignée, il s’avère que le roman ne se passe pas du tout à Venise mais au pays basque, à la frontière espagnole. Eh bien j’ai trouvé que transposer l’histoire à Venise était très judicieux. Après tout, la Sérénissime est connue pour tellement de choses, et je ne parle évidemment ici pas de ses attractions touristiques.

D’ailleurs, j’ai aimé voir Venise sous l’œil du réalisateur  : dans les vignes, sous la brume, le soir sans personne dans les ruelles, Venise de loin… Aucune image, ou presque, de carte postale. On sent la vraie Venise, et pas du tout la Venise touristique.

Les relations entre les personnages sont ambigües, les regards d’André Dussolier peuvent faire froid dans le dos…

Alors oui j’ai apprécié ce film surtout pour le jeu des acteurs, pour le fond de l’histoire, même si j’ai toujours du mal à comprendre ce genre de personnages qui ne savent pas vivre et aimer (mais ça c’est la verve de Djian il me semble). Et pourtant, sur le coup j’ai trouvé ça vraiment longuet. Mais à tête reposée, je trouve que c’est un très bon film.

Et je risque donc de me pencher bientôt sur le roman de Djian, à défaut de ne pouvoir partir à Venise prochainement… 😉

Published in: on 23/08/2011 at 7:09 AM  Comments (4)  

Acqua alta, Joseph Brodsky

Joseph Brodsky, poète russe ayant acquis la nationalité américaine dans les années 70, a passé 17 hivers à Venise. Il nous parle de Venise, de son expérience, de l’œil, de la beauté, de la mythologie, de questions métaphysiques, d’anecdotes qu’il a vécu…

Je ne sais pas quoi dire d’autres.

J’avais envie de retourner à Venise et j’ai eu le sentiment qu’on m’empêchait d’y aller.

J’ai trouvé ce livre affreusement bavard. Je ne sais pas si c’est la traduction mais que de répétitions ! Les mots “atavisme” et “tautologie” (et leurs dérivés) sont utilisés au moins 5 fois chacun et j’ai beau connaître leur définition dans l’absolu, je me suis senti obligée de retourner les chercher, ne comprenant rien à leur usage.

Il y a en effet beaucoup de métaphores, beaucoup de philosophie, de métaphysique, de pensées…

Honnêtement, il y a beau avoir de très beaux passages, je n’ai pas compris la moitié du livre. Et dans le fond, et dans la forme. Il n’y a rien de linéaire, ce qui n’est pas une tare en soi, mais qui ne m’a pas aidé ici à vivre ce roman comme je l’aurai voulu.

J’ai eu le sentiment que malgré le fait que le poète y revenait chaque hiver, il n’aimait pas Venise. Ou ne la comprenait pas. En tout cas, il en avait une vision différente et de la mienne, et de celles que j’ai pu lire jusqu’à présent. Je n’ai rien vu de Venise dans son livre, même pas l’acqua alta, c’est dire !

Une lecture difficile donc. Que je reprendrai peut-être quand je serai allée moi aussi, dix-sept fois à Venise. (Plus que 14 donc ;-))

Un bel avis par ici.

Livre lu dans le cadre du challenge nécrophile de Fashion. Brodsky est mort en 1996 des suites d’une crise cardiaque et est enterré devinez où… à Venise ! Catégorie bidon : auteur ayant reçu le prix Nobel 🙂

traduit de l’anglais par Benoît Coeuré et Véronique Schiltz.

Published in: on 17/08/2011 at 9:26 AM  Comments (2)  

Nouvelles vénitiennes, Dominique Paravel

Celles et ceux qui me connaissent un tout petit peu ne vont pas s’étonner de cette lecture, n’est ce pas ?

Pourtant, la nouvelle n’est pas mon genre préféré. Mais quand Venise est à l’honneur, étrangement, je trouve que le genre lui sied plutôt bien…

7 nouvelles donc, 7 époques différentes. Ces nouvelles auraient pu s’intituler “Venise au fil des siècles”.

Je n’ai tellement pas l’habitude de parler de nouvelles que je ne sais même pas s’il faut que je fasse une espèce de mini billet pour chaque ou que je me laisse simplement guider par le sentiment que j’ai eu de l’ensemble.

A vrai dire, au début, j’ai été un peu déçue car la première nouvelle me paraissait très “cliché”. Alors évidemment, pas de Venise carte postale en cet an 1171. Mais pour qui a un peu lu l’Histoire et les petites histoires qui font Venise (pas toutes bien sûr, une vie entière ne me suffirait probablement pas…), ça l’était un peu. Et puis je me suis laissée transporter parce qu’après tout, au fur et à mesure des pages et des siècles, alors qu’on retrouve dans chaque nouvelle une statue, un tableau ou un poème réalisé par un héros d’une nouvelle précédente, toute la magie de Venise telle que je me la représente opère…

A part dans la dernière nouvelle, point de touristes, d’appareils photos, de carnaval, de tour en gondole à 50euros les 15 minutes…

Ces nouvelles vénitiennes sont, pour moi, la Venise pure.

En fait, je crois que ce que j’aime le plus dans Venise, c’est la vie que les vénitiens y ont mené dans le passé. Et Dominique Paravel rend très bien cette atmosphère grâce à ces six nouvelles (la dernière se passant de nos jours et met en scène un reporter photographe qui n’arrive pas à capter l’essence de Venise).

J’ajouterai quand même qu’une nouvelle m’a plus plu que les autres : “Un si grand nom”, qui met en scène Elena, fille d’une des plus riche famille vénitienne car leurs ancêtres ont fait partie de ceux qui ont bâti Venise. Cette jeune fille deviendra une femme chétive et très érudite. Première femme à passer un doctorat, elle passera la moitié de sa vie à vouloir apprendre dans les livres afin de comprendre le monde. Comme nous sommes à Venise au XVIIè siècle, l’amour est forcément présent, à des degrés très divers (elle ne s’intéresse pas aux hommes mais il y en a bien un qui titille son esprit et très tard dans sa vie, elle ira chercher le mystère qui se cache entre ses jambes à elle).

Je ne sais pas vraiment pourquoi cette nouvelle m’a plus plu que les autres. Ce n’est pas la seule nouvelle où le héros est une héroïne. C’est peut être la seule qui nous montre une riche famille vénitienne. Les autres nous montrant plutôt des sculpteurs, des prostituées, des orphelines, des artistes sans le sou… Non que lire cette Venise là m’ait déplu, au contraire, mais disons que cette touche de richesse parmi toute cette pauvreté qui a évidemment aussi fait Venise, laisse respirer un peu. Et puis j’ai l’impression d’avoir compris cette Elena, si attachée à Venise et qui, en même temps, ne voulait qu’une seule chose : comprendre le monde.

En bref, un pur moment vénitien.

Le coup de coeur de Nordyak

Published in: on 22/05/2011 at 5:38 PM  Comments (11)  

La tempête, Juan Manuel de Prada

Alejandro Ballesteros est maître-assistant en histoire de l’art. Il a passé les cinq dernières années à étudier “La tempête” de Giorgione, tableau énigmatique exposé au musée de l’Accademia, à Venise. Alejandro a enfin l’occasion de se rendre dans cette ville, afin d’étayer sa théorie et d’admirer pour la première fois “la tempête” sans se trouver devant une reproduction.

A Venise l’accueillent l’acqua alta, la brume et… un meurtre.

Alejandro se retrouve alors enlisé d’abord dans un canal pas très ragoutant pour essayer de sauver cet homme, et puis enlisé totalement dans cette histoire…

Entre théorie sur l’art et roman policier dans une Venise plus que glauque, “la tempête” aurait pu être un roman brillant.

Sauf que… sauf que j’y ai trouvé des défauts à quasiment toutes les pages !

Je ne parle pas du fait que Venise y soit dépeint comme un véritable cimetière “dont les palaces sont des mausolées”. Tout y est gris, pauvre, verdâtre. Les rares touristes (nous sommes au mois de janvier, à la veille du carnaval (aparté encore : pour moi le carnaval se déroule en février, mais bon, ça n’a peut-être pas toujours été le cas)) sont évidemment rangés dans une catégorie de gens incapables de voir autre chose que les verres de Murano. La Venise de Juan Manuel de Prada n’a aucun charme. Les seules belles choses qu’on y voit sont des tableaux de grands maîtres vénitiens de la Renaissance. Pas suffisant pour donner envie de visiter celle qu’on appelle “la Sérénissime”, qui n’est pas une seule fois nommée ainsi dans le roman.

Certes, chacun sa vision de la ville et c’est intéressant de la voir sous cet aspect-là, même si c’est morbide et à faire froid dans le dos. A la limite, c’est pour moi la seule chose réussie du roman : Venise est un personnage à part entière, complètement différent de la Venise qui existe dans l’imaginaire collectif.

Ce qui m’a le plus horripilé, c’est le style : un style pompeux et répétitif. Je ne sais pas comment c’était écrit à la base mais la traduction est truffée de mot dont le sens n’est connu que par ceux qui ont écrit le dictionnaire (et encore, il y a un mot que je n’ai pas trouvé dans mon Larousse (ce qui, je l’avoue, ne m’étonne guère du Larousse)). Certes, vous pouvez m’arguer que j’ai un vocabulaire pauvre et vous aurez sûrement raison. Sauf que par dessus ça, il y a des expressions et des phrases répétées à tout va ! La logeuse de la pension à un cul plat, au moins trois ou quatre fois. Chiara, dont le pauvre Alejandro tombe amoureux, est une fausse maigre. Peut-être dix fois. Des expressions alambiquées sont suivis d’un “si la contradiction est possible” entre parenthèse au moins trois fois… Tout ça donne un ensemble qui se veut bien écrit mais qui est au final, comment dire… digne des pires harlequins ?

Pour illustrer rapidement mes propos, p.281 l’auteur parle d’un pantalon de costume de carnaval en disant “une culotte trop churrigueresque à mon goût” (je ne sais pas si vous connaissez la signification de ce mot. Moi je ne le connaissais pas, mon ordinateur ne le reconnait pas non plus!). J’ouvre donc le dictionnaire et j’apprends que cela veut dire “D’un baroquisme exacerbé, s’agissant de l’architecture ou de la sculpture décoratives espagnoles de la première moitié du XVIIIè sc” Franchement, ce n’est pas pompeux d’apparenter le style d’une culotte à l’architecture espagnole de la première moitié du XVIIIè siècle ???

J’arrête là mon petit coup de gueule car je sens que j’en ai perdu plus d’un. Ce que je dis là n’est pas très constructif, pourtant c’est la première chose qui me vient à l’esprit quand je parle de ce roman !

Pour en revenir au fond du roman donc, je n’ai pas trouvé l’intrigue policière très haletante. Même si j’avoue avoir été étonnée du meurtrier. Mais en fait, ce meurtre n’est qu’un prétexte. Et ce n’est là en rien l’important dans ce roman.

Et si l’important dans ce roman c’était la signification qu’Alejandro donne du tableau ? C’est ce que je croyais évidemment. Mais elle arrive presque comme un cheveu sur la soupe et surtout, elle part aussi vite que lorsqu’on chasse une mouche qui nous gêne. Un paragraphe seulement.

N’étant pas experte en art, je ne sais pas si cette explication est si géniale que ça. Elle est intéressante, à mes yeux, autant que n’importe quelle autre je pense. Ce que j’ai plus apprécié, c’est la réponse du directeur du musée de l’Accadamia : on n’explique pas ce tableau. On n’explique pas l’art. L’art se ressent. “L’art est une religion du sentiment”.

Je n’ai donc pas aimé ce roman que j’ai malgré tout lu assez vite et en entier. Certainement dans l’attente que quelque chose m’égaye et me fasse réellement apprécier ma lecture. Mais comment est-ce possible dans une Venise où “(son) ciel avait une couleur gâtée et indélébile (si l’on veut bien admettre la contradiction)* de fosse septique qui n’a pas été vidangée depuis des mois” (p.48) ? 😉

Et parce qu’il est impossible de lire ce roman sans savoir à quoi ressemble le tableau de Giorgione (que j’ai eu la possibilité de voir il y a quelques semaines et j’avoue être rester devant en me disant “bah qu’est ce qu’il a de si extraordinaire ?” mais je le répète, parce que je sens que je vais m’attirer des foudres : je ne suis absolument pas experte en art!)

* citation prise au hasard dans laquelle il y a une de ces répétitions dont je vous parlais plus haut !

Vous pouvez retrouver un avis qui rejoint totalement le mien sur le blog “au fil de nos lectures”

Published in: on 08/02/2011 at 6:13 AM  Comments (9)  

Le piéton de Venise, Marc Alyn

“Le piéton de Venise” m’a tendu les bras lors de ma reprise au boulot. Il m’a dit “lis moi, tu vas voir, je suis magique comme Venise”.

Je ne vous fais pas la surprise : il avait entièrement raison !

Marc Alyn, dont je n’avais jamais entendu parler, est un amoureux de Venise. Ainsi qu’un “poète, romancier et essayiste” (merci la 4è de couverture). Et il nous offre là un petit bijou de lecture vénitienne. Ce piéton est une mine d’or de culture vénitienne. Aussi bien en histoire, qu’en ésotérisme, qu’en érotisme, qu’en art, qu’en littérature ou qu’en simple promenade à travers les calle et campi de la Sérénissime !

“Le piéton de Venise” nous emmène d’abord se promener. Au gré des jours qui passent et au gré des envies de l’auteur. Il nous fait visiter Venise la nuit, il nous fait visiter l’eau de Venise, il nous fait visiter l’amour à Venise ! Il nous fait visiter la cuisine vénitienne avec son marché et ses plats typiques venus des quatre coins du monde. Il nous fait visiter des îles qui constituent l’archipel. Il nous fait visiter l’art, l’histoire, la littérature, pour ensuite nous embarquer au travers de sept voyageurs qui ont fait Venise : Corto Maltese, Wagner, Bordsky, Lord Byron, Ezra Pound, D’Annunzio et le baron Corvo.

Grâce à eux, Marc Alyn nous invite non seulement dans leur Venise propre, mais aussi dans un véritable labyrinthe d’histoire, d’art, de littérature, de souvenirs, de lettres, de rêves, de romantisme et d’érotisme…

J’ai dégusté ce bouquin. Je l’ai dégusté et je le chéri désormais. Parce qu’on y croise tellement de personnes, tellement de tableaux, tellement d’églises, tellement d’amoureux, tellement de palais, tellement de lions, tellement de magie !

Vraiment, pour moi, “Le piéton de Venise” est LE bijou de la littérature vénitienne contemporaine (Certes, je suis trèèèès loin d’avoir lu toute la littérature vénitienne contemporaine). Un bijou dans lequel j’ai noté au moins un milliard de tableaux à aller voir, de restaurants où manger, de statues à contempler… et que de livres à lire !

J’ai surtout noté de nombreuses citations, que je ne résisterai pas à partager avec vous. Parce que l’auteur a une plume magnifique et parce que, vous le verrez, chacune de ces citations (et sûrement un tas d’autres que j’ai raté), mettent en avant une Venise plutôt qu’une autre, en sachant bien qu’il y en a plus de mille, des Venise…

« A tout instant, Venise nous comble de joie minuscules qui, mise bout à bout, finissent par s’arrondir en une variété singulière de bonheur née d’une absence totale de projets. » p.55

« Tout se passe, en effet, comme si la ville utilisait à son profit la sensibilité des écrivains et  artistes qui lui rendent visite, afin de laisser affleurer les secrets enfouis dans ses profondeurs.” p.57

« Une élégance naturelle  incline les Vénitiens  à jeter un voile sur les démons et merveilles dont ils se régalent dans le saint des saints de leur jalouse intimité. Eros exprime en un style toujours soutenu les plus piquantes crudités. ». p.60

« La peinture vénitienne élabore mille sensualités inventives derrière la solennité des thèmes et le drapé des attitudes. » p.60

« Qu’était donc Venise sinon une super-machine à transformer toutes choses en or, depuis le sel jusqu’au sable dont elle sut façonner le verre ? » p.80

“Il est dans la logique de Venise de transmuer tout plaisir en or, avant de consacrer celui-ci à la quête d’autres jouissances”. p.96

« (…) c’est à Venise uniquement  que les étalages d’orange à ce point saignent et rutilent, braises d’un feu de joie, tandis que les choux-fleurs ou les artichauts des îles de la lagune, empilés sur les tréteaux en pyramides vertes et blanches, paraissent ronronner sous le toucher des ménagères. » p.111

« J’avance dans le tohu-bohu des siècles accumulés, pétrifiés sous forme de façades, et c’est un tel enchantement de se trouver là que j’ai éprouve une faim à dévorer Venise ! ». p.113

« C’est le peuple de Venise qui a servi de modèle aux tableaux dont débordent les églises et palais ; aussi ne faut-il pas s’étonner de croiser au marché, entre tomates et côtelettes, la Vierge Marie balançant joyeusement son cabas ou Marie-Madeleine choisissant des moules sous les arcs du vaste bâtiment de la Pescaria ». p.114

« En vérité, la cuisine vénitienne, c’est le tour du monde en quatre-vingt saveurs, un mélange d’influences et d’emprunts à quantité d’autre cultures.(…). On ne mange pas, à l’ombre de Saint-Marc, pour se nourrir, mais afin, encore et toujours, de voyager. » p.115

« Hautaine et décatie, miséreuse cousue d’or, nid du Phénix, voici la ville des contraires réconciliés, solaire et lunaire tour à tour, façonnée d’eau fuyante et de marbre taciturne, réelle et inventée au point d’habiter une pluralité de fantasmes, chaque individu possédant « sa » Venise intime qui ne s’apparente à nulle autre. » p131.

« Les amours vénitiennes passent comme les autres, mais s’inscrivent de façon souveraine dans la mémoire collective : elles n’en finissent pas de naître et de mourir, de commencer et de finir, images d’un film que chacun repasse sur l’écran intérieur de sa sensibilité. » p149

« Mais Venise s’enfonce depuis tant de siècles, sans jamais boire la tasse, un pied dans la tombe et l’autre au bal masqué, que l’on peut se demander si cette position acrobatique ne constituerait pas l’image la plus fidèle de la vie, éternellement occupée à accoucher sous la menace, dans l’antichambre de l’au-delà. ». p152

Published in: on 04/02/2011 at 6:41 AM  Comments (10)