La clef – La confession impudique. Junichiro Tanizaki

Si le sous-titre et la photo de couverture sont assez équivoques, j’avoue avoir ouvert ce roman sans savoir de quoi il s’agissait.

Vous l’avez remarqué, en ce moment je suis dans une période Japon. J’avais acheté ce livre il y a plusieurs mois déjà, lorsque j’ai appris qu’un film se passant à Venise en avait été tiré.

Et je comprends très bien  comment cet univers à la fois érotique, tendre, audacieux, malsain et légèrement scabreux peut avoir sa place à Venise.

Tout ici est jeu et manipulation entre mari et femme, à travers leur journaux intimes respectifs. L’auteur réussit cependant avec une grande délicatesse à ne pas dépasser une certaine limite. Après tout, nous sommes dans le Japon des années 60, un pays où règne un certain traditionalisme qui empêche de dire et de montrer bien des choses de son intimité et de ses sentiments. Tanizaki réussit pourtant à le faire avec beaucoup de raffinement.

Je pense donc bien continuer à découvrir l’œuvre de cet auteur (ce que j’ai déjà fait avec la nouvelle “Le tatouage” son premier texte à l’âge de 24 ans, dont je ne vous parlerai pas, mais qui m’a incité à continuer dans la découverte de l’univers de Tanizaki).

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Published in: on 17/04/2013 at 6:37 PM  Comments (8)  
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Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Haruki Murakami

Ce mois-ci sera ici un mois japonais, et peu importe si ce mois dure 45 ou 123 jours !

Quoi de mieux donc que “l’autobiographie” de Murakami ?

Cet essai, qui est bien comme son nom l’indique un autoportrait, est une espèce d’introspection autour des raisons pour lesquelles Murakami court, qu’est ce que ça lui apporte dans son métier d’écrivain et sa vie de tous les jours.

On pourrait penser que ce cheminement très personnel risque d’être ennuyeux. Eh bien pas le moins du monde ! Je ne saurais expliqué pourquoi… Si ce n’est que j’ai moi-même pratiqué le jogging il y a quelques temps pendant quelques mois (l’hiver a eu raison de moi mais ne soyons pas défaitiste, les cerisiers ont commencé à fleurir, je vais pouvoir prendre à nouveau ma bonne résolution!), et j’ai donc compris le processus, les pensées, les états d’âme, d’esprit et de corps que Murakami pense et ressent lorsqu’il court.

Je crois d’ailleurs que c’est surtout ça qui m’a plu : un auteur japonais m’a permis de me rendre compte à quel point courir pouvait être une activité indispensable au bon fonctionnement de ses nerfs et de son cerveau. Je le savais déjà, courir c’est bon pour la zénitude et c’est bon pour les neurones. Disons que je me suis sentie en adéquation totale avec les propos de Haruki Murakami.

Mais seulement au niveau de la course. La toute dernière partie est consacrée au triathlon, et si j’ai toujours bien aimé faire du vélo et nager, j’avoue que cette partie m’a laissé entièrement de marbre. J’ai trouvé qu’elle était là uniquement pour se prouver à lui-même qu’il pouvait faire tout ce qu’il avait décidé même si ses aptitudes physiques baissent avec l’âge. Les 3/4 du livre sur la course sont emprunt d’une certaine philosophie de vie et je n’ai absolument pas retrouvé cela dans les dernières pages.

Toujours est-il que si vous aimez courir et/ou si vous aimez Murakami, je vous conseille cet essai qui n’en est pas un. Je n’irai pas jusqu’à dire que cela permet de comprendre l’œuvre entière (que je suis loin d’avoir lue!) de l’auteur, mais ça donne de bonnes pistes de réflexion. Ça et bien sûr, une forte envie d’aller fouler les allées fleuries du magnifique parc à côté de chez soi !

Le musée du silence, Yoko Ogawa

Le héros de cette histoire (dont on ne connaîtra jamais le nom, tout comme les autres personnages) est muséographe. Il arrive au village pour s’occuper d’un musée très particulier que la vieille dame voudrait ouvrir au sein de son manoir…

Comme toujours chez Yoko Ogawa, l’ambiance est étrange : nous sommes dans un village un peu en dehors du monde, dans un grand manoir où seuls la vieille dame, la jeune fille, le jardinier et la femme de ménage habitent. La vieille dame a commencé à voler des objets aux défunts lors de ses 11 ans et n’a jamais arrêté depuis : dès que quelqu’un du village mourrait, la vieille dame se procurait un objet les représentant. Aujourd’hui, elle veut en faire le musée du Silence.

Il y a beaucoup de choses que j’ai aimé dans ce roman, en plus de l’atmosphère si particulière de l’auteure. Notamment toutes les questions qui tournent autour du musée, de la conception pratique d’un musée mais aussi des éléments philosophiques qui tournent autour de l’idée de musée (sans parler de la représentation des morts !)

J’ai également aimé le côté “roman policier” que je n’avais encore jamais rencontré chez Yoko Ogawa mais qui donne à ce roman son fil conducteur, et des détails tels que le microscope et “Le journal d’Anne Frank” qui ancrent ce récit un peu fantastique dans une certaine réalité.

En bref, une très belle lecture qui fait voyager tout en faisant réfléchir.

traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

Published in: on 20/02/2013 at 6:24 PM  Comments (20)  
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La pierre et le sabre, Eiji Yoshikawa

Un homme se relève d’entre les morts… Nous sommes au Japon, au XVIIè siècle. Takezo et son ami Matahachi ont participé à une bataille et leur camp a perdu… Ils se retrouvent seuls, sont recueillis par une femme veuve qui vit seule avec sa fille. Matahachi va rester avec elles. Takezo décide de retourner au village mais il n’est pas le bienvenu lui qui ne cherche qu’à se battre. Grâce à Takuan, un moine, Takezo va trouver la voie de la Sagesse, ou plutôt chercher éternellement la voie du Sabre pour devenir un vrai samouraï. Pour cela, il deviendra Musashi.

Ce gros roman japonais est une véritable fresque, et seulement le premier tome des aventures de Musashi !

Un roman historique, un roman d’amour, un roman philosophique, un roman initiatique, où les moines sont plein de sagesse, où les femmes amoureuses pourraient donner leur vie pour que leur amour éternel puisse vivre, où l’honneur est très important et où le saké coule à flot (n’oubliez pas que nous sommes au Japon, au XVIIè siècle).

Un très bon roman oui. En le finissant je me suis dit que je ne m’avais même pas vu tourner les pages… J’ai suivi Musashi avec grand plaisir en me rendant compte que les auteurs tels que Ken Follett n’avaient rien inventé. J’ai suivi Musashi en me disant que je ne lirai que le premier tome, parce que vu l’épaisseur du roman, je me contenterai de celui-ci. Sauf qu’une fois la dernière page tournée, il était évident que je ne pouvais laissé Musashi, Otsu et Jotaro là où ils étaient, que je devais les suivre tout au long de leur chemin.

Comme si moi, simple lectrice, je pouvais aider Musashi à trouver la Voie du Sabre.

Peut-être en fait c’est tout son cheminement qui pourrait m’aider à moi, simple lectrice, à trouver la voie du bonheur le plus simple…

Lectures en vrac

J’ai beau avoir beaucoup lu dernièrement, je n’ai eu quasiment aucune envie de consacrer un billet à chaque livre lu. Pourtant, je n’ai pas non plus envie de les oublier.

“Le dit de Murasaki”, grâce à Yueyin dont le billet a eu raison de moi. Et j’ai bien fait d’écouter cette fausse raison, c’est un très beau roman qui donne évidemment envie de se plonger dans le dit du Genji mais là, je n’ai pas cédé à la tentation…

“Un cri d’amour au centre du monde” de Kyoichi Katayama. Une très belle histoire d’amour qui a résonné en moi tout le long de la lecture mais qui n’est maintenant qu’un simple souvenir, agréable, mais pas si fort.

“Le tribunal des âmes” de Donata Carisi. Un excellent polar, intéressant, bien ficelé, très humain… Pour plus de détails je vous renvoie vers les billets de Stéphie et Tamara

“Juste une ombre” de Karine Giebel. Une ou deux maladresses au départ mais au final un thriller psychologique assez oppressant. A découvrir, mais peut-être en poche car il me semble que je vais vite l’oublier…

Et un polar politico-écologique d’un auteur français qui dans la vie est mathématicien : “Le siècle bleu, ombres et lumières” de Jean-Pierre Goux, à paraître le 10 mai 2012.

Intéressant, peut-être un peu trop utopique et idéaliste, alarmiste mais néanmoins bien écrit, efficace et touchant du doigt les vrais problèmes concernant notre planète. Le hic ? Une fin un peu trop mystique et ésotérique à mon goût…

Encore d’autres lectures à venir, évidemment ! Même s’il n’est que pointillé, ce blog continue de vivre !

1Q84 vol3, Haruki Murakami

Autant vous le dire tout de suite, je ne m’embêterai pas à vous résumer ce dernier volume de la trilogie 1Q84.
Je vous propose plutôt, si vous ne l’avez pas lu et que vous n’en avez jamais entendu parler, de vous laisser porter par votre imagination et d’entrer dans ce drôle de monde murakamien où vous allez sûrement vous perdre avec plaisir…

A propos de ce dernier tome, je dirai simplement que c’est beau, très beau.

Que Murakami nous emmène loin et nous fait passer par bien des chemins pour une superbe histoire d’amour.

Je suis vraiment triste d’avoir quitté Tengo et Aomamé. Et je suis heureuse de savoir que quelque part, au moins dans mon imagination, leur vie continue…

Et vous qui avez lu la trilogie ? Qu’en pensez vous ? Etes vous déçus ? Triste ? Heureux ? Avez-vous aimé ? Quels sont les adjectifs qui vous viennent à l’esprit quand vous y pensez ? Les avez-vous lu d’une traite ou, comme moi, vous avez suivi la parution en enchaînant le 1 et le 2 parce que vous ne pouviez faire autrement ou avez-vous attendant patiemment que les trois soient disponibles ? Pour ma part, je sens vraiment que le 3è volet est bien différent, plus calme, plus limpide, moins étrange que les précédents. C’est sûrement la raison de cet étrange découpage dans la parution…

En tout cas j’attends vos commentaires pour connaître votre avis et votre ressenti sur ce livre, pour moi, inoubliable.

Published in: on 14/03/2012 at 6:53 PM  Comments (8)  

La lecture des otages, Yoko Ogawa

Je n’ai que deux mots à la bouche pour décrire ce magnifique roman de Yoko Ogawa :

Magique.

Epoustouflant.

L’auteure a une imagination débordante, les histoires que nous racontent chacun des otages sont insolites, originales, souvent très émouvantes et toujours emprunt d’un peu d’étrangeté… Chacun de ces récits nous emmène si loin qu’on en oublie très vite que ces personnes si vivantes sont mortes. Une simple phrase mentionnant leur nom, leur âge et la raison de leur présence à la fin de leurs histoires respectives  nous ramène à la triste réalité.

Published in: on 11/03/2012 at 6:43 PM  Comments (14)  

Et sinon…

J’ai lu “Sommeil” de Murakami. Je n’y ai pas trouvé grand intérêt, surtout parce que c’est tellement énigmatique que je n’y ai pas compris grand chose et que je n’ai pas eu la force de chercher à comprendre où il voulait en venir.

J’ai également lu “Heureux comme jamais” de Andrès Tieppolo. C’est une belle histoire d’amour (incestueuse), où beaucoup de sujets sont abordés mais au final, je n’y ai pas trouvé grand intérêt…

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Kafka Tamura est un jeune garçon de 15 ans qui décide de s’enfuir de chez lui. Nakata, un vieil homme illettré et “pas intelligent” depuis qu’il a eu un mystérieux accident à l’âge de neuf ans se trouve également sur la route, lui aussi en fuite, en quelques sortes. Tous deux vont vivre des expériences extraordinaires, tous deux vont rencontrer des personnes importantes, tous deux vont vivre un étrange conte initiatique, narré d’un côté par Kafka lui même, de l’autre côté par un narrateur omniscient.

Je crois qu’il est très très difficile de résumer simplement “Kafka sur le rivage”. C’est un très beau récit initiatique. Tous les personnages sont attachants, certains passages sont crus, d’autres difficiles à avaler, ou même à comprendre, le texte est très métaphorique, très onirique, très fantastique, mais l’ensemble fonctionne à merveille.

Et comme dans 1Q84, on a simplement envie de retourner dans l’univers créée par Murakami. Sûrement aussi parce que beaucoup de choses nous échappent, beaucoup de vérités, beaucoup de citations, beaucoup de questions philosophiques, beaucoup de symboles également…

“Kafka sur le rivage” est un roman étonnamment riche, qui se laisse lire comme on se laisserait emporter par les émotions vécues face à un tableau, ou ressenties en entendant certaines musiques. Des émotions fortes, sans qu’on soit pour autant capables d’expliquer pourquoi cela nous emporte. “Kafka sur le rivage” c’est un tableau complexe et magnifique qu’il faut contempler des heures et des heures avant de le comprendre dans sa globalité.

Raison pour laquelle je trouve qu’il est très difficile d’en parler correctement. Alors je vais m’arrêter là. Mais si vous voulez d’autres avis, plus de détails, vous pouvez toujours aller voir chez Tamara, ou encore chez Papillon qui donne en prime tout plein d’autres liens !

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Published in: on 04/10/2011 at 6:16 AM  Comments (11)  

1Q84, juillet-septembre, Haruki Murakami

Pour ce 2è volet de la trilogie du célèbre auteur japonais, je ne ferai pas de résumé. Si j’avais lu ces deux romans à la suite, je me serai contenté d’un seul billet. Il est indispensable de lire le premier volume pour comprendre ce qu’il se trame dans le second.

Mon billet sera donc ultra court.

Nous continuons de suivre alternativement Tengo et Aomamé. Petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place, on comprend au fur et à mesure plus de choses, beaucoup de réponses nous sont offertes. L’ambiance est la même : toujours étrange, mystérieuse mais à la fois familière. (petit apparté d’ailleurs, pour un roman japonais je trouve qu’il y a énormément de références culturelles occidentales. Mais comme ce roman tout à fait onirique se réfère sans se cacher au roman de George Orwell, c’est peut être normal. Disons que si nous sommes dépaysés par ce roman, c’est bien plus par son côté “murakamien” que par son côté japonais….).

Il y a également plus de suspens au sens premier du terme dans ce second volume. On connait désormais bien Tengo et Aomamé, on s’est attaché à eux, aux personnages secondaires également et on ne peut s’empêcher de transpirer, ou de sentir son rythme cardiaque s’accélerer au fur et à mesure qu’on tourne les pages.

Une suite donc qui n’en est pas une. C’est un roman découpé en deux, pour moi. Qui pourrait presque se suffire à lui-même. On serait frustré, c’est sûr, mais chacun d’entre nous pourrait imaginer la suite des évènements et croyez moi, les possibilités sont bien nombreuses. Heureusement, l’auteur a bien écrit une trilogie. Malheureusement, il faudra attendre 2012 (et j’ai lu quelque part que ça serait au mois de Mars!!!) pour avoir le fin mot de l’histoire… A moins peut être de lire le japonais…

En bref, tout comme pour le premier opus, Haruki Murakami nous offre un roman onirique, étrange, mystérieux, rempli de métaphores sur le monde d’aujourd’hui (malgré le fait que le roman se déroule en 1984, on a la sensation que tout pourrait se passer en 2011), et qui ne cesse de poser des questions philosophiques…

Traduit du japonais par Hélène Morita