Le Japon n’existe pas, Alberton Torres-Blandina

Salvador est balayeur à l’aéroport. C’est un personnage bavard et très attachant qui a la magnifique manie de raconter à ceux qui croisent son chemin ( voyageurs, serveurs de la cafèt…) de magnifiques histoires improbables.

Chacune de ces histoire a un caractère original, souvent fabuleux (dans le premier sens du mot, une petite anecdote se transforme sans qu’on le voit venir en fable, pas forcément moralisatrice mais qui nous amène sacrément à réfléchir), parfois complètement farfelue (“Le Japon n’existe pas”, c’est le titre du livre et bel et bien une théorie à laquelle notre cher Don Salvadòr croit dur comme fer!)

Le héros atypique de cette histoire a travaillé quasiment toute sa vie à l’aéroport et n’a jamais pris l’avion. Pourtant il nous fait voyager, de mille et une manière !

J’ai vraiment eu un gros coup de cœur pour ce roman que je conseille à toute personne qui a envie d’un minimum d’évasion… ou tout simplement d’un roman riche et frais !

Premier roman et véritable petit bijou “Le Japon n’existe pas” est un roman à la fois anecdotique, drôle, emprunt de philosophie et à relire !!!

Traduit de l’espagnol par François Gaudry

Published in: on 05/06/2013 at 9:50 PM  Comments (10)  
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Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi, Alberto Espinoza

J’ai pris récemment l’habitude de faire des billets ultra courts sans même me donner la peine de vous faire un résumé du roman. Cette nouvelle mauvaise habitude me convient très bien. Si vous souhaitez en connaître plus sur cette petite pépite, vous pouvez lire les billets de Tamara et de Stephie, toutes les deux aussi conquises que moi !

Trois mots me viennent à l’esprit pour ce roman : doux, frais et sensuel.

Un livre sur l’art d’aimer, un genre très légèrement murakamien (je pique la comparaison à un journaliste espagnol dont la critique est reprise en 4è de couverture), quelques phrases percutantes et d’une simplicité… géniale.

Un très beau roman qui donne envie de dormir, de rêver, de parler avec les personnes qu’on a perdu, de peindre, d’aller au théâtre et de voir ce que le monde de demain nous réserve !

Published in: on 11/04/2012 at 6:58 PM  Comments (12)  

Et sinon…

J’ai lu “Sommeil” de Murakami. Je n’y ai pas trouvé grand intérêt, surtout parce que c’est tellement énigmatique que je n’y ai pas compris grand chose et que je n’ai pas eu la force de chercher à comprendre où il voulait en venir.

J’ai également lu “Heureux comme jamais” de Andrès Tieppolo. C’est une belle histoire d’amour (incestueuse), où beaucoup de sujets sont abordés mais au final, je n’y ai pas trouvé grand intérêt…

L’appât, José Carlos Somoza

Jusqu’à présent, j’ai aimé tous les livres que j’ai lu de Somoza, bien sûr à divers degrés. Mais j’ai toujours aimé son univers, ses métaphores, ses propos, ses questionnements, et les intrigues passionnantes que font l’objet de chacun de ses romans (ceux que j’ai lu en tout cas).

Pourtant, dans ce nouvel opus, la magie n’a pas totalement opérée.

Je vois deux raisons à cela : premièrement, je ne connais rien à Shakspeare (quelques explications un peu plus loin dans ce billet) et deuxièmement, la construction du roman est pour le coup bien trop similaire à un simple polar. Dans les romans précédents, en tout cas dans le souvenir que j’en ai, l’intrigue et le suspens étaient là, mais en filigrane. Ici, les chapitres se terminent sur des moments insoutenables, les protagonistes passent des coups de téléphone sans que l’on sache à qui avant le chapitre suivant… Bref, trop de procédés typiques d’un bon polar, certes, mais qui m’ont gâché le plaisir de lire ce que j’aurai aimé être un simple roman, avec une intrigue qui serait un “plus”.

Je vais quand même essayer de faire un résumé mais ce n’est pas facile. L’idée de départ est complexe et j’ai d’ailleurs eu du mal à entrer dans le roman, ne comprenant pas forcément de quoi il s’agissait.

A Madrid sévit un dangereux tueur en série. Diana, un des meilleurs “appâts”, décide tout de même de prendre se retraite. Mais quand le “Spectateur” (surnom donné au psychopathe) s’en prend à sa petite soeur, tout change pour elle, et elle décide de le traquer elle-même.

La complexité de l’idée vient de ce qu’est un “appât”, un “psynome” et une “Philia”. Le “Psynome” vient de psychologie, évidemment, et de génome. En gros, la théorie de Somoza dans ce roman est que chacun d’entre nous aurions un désir enfoui, programmé, auquel il est impossible de résister. Ce désir est appelé “Philia”. Et c’est là qu’intervient Shakespeare puisqu’il aurait donné les clés de chacune de ces “Philia” dans ces pièces. Ainsi, on a découvert une cinquantaine de “Philia” et pour les déjouer, il faut connaître les pièces de l’illustre auteur par coeur. C’est le rôle des appâts. Des jeunes femmes et hommes, recrutés parfois enfants, sont un peu comme des “infiltrés”. Ils doivent jouer un rôle, tout le temps. La vie pour eux est une pièce de théâtre. En quelques secondes ils savent déterminer la “philia” de la personne qui leur fait face, et avec de simples gestes, vêtements (ou pas, il y a beaucoup de nudité et de sexualité et d’érotisme dans l’histoire qui, à mon goût, n’apporte pas grand chose), et paroles, captivent l’attention de leur interlocuteur qui se retrouve à la limite de l’orgasme et donc, complètement à leur merci. (Je rappelle que le but de ces “appâts” est tout de même de combattre le crime… (en gros))

Mon explication est peut être longue et pas très claire mais je crois que c’est nécessaire d’en passer par là pour tenter de parler de cet étrange roman…

Etrange est un qualificatif qu’on peut utiliser dans d’autres romans de Somoza. Mais à vrai dire, si je n’ai pas accroché, c’est aussi parce que je n’adhère pas du tout à ce postulat de départ. Fictif, certes, mais qui me paraît tellement aberrant que même dans une fiction, je n’y crois pas.
Et comme je le disais au départ, n’y connaissant rien à l’œuvre de Shakespeare, je n’ai pas pu apprécier les références (qui doivent fourmiller à chaque chapitre!) à l’auteur, à ces pièces. Je n’ai même pas essayer de comprendre pourquoi telle pièce donnait les clés cachées de telle Philia…

Ceci dit, ça reste un bon roman parce que l’idée est originale, parce que l’intrigue est tout de même très bien construite (Somoza n’oublie même pas le retournement de la fin, auquel je ne m’attendais vraiment pas), parce qu’il y a évidemment des personnages à la psychologie très fouillée et parce qu’après tout, “L’appât” est bien un hommage à Shakespeare.

Si comme moi vous ne connaissez peu, pas bien ou pas du tout l’œuvre du dramaturge et que ce roman vous tente, vous pouvez l’ouvrir sans que ça gêne votre lecture. Et si vous connaissez plutôt bien, voire très bien l’œuvre du dramaturge, ouvrez d’autant plus ce roman et venez me dire ce que vous en pensez !!!!!!!! 😉

L’avis d’Abeline.

Traduit de l’espagnol par Marianne Millon

La tempête, Juan Manuel de Prada

Alejandro Ballesteros est maître-assistant en histoire de l’art. Il a passé les cinq dernières années à étudier “La tempête” de Giorgione, tableau énigmatique exposé au musée de l’Accademia, à Venise. Alejandro a enfin l’occasion de se rendre dans cette ville, afin d’étayer sa théorie et d’admirer pour la première fois “la tempête” sans se trouver devant une reproduction.

A Venise l’accueillent l’acqua alta, la brume et… un meurtre.

Alejandro se retrouve alors enlisé d’abord dans un canal pas très ragoutant pour essayer de sauver cet homme, et puis enlisé totalement dans cette histoire…

Entre théorie sur l’art et roman policier dans une Venise plus que glauque, “la tempête” aurait pu être un roman brillant.

Sauf que… sauf que j’y ai trouvé des défauts à quasiment toutes les pages !

Je ne parle pas du fait que Venise y soit dépeint comme un véritable cimetière “dont les palaces sont des mausolées”. Tout y est gris, pauvre, verdâtre. Les rares touristes (nous sommes au mois de janvier, à la veille du carnaval (aparté encore : pour moi le carnaval se déroule en février, mais bon, ça n’a peut-être pas toujours été le cas)) sont évidemment rangés dans une catégorie de gens incapables de voir autre chose que les verres de Murano. La Venise de Juan Manuel de Prada n’a aucun charme. Les seules belles choses qu’on y voit sont des tableaux de grands maîtres vénitiens de la Renaissance. Pas suffisant pour donner envie de visiter celle qu’on appelle “la Sérénissime”, qui n’est pas une seule fois nommée ainsi dans le roman.

Certes, chacun sa vision de la ville et c’est intéressant de la voir sous cet aspect-là, même si c’est morbide et à faire froid dans le dos. A la limite, c’est pour moi la seule chose réussie du roman : Venise est un personnage à part entière, complètement différent de la Venise qui existe dans l’imaginaire collectif.

Ce qui m’a le plus horripilé, c’est le style : un style pompeux et répétitif. Je ne sais pas comment c’était écrit à la base mais la traduction est truffée de mot dont le sens n’est connu que par ceux qui ont écrit le dictionnaire (et encore, il y a un mot que je n’ai pas trouvé dans mon Larousse (ce qui, je l’avoue, ne m’étonne guère du Larousse)). Certes, vous pouvez m’arguer que j’ai un vocabulaire pauvre et vous aurez sûrement raison. Sauf que par dessus ça, il y a des expressions et des phrases répétées à tout va ! La logeuse de la pension à un cul plat, au moins trois ou quatre fois. Chiara, dont le pauvre Alejandro tombe amoureux, est une fausse maigre. Peut-être dix fois. Des expressions alambiquées sont suivis d’un “si la contradiction est possible” entre parenthèse au moins trois fois… Tout ça donne un ensemble qui se veut bien écrit mais qui est au final, comment dire… digne des pires harlequins ?

Pour illustrer rapidement mes propos, p.281 l’auteur parle d’un pantalon de costume de carnaval en disant “une culotte trop churrigueresque à mon goût” (je ne sais pas si vous connaissez la signification de ce mot. Moi je ne le connaissais pas, mon ordinateur ne le reconnait pas non plus!). J’ouvre donc le dictionnaire et j’apprends que cela veut dire “D’un baroquisme exacerbé, s’agissant de l’architecture ou de la sculpture décoratives espagnoles de la première moitié du XVIIIè sc” Franchement, ce n’est pas pompeux d’apparenter le style d’une culotte à l’architecture espagnole de la première moitié du XVIIIè siècle ???

J’arrête là mon petit coup de gueule car je sens que j’en ai perdu plus d’un. Ce que je dis là n’est pas très constructif, pourtant c’est la première chose qui me vient à l’esprit quand je parle de ce roman !

Pour en revenir au fond du roman donc, je n’ai pas trouvé l’intrigue policière très haletante. Même si j’avoue avoir été étonnée du meurtrier. Mais en fait, ce meurtre n’est qu’un prétexte. Et ce n’est là en rien l’important dans ce roman.

Et si l’important dans ce roman c’était la signification qu’Alejandro donne du tableau ? C’est ce que je croyais évidemment. Mais elle arrive presque comme un cheveu sur la soupe et surtout, elle part aussi vite que lorsqu’on chasse une mouche qui nous gêne. Un paragraphe seulement.

N’étant pas experte en art, je ne sais pas si cette explication est si géniale que ça. Elle est intéressante, à mes yeux, autant que n’importe quelle autre je pense. Ce que j’ai plus apprécié, c’est la réponse du directeur du musée de l’Accadamia : on n’explique pas ce tableau. On n’explique pas l’art. L’art se ressent. “L’art est une religion du sentiment”.

Je n’ai donc pas aimé ce roman que j’ai malgré tout lu assez vite et en entier. Certainement dans l’attente que quelque chose m’égaye et me fasse réellement apprécier ma lecture. Mais comment est-ce possible dans une Venise où “(son) ciel avait une couleur gâtée et indélébile (si l’on veut bien admettre la contradiction)* de fosse septique qui n’a pas été vidangée depuis des mois” (p.48) ? 😉

Et parce qu’il est impossible de lire ce roman sans savoir à quoi ressemble le tableau de Giorgione (que j’ai eu la possibilité de voir il y a quelques semaines et j’avoue être rester devant en me disant “bah qu’est ce qu’il a de si extraordinaire ?” mais je le répète, parce que je sens que je vais m’attirer des foudres : je ne suis absolument pas experte en art!)

* citation prise au hasard dans laquelle il y a une de ces répétitions dont je vous parlais plus haut !

Vous pouvez retrouver un avis qui rejoint totalement le mien sur le blog “au fil de nos lectures”

Published in: on 08/02/2011 at 6:13 AM  Comments (9)