Le dévouement du suspect X, Keigo Higashino

Ishigami est un professeur de mathématiques, éperdument amoureux de sa voisine Yasuko, qui vit seule avec sa fille adolescente et travaille chez un traiteur non loin du lycée où enseigne Ishigami. Ainsi, chaque jour où presque, Ishigami vient prendre sa boîte repas mais n’ose jamais poser les yeux sur cette si belle femme… Jusqu’au jour où l’ex-mari violent et alcoolique de celle-ci vient l’importuner et que, pour protéger sa fille qu’il s’apprêtait à attaquer, elle le tue.  Avec son génie mathématique, Ishigami va aider et protéger Yasuko et sa fille. Mais la police enquête sur ce meurtre et il n’y avait qu’une seule inconnue au problème : le meilleur ami de l’enquêteur a fait ses études avec Ishigami et est, quant à lui, génie en physique…

J’avais vraiment beaucoup aimé “La maison où je suis mort autrefois”, surtout pour son ambiance, pour le déroulement de l’intrigue mais aussi parce que c’était très japonais et donc très différent de ce qu’on a l’habitude de lire.

Aussi, j’ai été un peu déçue ici car ce meurtre, cette enquête, sa résolution, les traits de caractères des personnages, leurs conversations, leur manière d’être, de s’habiller, de communiquer… bref tout ça est plutôt universel et pourrait se passer bien n’importe où.

Ceci dit, “Le dévouement du suspect X” reste un très bon polar, principalement par le déroulement de son intrigue et aussi par les différents thèmes qu’il aborde.

En fait, on ne parle jamais de mathématiques, mais plutôt de logique. Ou de philosophie. Tels que décrits dans ce polar, que ce soit des maths, de la physique, de la déduction, de la logique tout ressemble étrangement à de la philosophie (et ça me rappelle ce polar de Philip Kerr qui comparait justement les enquêtes policières à de la philosophie…).

Higashino nous offre là un polar hyper logique mais qui ressemble à un vrai labyrinthe pour toute personne ordinaire comme vous et moi lecteurs, ou bien comme Kusanagi l’enquêteur de police… Du coup, la solution du problème est vraiment impressionnante et pas une seule seconde je n’aurai pu m’attendre à ça !!

Comme je le disais un peu plus haut, en plus de l’excellente maîtrise de l’enquête, résolu en fait par l’ami d’Ishigami et non le policier, Higashino aborde différents thèmes : l’amour et jusqu’où peut-on aller pour lui, les sans-abris et l’indifférence qu’on leur porte, le manque de moyens et/ou de logique de la police, la solitude, l’ambition, l’amitié…. et je pense même qu’à relecture de ce roman, on pourrait trouver encore bien d’autres choses.

Alors oui, j’ai été légèrement déçue de ne pas retrouver une ambiance typiquement japonaise, mais j’ai été plus qu’impressionnée et menée en bateau par cet excellent polar !

Traduit du japonais par Sophie Refle

L’avis de Claude Le nocher qui parle “d’excitante subtilité” et qui, comme moi, avait eu un coup de cœur pour le précédent roman de cet auteur japonais, et celui de Marjorie Alessandrini.

Published in: on 24/11/2011 at 2:43 PM  Comments (16)  

La maison où je suis mort autrefois, Keigo Higashino

Sayaka, aujourd’hui mariée avec un enfant ne se souvient d’absolument rien avant ses 5 ans. A la mort de son père, elle découvre une clé et un plan qui semble conduire à une vieille maison isolée… Sayaka, persuadée que cette maison est le seul moyen qu’elle a de retrouver la mémoire, se tourne vers son petit-ami du lycée pour qu’il l’accompagne à la quête de ses souvenirs perdus…

Si le début de ce polar japonais paraît être un mauvais film d’horreur (une maison inhabitée poussiéreuse, des portes qui grincent…), on se rend vite compte que ce n’est pas du tout le cas. Parce que si tout y est étrange (toutes les horloges sont arrêtés à 11h10, c’est poussiéreux mais personne ne semble y avoir jamais habité, on y entre par le sous-sol et pas par la porte d’entrée, condamnée de l’intérieur…), rien n’est vraiment paranormal.

Rapidement on apprend qu’il s’est passé des choses affreuses, même si rien n’est clair. Surtout pas le lien qu’il peut y avoir avec Sayaka qui ne serait que la fille de la femme de ménage des propriétaires de cette maison (la mère de Sayaka est mort quand Sayaka était petite et son père n’avait jamais mentionné cette maison. Et puis rappelez vous que la jeune femme ne se souvient de rien avant ses 5 ans)

Alors on peut aussi reprocher à l’auteur de faire un polar psychologiquement facile. Sayaka avoue vite à son ancien amoureux qu’elle bat sa fille. On rase de très près le cliché de maltraitance dans la petite enfance, d’où le black out total, d’où le même schéma une fois mère… Mais si on est près du cliché, si on est près du paranormal, si on est près d’une espèce de film d’angoisse, on se retrouve finalement à lire un polar à l’écriture très froide qui n’hésite pas à explorer tout ce que la mémoire d’un être humain peut refouler.

Un polar assez efficace qui traite d’un aspect psychologique de l’enfance pas forcément évident.

L’auteur japonais a reçu un prix pour un autre polar intitulé “Le dévouement du suspect X” à paraître je ne sais quand… Je pense que je le lirai car, sans non plus crier au chef d’oeuvre (on est quand même loin d’un Tim Willocks), ce petit polar japonais n’est pas mal du tout.

Published in: on 12/04/2010 at 6:44 AM  Comments (21)