Comme un roman, Daniel Pennac

“Comme un roman” est le tout premier livre de Pennac que j’ai lu.

Et que j’ai déjà relu, à peine un mois après ma première lecture. Où j’ai regretté de l’avoir terminé tellement c’était magique. Raison pour laquelle je l’ai relu. Raison pour laquelle je le relirai encore. Cette fois, et pour une fois, j’ai pris mon temps pour le lire. Que j’ai été ravie que le RER soit lent !!! J’ai reporté un tas de citations (à vu de nez, la moitié du bouquin !!), j’ai souri, j’ai ri, j’ai presque pleuré, j’ai réfléchi et je me suis dit que Pennac était un grand monsieur, sûrement un professeur formidable,  en tout cas un lecteur génial.

Et je ne sais pas vraiment pourquoi je vous en parle puisqu’il nous le dit si bien : “Plutôt que de laisser l’intelligence du texte parler par notre bouche, nous nous en remettons à notre propre intelligence, et parlons du texte.”

Où je me suis dit alors que mon billet ne parlerait en rien du texte mais serait le texte, ou toutes les citations que j’ai reporté. Sauf que j’en suis incapable. Oui, j’ai la “conscience intime, solitaire, presque douloureuse, que cette lecture-ci, que cet auteur-là, vient, comme on dit, de “changer ma vie” !”

Oui, Daniel Pennac a changé ma vie. Ma vie de lectrice. Ma vie de maman aussi. Je prends encore plus de plaisir à lire tous les soirs la même histoire à ma fille. Et autant qu’elle le demandera je prendrai ce plaisir-là. Ça sera du temps volé, oui, comme la lecture. Et j’espère qu’elle aimera lire mais c’est évident que je ne la forcerai jamais. Alors même à 12 ans, même à 18 ans, je lui lirai des histoires à voix haute, pour le plaisir du partage, de la découverte, de la sonorité de nos voix….

Rien à dire de plus, il faut laisser parler le texte…

“Comme un roman”, un véritable livre de chevet, une bible pour tout parents, lecteurs, libraires, amoureux ou non de la grande ou mauvaise littérature…

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Published in: on 21/11/2012 at 9:05 PM  Comments (23)  

Jirô Taniguchi – L’homme qui dessine – Entretiens avec Benoît Peeters (avec la collaboration de Corinne Quentin)

C’est avec un réel plaisir que je me suis plongée dans ces entretiens avec ce mangaka dont j’ai particulièrement “Un ciel radieux”.

Je ne pourrais pas m’empêcher de faire une comparaison avec ceux de Tim Burton et pourtant cela n’a rien à voir !!! J’ai nettement plus apprécié la découverte de l’univers de Taniguchi, sa manière de travailler, ses envies, sa sensibilité, ses problèmes de langue quand il collabore avec des français, sa découverte de l’Europe, la découverte de certains de ses titres que je ne connaissais pas du tout, apprendre qu’il avait bien plus de succès en France qu’au Japon (en tout cas pas pour les mêmes titres !)…

En bref, j’ai trouvé ces entretiens bien mieux menés. Et j’y ai trouvé un fond vraiment emprunt d’humanité. Est-ce grâce à la forme ? Ici il y a  de vrais questions/réponses, un texte plus aéré, mis en couleur, des illustrations parfois photographiques mais la plupart extraites de l’œuvre de Taniguchi, en rapport avec ce que nous sommes en train de lire. Et il y a également la division par “chapitre” : “Les années de formation”, “Profession mangaka”, “Un parcours d’auteur”, “Le manga et la bande-dessinée”, “Le style Taniguchi” et enfin “Un regard sur le monde”. Ou est-ce tout simplement pour l’homme et son œuvre ?

J’ai vraiment pris un énorme plaisir à parcourir la vie, la profession, les envies et les promenades de Taniguchi au travers de ces entretiens dont le découpage, la mise en page et l’ouverture sur le monde tout en expliquant des détails en font un excellent aperçu de cet “homme qui dessine”.

J’ai par exemple compris pourquoi j’avais été bien plus sensible à certains titres comme “Le journal de mon père” et jamais attirée par la série “Le sommet des dieux”. J’ai envie de découvrir la série “au temps de Botchan” mais aucune envie d’aller faire la connaissance du chien Blanco. Je n’avais pas apprécié “le gourmet solitaire” mais j’ai envie de relire “la montagne magique”…

Taniguchi est un auteur de manga au style finalement très varié, parce qu’il travaille surtout au gré de ses envies et que c’est un grand curieux qui pourrait dessiner le monde en manga !

Tim Burton, entretiens avec Mark Salisbury

Avant d’entrer dans le vif du sujet, sachez que j’aime beaucoup les films de Tim Burton mais qu’il y en a qui m’ont fortement déplu et de nombreux que je n’ai pas vu. Si j’ai lu ce livre c’est surtout pour la préface de Johnny Depp, très émouvante.

C’est lui qui m’a donné envie de tourner les pages de ce livre (un bon point pour lui puisque il va publier sa propre collection au sein d’une maison d’édition) mais je crois que c’est bien la seule chose que j’ai vraiment aimé dans ce livre.

Commençons déjà par la forme. Il s’agit d’entretiens. Pour moi ça rime avec interview. Mais il n’y a aucune question posée, juste des affirmations, plus ou moins longues, écrites en gras et auxquelles Tim Burton répond. A deux reprise il interpelle l’interviewer (alors répond-il à des questions ou pas ?) et défaut de traduction sûrement, une fois il le tutoie et la deuxième le vouvoie…

Ensuite, on ne sait pas vraiment quand est sorti ce bouquin. La préface de Johnny Depp parle de l’époque où il n’était que le midinet qui  jouait dans 21 jump street. On comprend qu’il a l’a écrit peu de temps après Edward aux mains d’argent. D’autant plus qu’il y a une autre préface de l’acteur à la nouvelle édition ! Et puis pour chaque film (puisque le livre est divisé en chapitre qui correspondent chacun à un film de Burton, sauf le premier qui correspond à ses années d’adolescence), on ne comprend pas très bien si le réalisateur répond aux “questions” peu après ou bien après la sortie dudit film…

Un bon point positif pour la forme quand même : les dessins de Tim Burton qu’on retrouve de temps à autre en illustration. Il faut aimer mais si on aime les films de Tim Burton, on aime forcément ses dessins ! En tout logique, ça m’a plu 🙂

Parlons un peu du fond maintenant…

Il y a beaucoup de détails et j’avoue que sur certains films, notamment ceux que je n’ai pas vu, j’ai sauté des pages (je vous en reparlerai plus tard mais M.Pennac nous dit bien que nous avons le droit de le faire!!). En effet c’est beaucoup de comment ils ont choisi tel acteur, où ils on tourné les scènes etc… Bon c’était quand même sympa de savoir comment ils ont fait la rivière en chocolat dans Charlie et la Chocolaterie ou comment ils ont choisi les oompa-loompas !

Dans l’absolu j’ai adoré tout ce que nous révèle Tim Burton sur lui-même. Il se met complètement à nu et j’ai rencontré un homme vraiment très touchant, avec un génie créateur assez impressionnant. Quelqu’un pour qui l’émotion, l’amitié et le contact qui passe ou pas entre les personnes sont bien plus importants que tout le fric qui est mis en jeu dans un film. Il crache quand même beaucoup sur les grands studios et bien que je sois une amatrice de block-buster, ce n’est pas pour me déplaire !

J’aime d’autant plus Tim Burton l’homme qui admire énormément Van Gogh le peintre !!! 😉

Un dernier point pour la fin du billet qui correspond à la fin du livre : je déplore totalement le manque de conclusion !!! Il y a deux préfaces et deux ou trois introductions mais aucune conclusion, même pas une ligne !
On passe de la fin de l’entretien sur Sweeney Tood à la filmographie complète de Tim Burton…

En bref, une lecture relativement mitigée, qui m’a tout de même donnée envie de (re)voir toute la filmographie complète de Tim Burton !!

 

Published in: on 11/11/2012 at 5:18 PM  Comments (10)  

3 jours au Nepal, JeanDavid Blanc

JeanDavid Blanc nous raconte ici son crash en paramoteur, au mois de janvier, en plein cœur de l’Himalaya. Il est resté seul, sans manger ni boire pendant trois jours…

Il s’agit bien ici d’un récit ou d’un témoignage, et ce n’est qu’en me persuadant de cela que j’ai pu apprécier cette lecture dans sa totalité. Pour être assez critique, je dirai que si ce livre avait été un roman, il manquerait beaucoup de choses : des descriptions des paysages extérieurs, mais surtout intérieurs (se retrouver seul, transi de froid, sans savoir où on est, où on va et comment on va survivre peut amener à se poser beaucoup de questions, enfin j’imagine…), ainsi qu’un style d’écriture propre.

Mais “3 jours au Népal” n’est pas un roman donc tout est très factuel : c’est au présent de l’indicatif que l’auteur nous raconte minute par minute ce qu’il a fait, ce qu’il a pensé, comment il a réussi telle ou telle chose etc.

Et malgré ce style pragmatique qui m’a empêché d’entrer de suite dans le vif du sujet, j’ai été très touchée par ce récit. Pour ses détails surtout. Comment il a réussi à faire du feu. Tous les passages qui concernent sa fille (ça aussi, ça aurait mérité d’être approfondi parce qu’en quelques mots seulement, on sent l’amour qui transpire de ce père à sa fille). Sa réaction quand il s’est rendu compte de son erreur.

En fait ce livre est terriblement humain. Et j’avais beau connaître l’issue de l’histoire, j’ai vraiment eu peur pour lui.

J’ai également apprécié l’épilogue, de la main d’un de ses amis qui raconte en deux pages ce qu’il s’est passé pendant son absence.

Je crois n’avoir jamais lu de témoignage auparavant, ni de récit de voyage mais je pense pouvoir dire que si ce n’est pas un chef d’œuvre du genre, ça reste très émouvant. Et c’est ce que j’attends le plus de mes lectures : des sentiments, de l’émotion, du partage.

PS : Ce n’est pas le bandeau “Impressionnant” de David Foenkinos qui m’a donné envie de lire ce livre, mais je peux vous assurer que ça a sacrément fait pencher la balance !

PPS : j’oubliais ! Les échanges de SMS ou de contact radio avec ses amis sont en anglais, fautes comprises. Une façon de faire que j’avais rarement vu et qui m’a beaucoup plu, justement parce que c’est très authentique.

Published in: on 29/10/2012 at 8:34 PM  Comments (11)  
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Hopper, l’expo

Comment parler d’un livre où il n’y a quasiment pas de texte ? La seule solution est de parler du livre et de l’expo en même temps, l’un n’allant pas sans l’autre. (Faux, l’expo se suffit amplement à elle-même. Faux, cette expo est tellement magique qu’il vous faut absolument un livre pour pouvoir y retourner autant que vous voulez !)

La RMN a eu la bonne idée d’éditer cette espèce de mini catalogue d’exposition qui n’est que “l’expo et rien que l’expo”. Reproductions de tous les tableaux que vous avez vu (ou bientôt voir!), reproductions des cartels et des panneaux pédagogiques. Le tout présenté dans le même ordre que l’expo, et en bilingue (autant toucher un public large!) pour la “modique” somme de 18,50euros.

Alors oui, quand on veut voir et revoir et encore revoir les magnifiques tableaux de Hopper, c’est une bonne idée !

Le livre en soi n’est pas parfait, les reproductions ne sont pas à couper le souffle. Mais on peut voir tous les tableaux de Hopper (et des quelques peintres qui l’ont inspiré) à grande vitesse, s’arrêter sur un détail d’un tableau, fermer les yeux après être tombé sur un tableau qu’on avait oublié et essayer de se le remémorer ‘en vrai’.

Evidemment, pour les quelques œuvres présentées sous forme de diapositives (des couvertures de magazines ou les photos d’Atget, qui a également fortement inspiré notre cher peintre), il ne s’agit que d’une sélection.

Et pour les salles qui présentent un grand nombre de tableaux, l’ordre présenté ici n’est pas forcément l’ordre que nous avions suivi quand on était en extase totale devant les tableaux.

Mais qu’importe, ça fait revivre cette expérience magique, même si les sentiments n’ont rien à voir.

Je crois que ce qui m’a le plus marqué dans cette exposition c’est d’être devant un tableau dans lequel j’étais complètement plongée, de tourner la tête à droite, ou à gauche, de découvrir au moins 5 ou 6 tableaux tous aussi riches les uns que les autres mais d’être attirée par un en particulier. Pour les couleurs, pour la lumière, pour la perspective, pour l’ambiance… De s’en approcher (j’ai eu la chance inouïe de voir cette expo en dehors des heures d’ouverture (je n’étais pas seule certes mais il y avait vraiment moins de monde!) et de me rendre compte que les sensations éprouvées n’étaient pas les mêmes en fonction de la distance à laquelle je me trouvais.

Oui, je crois que c’est ce qui m’a le plus impressionnée dans la peinture de Hopper. Ce mystère, ces couleurs, ces sensations sur lesquelles il est impossible de mettre des mots… Un émerveillement total !

Je ne peux pas ne pas partager avec vous les quelques œuvres qui m’ont le plus marqué mais il est évident que les reproductions trouvées ça et là sur Internet ne rendent aucunement justice au peintre !

 

Stairway at 48, rue de Lille, Paris, 1906 (reproduit p.27 du livre)

(Que vous dire de plus ? La taille du tableau, (relativement petite 33 x 25cm) n’empêche absolument pas l’éblouissement total !)

 

 

House by the railroad, 1925 (reproduit p.188 du livre et autant vous le dire tout de suite, c’est une des reproductions les pires du livre. En effet, exceptionnellement et rien que pour cette œuvre, le grand palais a fait entrer la lumière du jour dans la salle. Ça renforce le charme et donne un attrait incommensurable au tableau. Je suis désolée de vous avoir mis ici cette espèce de polaroid mais c’est celui dont les couleurs semblent être le plus proche de la réalité ! (je n’ai pas osé prendre de photos, vous m’en excuserez…))

 

 

Office at night, 1940 (reproduit p.256 du livre)

Parait-il que ce tableau a une histoire mystérieuse : la secrétaire ne serait-elle pas en train de sortir une arme du tiroir et sur le point de commettre un meurtre ? Ce que je me demande moi c’est pourquoi leur visage sont blancs, alors que les jambes de la secrétaire ont une vraie couleur chair… Si vous connaissez la réponse à cette question ou l’histoire du tableau, n’hésitez pas à faire partager vos connaissances !

 

(Re)connaissez-vous cet artiste ? (réponse dans les commentaires, seul indice : un lieu avec Hopper ;-))

 

 

 

Une gravure, une aquarelle parisienne, une illustration pour une revue, pas que des huiles sur toile à voir donc !

 

 

 

 

 

Et enfin, last but not least, le tableau que j’ai vu en tout dernier (mais pas celui représenté en dernier dans le livre qui est, judicieusement, le dernier peint par Hopper “two comedians”) et qui est celui que j’ai préféré, celui qui m’a mis l’eau à la bouche alors que je venais de passer une heure à m’abreuver des toiles de Hopper, celui qui m’a donc simplement donner envie de tour reprendre depuis le début :

Sun in an empty room, 1963 (p.263, et ça se passe de commentaires !)

 

Ps : je précise que les dimensions reproduites ici n’ont strictement rien à voir avec celles des œuvres “en vrai” (c’est à dire que les petites vignettes ne correspondent pas forcément aux petits tableaux !)

Pps : quel plaisir de se replonger dans l’expo grâce à ce livre ! De le feuilleter dans tous les sens, de s’arrêter, de reprendre, de regarder et d’avoir la sensation qu’on peut toucher, qu’on peut vivre dans chacune de ces maisons, qu’on peut être là, à côté de Ed quand il peint, qu’on regarde le soleil en même temps lui, les plaines américaines, et les gens, tout simplement… Bref, malgré les reproductions qui ne sont pas forcément géniales, ce livre est une nécessité !!!

Bric à Brac Hopperien, Thomas Vinau

C’est après avoir  entendu (d’une oreille très distraite) cette émission de radio que j’ai voulu découvrir ce livre.

Je l’ai lu, une première fois, et j’y ai trouvé de nombreuses citations, de nombreuses phrases absolument magnifiques et qui rendent l’ambiance des toiles de Hopper…. que je n’avais jamais vu en vrai, avant ce matin.

L’expo ? Magique. C’est le seul mot qui convient (et de toute façon je reviendrai sûrement vous en parler avec un autre, voire d’autres livres). J’ai donc relu ces textes minuscules, ces brèves, ces lettres, ces poèmes, ce “bric à brac” comme son nom l’indique si bien, avec les tableaux de Hopper plein les yeux.

J’avoue que je ne sais pas comment en parler. Tous les textes rendent magnifiquement bien l’atmosphère si particulier, si mystérieux et parfois si lumineux du peintre. Il n’y a pas d’ordre dans les textes. On passe de lettres à des notes griffonnées sur un bout de journal, en passant par des listes ou encore des poèmes de Thomas Vinau.

Ce que ne dit pas la première de couverture c’est que ce livre est illustré par Götting (qui fait beaucoup de B.D et est aussi connu pour avoir illustré les couvertures des Harry Potter en français) qui reprend les ambiances de Edward Hopper. On n’aime ou on n’aime pas Götting mais si on aime Hopper, on est forcément touché par son adaptation tout en noir et blanc.

 Oui ce petit livre est magnifique et contient un petit côté magique, qui permet de continuer un peu l’expo à sa manière, permettant ainsi de se promener au gré des envies de l’auteur dans la vie, dans l’atelier, dans l’imagination et dans les toiles de Hopper.

Bref, une petite merveille, une petite pépite littéraire (qui donne furieusement envie de découvrir d’autres textes de T.Vinau).

p.24 “Ed regarde les gens comme il regarde le ciel. Ed regard les lieux comme il regarde les gens. Lorsque Ed regarde quelque chose, il cherche à voir ce qui le remplit et ce qui le vide. Ce qui le modifie.”

P.27 “(…) Ce qui l’intéresse c’est de peindre les ombres comme des gens.”

p.52 “Il faut cadrer les scènes Comme si nous étions toujours Dans une voiture, A regarder la vie Au travers d’un pare-brise.”

p.75 “Si je vous dis que La station service d’Ogunpint M’a plus influencé Que Rembrandt Me croyez-vous ?”

Published in: on 22/10/2012 at 7:46 PM  Comments (12)  

Borges, de loin; Christian Garcin

“Borges, de loin” : voilà un titre tout à fait approprié puisque Christian Garcin brode plus qu’il ne s’approche vraiment de Borges…

L’introduction est un peu longue et nous parle d’abord de Kafka et de Faulkner. L’auteur titille ensuite notre envie de lire sur Borges (mais peut-être aurais-je du comprendre plus vite que ce n’était pas réellement le but du livre, tout simplement parce que Garcin ne s’en sent pas capable, et de ça, je ne peux pas le blâmer), en nous racontant pendant 40 pages comment il en est venu à lire l’auteur argentin.

Celui qu’on attend arrive alors doucement, sans qu’on s’en rende compte. On sent enfin à quel point C. Garcin est imprégné de Borges, à quel point il a besoin de Borges, à quel point il est Borges*.

Pendant quelques chapitres, Garcin se laisse “promener” par Borges, lui qui ne voulait pas entrer dans ses labyrinthes (plein de miroirs, de rêves, de tigres…) de peur de s’y perdre.

Il aurait dû pourtant ! C’est toujours agréable d’entrer dans l’univers de ce génie argentin, peu importe par quelle porte on passe. Ici, le chemin emprunté est plutôt facile. Sauf qu’il a trop peur de s’égarer (ce qui peut vite arriver, je le conçois) et du coup sort très vite du labyrinthe qu’est Borges pour nous raconter des anecdotes dont on se fiche un peu et surtout pour en revenir à sa petite personne et à tout ce qu’il aurait aimé écrire dans ce livre et qu’il n’a pas fait.

En bref je dirai une lecture décevante mais pas inintéressante (comment peut-on l’être quand on parle de Borges ?). N’oublions pas qu’il s’agit de la collection “l’un et l’autre”, ça devrait plutôt être une espèce d’ode à Borges par Christian Garcin, pour Borges, et pas pour tout lecteur avide de Jorge Luis Borges.

Ceci dit, j’ai bien noté quelques titres à lire, je me suis à nouveau dit que pour lire Borges il faut du temps, une ouverture et une disponibilité d’esprit, un stylo et un carnet et je dois reconnaître que je suis totalement d’accord avec l’auteur quand il dit que Borges représente tout le “Mystère de la Littérature” et que toute la littérature est Borges et que Borges est toute la littérature.

*voilà que je me mets à parler comme Georgie (de son petit nom d’enfant). Je conçois que vous ne compreniez pas le sens de ma phrase mais avec Borges dans la tête, je ne vois pas comment je peux le dire autrement ! Qui aurait cru que mes billets, pourtant pas si folichons, auraient un jour une mini dimension métaphysique ?
Published in: on 08/10/2012 at 8:54 PM  Comments (10)  
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Le grand guide de Venise, sur les pas de Canaletto et des maîtres vénitiens ; avec Alain Vircondelet

Vous le savez tous, j’aime Venise. A défaut de pouvoir y aller quand ça me chante, je m’y promène à travers les livres.

Jusqu’à présent, j’ai apprécié toutes mes lectures vénitiennes. Vous allez voir que ce n’est pas le cas ici.

A commencer par le titre, mensonger : “et des maîtres vénitiens”. Il y a Canaletto, il y a Guardi, tous les deux à l’honneur à Paris en ce moment. C’est tout. Aucun autre maître vénitien à l’horizon.

Soyons un peu positif : les textes de Vircondelet, un grand spécialiste de Venise, sont merveilleux. On sent ici l’amoureux de Venise, qui, heureusement, n’en fait pas trop. Rien de pompeux dans ces textes et même plutôt beaucoup d’humilité. Les amoureux de Venise sont petits face à la Sérénissime, et elle aura toujours des secrets à nous dévoiler…

Le livre est présenté en 12 promenades. Pour chacune, une œuvre de Caneletto ou Guardi est représentée. Elle est commentée et détaillée. C’est un aspect du livre qui m’a passablement ennuyé, d’ailleurs j’ai vite arrêté de les lire : ce sont de simples descriptions des tableaux qui encensent les peintres (je n’aime pas du tout Canaletto (dont j’ai vu l’expo à Maillol la semaine dernière) et, contrairement à Vircondelet, je suis tout à fait d’accord avec Sollers!*). A côté des tableaux, une photo du même angle de vue aujourd’hui. Ça pourrait être intéressant si la conclusion n’était pas la même à chaque fois : rien n’a changé.

Oui c’est merveilleux que Venise soit la même, quasiment, en 2012 qu’en 1780, mais c’est dommage de le répéter toutes les vingt pages…

Les promenades proposées sont relativement basiques : la place saint-Marc, le grand canal, le Rialto, mais aussi l’île San Giorgo di Maggiore** ou encore l’île San Michele où se trouve le cimetière.

J’ai bien plus apprécié les descriptions de ces endroits merveilleux, quoique parfois un peu trop touristiques et je dois avouer avoir appris un grand nombre de détails, d’anecdotes et de faits divers qui m’ont tout simplement donner envie de sauter dans un avion et de visiter Venise tout doucement…

J’aime cette ville mais je ne suis pas (encore!) une grande connaisseuse et c’est bien normal que j’ai appris des choses en lisant ce livre. Et heureusement je dirai, sinon je crois que j’aurai pu mettre ce livre à la poubelle tellement il est maladroit.

C’est bien le mot : maladroit. A la fois guide touristique, livre d’art (concentré sur deux peintres, c’est maigre, même si c’est dû à l’actualité), et promenade au travers des mots de Vircondelet, c’est trop s’éparpiller pour faire quelque chose de correct.

Quand on sait que Eyrolles n’est pas spécialisé en art ou en tourisme, on se demande bien pourquoi ils ont édité ça (et on comprend peut-être mieux les maladresses).

Mes bons points vont sans hésiter à l’introduction et à la conclusion, qui m’ont conforté dans le fait d’aller jeter un œil aux livres de Vircondelet, qui a tout de même une sacrée bibliographie vénitienne à son actif !

En bref : dommage…

*. P.19 “Que dire de lui ? Perspectives parfaites, technique éprouvée, clarté, couleurs nettes, photographies ouillées, belle propagande pour l’espace. On voit un Canaletto, on l’apprécie, on l’oublie”.

** Où j’ai appris un truc extraordinaire : un labyrinthe dédié à Borges y a été construit !!!! C’est évident, je dois aller voir ça, et vite !

Lettre sur le pouvoir d’écrire, Claude-Edmonde Magny

Claude-Edmonde Magny a écrit cette lettre à Jorge Semprun en 1943. Au départ, c’est un conseil pour cet écrivain qui se cherche encore dans l’écriture (ce qu’il nous explique sublimement et simplement en préface).

J’ai ouvert ce livre par pure curiosité. Le livre fait 50 pages, je ne pensais vraiment pas le lire une première fois, ne rien comprendre, le relire tout de suite après une deuxième fois, beaucoup plus attentivement, un crayon à la main.

J’ai été bluffée par l’écriture mais aussi par la principale idée qui en émane (je ne vous ennuierais pas avec les dizaines de citations que j’ai noté et qui disent toutes plus ou moins la même chose : pour savoir écrire et pour écrire correctement il faut d’abord se connaître.)

C’est grossièrement résumé. Il y a dans ces 50 petites pages mille autres idées, conseils, critiques et illustrations sur “le pouvoir d’écrire”. “Pouvoir” à comprendre comme “qui peut écrire et comment”; ce qu’on ne comprend pas forcément simplement en lisant le titre.

Toute personne qui aurait envie de prendre la plume, le pinceau ou le clavier aujourd’hui se doit de lire cette lettre, qui sonne comme un pamphlet. Et même si on n’a aucune intention d’écrire et qu’on aime tout simplement lire, il faut ouvrir ce livre et s’en imprégner.

Pour moi, avec ses conseils, ses mots magnifiques, ses exemples riches, Claude-Edmonde Magny nous explique simplement ce qu’est la Littérature.

Lu dans le cadre du projet non-fiction de Flo.

Published in: on 02/10/2012 at 8:00 PM  Comments (21)  

Le diable dans la ville blanche, Erik Larson

La frontière entre fiction et réalité est parfois vraiment très ténue. Ce livre est vendu comme un polar, il peut se lire comme un polar (bien que ça n’ait rien d’un page-turner), mais la 4ème de couverture le qualifie de “document”.

Alors ? Polar ou document ?

Un peu des deux sûrement, mais d’après les notes et sources de l’auteur en fin d’ouvrage, la balance penche bien plus sur un document. Mais un document vraiment fascinant à lire, parce que construit comme un roman, avec un peu de suspens, des rebondissements, des meurtres évidemment, même s’ils ne sont que très rarement décrits (deux fois pour être précis), une enquête en toute fin d’ouvrage.

Mais de quoi ça parle me demanderez-vous ? Eh bien de l’exposition universelle de Chicago qui eut lieu en 1892.

Comme ça, à première vue, rien ne m’intéresse particulièrement dans ce domaine. Mais en y mettant un peu mon nez je me suis souvenue que j’aimais cette ville (que je n’ai visité qu’une fois il y a déjà longtemps mais j’en garde un souvenir fort), que j’aimais cette période, que je n’étais pas complètement fermée à l’architecture en tant que beaux-arts, et surtout que j’allais lire là un semblant de polar ! Je me souvenais également que Karine avait aimé. Un très bon client à la librairie aussi. Il ne m’a fallu que ses deux avis pour le lire dès sa sortie en poche.

Et je n’ai vraiment pas été déçue ! Je sais bien que l’Expo a eu lieu et pourtant, pendant toute la première partie je me demandais s’ils allaient y arriver en temps et en heure. La partie “polar” est très bien faite aussi parce que tout est dans les non-dits de l’auteur… Et puis comme je ne me suis jamais penchée sur la question de cette Expo, j’ai appris beaucoup de choses un peu insolites. Par exemple que c’est à cette occasion qu’un certain George Ferris a construit un véritable exploit : une grande roue (comme on en voit aujourd’hui dans toutes les foires et fêtes foraines) dans le simple but de surpasser la tour Eiffel ou encore que le père de Walt Disney a travaillé sur le site et lui racontait tout plein d’histoires extraordinaires.

En bref un document passionnant qui donne envie d’aller se promener dans les rues de cette Expo, même s’il fallait faire attention aux pickpockets et à cet homme particulièrement charmant dont les employées ont eu la fâcheuse habitude de disparaître du jour au lendemain sans en avertir leur employeur…