Adieu, Jacques Expert

La première raison pour laquelle j’ai lu ce livre c’est que les assassinats qui amorcent ce polar se situent dans une ville de banlieue parisienne très calme qui se trouve être là où j’habite. J’avais déjà été intriguée par le succès que Jacques Expert avait connu avec ces précédents romans, sans jamais me plonger dedans. Cette fois, j’avais une bonne raison !

Et je dois vous avouer une chose, qui s’avère être ma conclusion en fait : je trouve le tout très moyen.

L’idée de départ n’est pas forcément hyper originale : une série de meurtres est commis, un commissaire, Hervé Langelier, est persuadé que sa théorie est la seule qui tienne la route et, envers et contre tous, il va se démener pour prouver qu’il a raison. A tel point qu’il va perdre sa famille, tous ses amis, le respect de la plupart de ses collègues et surtout de ses supérieurs…

En rapport avec la trame elle même, je n’y ai rien trouvé de très intéressant. Au départ si, puisque Hervé est marié, trois enfants et, contrairement à n’importe quel flic qui se respecte, est heureux dans sa famille. Mais très rapidement il sombre dans une espèce de folie et devient alors comme n’importe quel flic : négligé, qui boit trop et qui  ne parle plus à sa famille…

De plus, la deuxième partie du récit devient vite très répétitive…

Et puis honnêtement, la solution de l’enquête m’est apparu comme une évidence dès l’ouverture du livre, ou presque.

Alors certes, il y a bien un petit élément qui diverge, et un épilogue qui m’a légèrement surprise (mais pas au point d’y voir un revirement de situation génial qui aurait totalement modifié mon avis) mais globalement, j’ai trouvé le tout très moyen.

Là où, par contre, je vais m’insurger, ce sont sur des détails, qui passent peut-être inaperçus à d’autres yeux mais qui pour moi sont flagrants car, comme je vous le disais, j’habite dans cette ville paisible de banlieue parisienne dans laquelle commencent les crimes… Des détails qui prouvent que l’auteur fait mal son travail de recherche et que les correcteurs peuvent aussi être remis en faute ! (au moins pour un détail…)

Lesquels ? Eh bien Jacques Expert situe une gare dans cette ville, or il n’y en a pas. Il y a bien un RER par loin mais c’est dans une ville limitrophe. Ensuite, une des victimes travaillait chez Bouygues Telecom, également dans une ville limitrophe et l’auteur situe cette ville dans les Hauts-de-seine, comme la ville où il habite, or, cette ville se situe dans un autre département !!!!!!! Et ça, il suffit de taper le nom de la ville sur Internet pour s’en rendre compte… Ensuite, une des victimes avait pour habitude d’aller dans un hôtel également dans une autre ville limitrophe, cet hôtel existe bien (ceci dit ça m’étonnerait qu’il y ait un portier dans ce genre d’hôtel mais là, j’avoue que je ne suis pas sûre de moi…) et est bien accolé à un Hippopotamus. Or, quelques pages avant, Expert situe l’hôtel dans la bonne ville, mais l’Hippo dans la ZI de la ville où travaillait le gars (dans l’autre département, vous me suivez ?). Donc non seulement il se plante une première fois sur l’emplacement du restaurant, mais il se contredit 3 pages après pour mettre le restaurant au bon emplacement !

Alors voilà c’était peut-être un paragraphe inutile et barbant pour la plupart d’entre vous, mais tous ces menus détails sont pour moi la preuve que l’auteur fait mal son travail de recherche et là, pour moi, c’est très mauvais pour la suite…

Mais comme j’aime toujours laisser une chance aux auteurs avant de dire “non je n’aime pas”, peut-être qu’un jour, je lirai un de ces précédents romans, sortis en poche depuis le temps…

D’autres avis : trhillermaniac (qui ne l’a pas lâché), Marine (qui rejoint plutôt mon avis)

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Published in: on 11/11/2011 at 9:34 AM  Comments (12)  

Incident à Twenty Mile, Trevanian

En 1898, dans une ville appelée Twenty-Mile (on ne sait pas vraiment pourquoi parce qu’il n’y a pas grand chose à 20 miles de là…), la vie suit son cours. Il ne reste plus qu’une dizaine d’habitants à Twenty-Mile. Tous les samedis, les mineurs descendent pour boire et se faire plaisir, et ainsi faire fonctionner l’économie (si l’on peut appeler ça ainsi) de ce qu’il reste de la ville. Un jour, un jeune inconnu, qui se fait appeler le Ringo Kid, débarque avec un énorme fusil sur l’épaule. Matthew, puisque c’est son vrai nom, va se faire une place parmi les habitants de Twenty-Mile. Pendant ce temps là, Lieder, un fou dangereux, s’échappe d’une prison non loin de là avec deux accolytes, Minus et Mon-P’tit-Bobby.

Voilà un roman de Trevanian qui est tout simplement excellent. Mais pouvait-on attendre autre chose de cet énigmatique écrivain ? Il revisite ici le western, et si l’action est lente à démarrer, les installations du décor de la ville et des habitudes des personnages sont tout simplement succulentes. En effet, Trevanian a une plume exquise, et surtout très drôle !!

Et une fois que l’action commence, on ne demande pas son reste. Il se passe des choses affreuses, on a peur pour tout le monde, on a de la sympathie pour chacun, ou presque, des habitants de la petite ville et on attend qu’une seule chose : qu’ils arrivent à se débarrasser de Lieder qui fait des choses vraiment atroces…

En bref, un roman tout simplement génial. Et on espère que Gallmeister a d’autres surprises comme celle-ci dans son chapeau magique parce que du Trevanian, j’en redemande ! 🙂

Un excellent billet plus détaillé que le mien chez encoredunoir.

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

L’appât, José Carlos Somoza

Jusqu’à présent, j’ai aimé tous les livres que j’ai lu de Somoza, bien sûr à divers degrés. Mais j’ai toujours aimé son univers, ses métaphores, ses propos, ses questionnements, et les intrigues passionnantes que font l’objet de chacun de ses romans (ceux que j’ai lu en tout cas).

Pourtant, dans ce nouvel opus, la magie n’a pas totalement opérée.

Je vois deux raisons à cela : premièrement, je ne connais rien à Shakspeare (quelques explications un peu plus loin dans ce billet) et deuxièmement, la construction du roman est pour le coup bien trop similaire à un simple polar. Dans les romans précédents, en tout cas dans le souvenir que j’en ai, l’intrigue et le suspens étaient là, mais en filigrane. Ici, les chapitres se terminent sur des moments insoutenables, les protagonistes passent des coups de téléphone sans que l’on sache à qui avant le chapitre suivant… Bref, trop de procédés typiques d’un bon polar, certes, mais qui m’ont gâché le plaisir de lire ce que j’aurai aimé être un simple roman, avec une intrigue qui serait un “plus”.

Je vais quand même essayer de faire un résumé mais ce n’est pas facile. L’idée de départ est complexe et j’ai d’ailleurs eu du mal à entrer dans le roman, ne comprenant pas forcément de quoi il s’agissait.

A Madrid sévit un dangereux tueur en série. Diana, un des meilleurs “appâts”, décide tout de même de prendre se retraite. Mais quand le “Spectateur” (surnom donné au psychopathe) s’en prend à sa petite soeur, tout change pour elle, et elle décide de le traquer elle-même.

La complexité de l’idée vient de ce qu’est un “appât”, un “psynome” et une “Philia”. Le “Psynome” vient de psychologie, évidemment, et de génome. En gros, la théorie de Somoza dans ce roman est que chacun d’entre nous aurions un désir enfoui, programmé, auquel il est impossible de résister. Ce désir est appelé “Philia”. Et c’est là qu’intervient Shakespeare puisqu’il aurait donné les clés de chacune de ces “Philia” dans ces pièces. Ainsi, on a découvert une cinquantaine de “Philia” et pour les déjouer, il faut connaître les pièces de l’illustre auteur par coeur. C’est le rôle des appâts. Des jeunes femmes et hommes, recrutés parfois enfants, sont un peu comme des “infiltrés”. Ils doivent jouer un rôle, tout le temps. La vie pour eux est une pièce de théâtre. En quelques secondes ils savent déterminer la “philia” de la personne qui leur fait face, et avec de simples gestes, vêtements (ou pas, il y a beaucoup de nudité et de sexualité et d’érotisme dans l’histoire qui, à mon goût, n’apporte pas grand chose), et paroles, captivent l’attention de leur interlocuteur qui se retrouve à la limite de l’orgasme et donc, complètement à leur merci. (Je rappelle que le but de ces “appâts” est tout de même de combattre le crime… (en gros))

Mon explication est peut être longue et pas très claire mais je crois que c’est nécessaire d’en passer par là pour tenter de parler de cet étrange roman…

Etrange est un qualificatif qu’on peut utiliser dans d’autres romans de Somoza. Mais à vrai dire, si je n’ai pas accroché, c’est aussi parce que je n’adhère pas du tout à ce postulat de départ. Fictif, certes, mais qui me paraît tellement aberrant que même dans une fiction, je n’y crois pas.
Et comme je le disais au départ, n’y connaissant rien à l’œuvre de Shakespeare, je n’ai pas pu apprécier les références (qui doivent fourmiller à chaque chapitre!) à l’auteur, à ces pièces. Je n’ai même pas essayer de comprendre pourquoi telle pièce donnait les clés cachées de telle Philia…

Ceci dit, ça reste un bon roman parce que l’idée est originale, parce que l’intrigue est tout de même très bien construite (Somoza n’oublie même pas le retournement de la fin, auquel je ne m’attendais vraiment pas), parce qu’il y a évidemment des personnages à la psychologie très fouillée et parce qu’après tout, “L’appât” est bien un hommage à Shakespeare.

Si comme moi vous ne connaissez peu, pas bien ou pas du tout l’œuvre du dramaturge et que ce roman vous tente, vous pouvez l’ouvrir sans que ça gêne votre lecture. Et si vous connaissez plutôt bien, voire très bien l’œuvre du dramaturge, ouvrez d’autant plus ce roman et venez me dire ce que vous en pensez !!!!!!!! 😉

L’avis d’Abeline.

Traduit de l’espagnol par Marianne Millon

Pub pour mon auteure chouchou

Parce que je l’aime et que je trouve qu’on ne parle pas assez d’elle,

Parce qu’en ce moment je ne travaille pas et que je n’ai pas d’autres moyens que mon blog pour fair découvrir ses merveilleux textes,

Parce que dès que j’entends parler d’elle j’ai envie de la relire,

voici plusieurs liens vers des billets ou articles sur ce merveilleux roman qu’est “La confusion des peines”

Et parce que je suis fairplay, je commence par un article d’Arnaud Viviant sur les influences.fr qui a détesté.

Alain Mabanckou l’a lu et approuvé.

L’express le qualifie de “brûlant”, “sobre et poignant”.

Un billet concis et tellement juste sur le site motsenmarge.

Un coup de coeur parmi les 654 romans de la rentrée pour Anne Brigaudeau sur France.2

Une vidéo de Laurence sur myboox.fr

Un très bel article sur lesoir.be

Le nouvel obs nous offre un article sur trois romans de la rentrée dont le thème est la famille, qualifiant “la confusion des peines” comme étant le plus “grave”.

Un coup de coeur pour Frédérique Deghelt (dont l’écriture de “la nonne et le brigand” m’a beaucoup fait penser à celle de Laurence Tardieu)

Un billet sur le blog sur laroutedeJostein,

J’aurai aimé trouvé plus de billets de blogs. J’ose rêver que ce billet plein de liens qui risque de ne pas être très fun à lire pour vous, vous donnera envie de découvrir la merveilleuse plume de Laurence Tardieu !

 

 

Published in: on 29/09/2011 at 9:44 AM  Comments (8)  

Printemps, Mons Kallentoft

Voici la 4è, (et non la dernière comme on pouvait s’y attendre) aventure de Malin Fors, commissaire, mère célibataire et ex-alcoolique de la petite ville de Linköping. J’avais été très déçue par “Automne”, mais comme Mons Kallentoft a eu la bonne idée de laisser une enquête, et des secrets, en suspens parmi toute la série, je ne pouvais faire autrement que lire “Printemps”.

Une bombe explose en plein centre de Linköping, à l’entrée d’une banque, semant la panique, blessant gravement plusieurs personnes et tuant deux jumelles de six ans… Qui a bien pu faire ça ? Est-ce que d’autres bombes vont exploser ailleurs ? Et pourquoi seules ces deux fillettes ont été atrocement exécutées ?

J’ai trouvé que “Printemps” était un excellent polar. Avec peut être quelques défauts, mais dans lequel j’ai pris un immense plaisir à retrouver Malin et ses collègues, Malin et sa fille, ainsi que les parents de Malin. En efft, sa mère est décédée, et son père revient pour l’enterrement, ne sachant pas s’il va rester vivre en Suède ou retourner vivre à Ténérife. Mais Malin sait que le moment de dévoiler les secrets qui l’ont hantés toute sa vie est venu…

La fille de Malin prend son envol. L’ex-mari de Malin aussi. Malin a arrêté de boire et bien que l’envie lui reprenne régulièrement, elle se prend en main et elle communique avec sa fille, avec son père, avec ses collègues bien sûr.

Disons que pour le côté personnel de cette série, j’ai vraiment apprécié les évolutions prises par les uns et les autres.

Passons maintenant à l’enquête elle-même. J’ai été surprise par un élément crucial de la fin, pas forcément par la fin elle-même qui se laisse deviner au fur et à mesure que l’enquête avance. Mais cet élément de surprise a renfloué mon impression positive de cet opus. L’enquête est ceci dit bien menée, même si au final elle reste classique. Enfin si je peux utiliser ce terme dans une série où “les voix” parlent à Malin. Souvenez-vous, c’est ce qui fait l’originalité de cette série. Nous lecteurs, lisons la voix du mort, sans que le récit en devienne fantastique. Mais au fur et à mesure des saisons, Malin est celle qui entend les voix, qui écoute les voix et qui, suivant son instinct, arrive toujours à faire avancer l’enquête vers le bon chemin…

C’est peut-être un peu décevant mais au final, c’est plutôt bien fait. Encore une fois, on ne tombe pas vraiment dans le fantastique. Je crois que ça représente surtout une espèce d’instinct, qui serait ici soit l’instinct du super flic, soit l’instinct féminin ! 😉 En même temps, j’ai retrouvé la verve suédoise du célèbre couple Sjöwhall & Whalöö ou encore celle de Mankell car Malin n’a rien d’une super héros. Elle a besoin de dormir et ne s’en prive pas, elle a besoin de sexe et se satisfait elle même, elle a besoin d’alcool et trouve des remèdes pour s’empêcher d’y retomber…

Ce “printemps” suédois dénonce clairement la crise financière, les banques, les riches, les gens qui s’en mettent plein dans les poches au détriment de tout et de tout le monde. Même si ce n’est pas subtil du tout, ce n’est pas grave. J’aime bien ce côté “dénonciation de notre société” que nous n’avions pas encore trouvé dans la série de Mons Kallentoft. (Surtout que l’auteur ne dénonce pas que ça, l’enquête partant dans tous les sens au départ : les groupes extrêmistes religieux (les islamistes étant les premiers auxquels tout le monde pense dès qu’une bombe a explosée), les gangs des motards, et puis d’autres sujets sont abordés, même rapidement : les sdf et drogués à la capitale, l’adoption…)

En attendant la “Cinquième saison”, “Printemps” est pour moi probablement le meilleur opus de la série (malgré cette couverture que je trouve affreuse…)

L’avis de Mara, qui pointe à juste titre que pour une fois, la saison n’est pas si présente. Et ce n’est peut-être pas plus mal…

traduit du suédois par Frédéric Fourreau

Published in: on 27/09/2011 at 9:19 AM  Comments (6)  

1Q84, juillet-septembre, Haruki Murakami

Pour ce 2è volet de la trilogie du célèbre auteur japonais, je ne ferai pas de résumé. Si j’avais lu ces deux romans à la suite, je me serai contenté d’un seul billet. Il est indispensable de lire le premier volume pour comprendre ce qu’il se trame dans le second.

Mon billet sera donc ultra court.

Nous continuons de suivre alternativement Tengo et Aomamé. Petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place, on comprend au fur et à mesure plus de choses, beaucoup de réponses nous sont offertes. L’ambiance est la même : toujours étrange, mystérieuse mais à la fois familière. (petit apparté d’ailleurs, pour un roman japonais je trouve qu’il y a énormément de références culturelles occidentales. Mais comme ce roman tout à fait onirique se réfère sans se cacher au roman de George Orwell, c’est peut être normal. Disons que si nous sommes dépaysés par ce roman, c’est bien plus par son côté “murakamien” que par son côté japonais….).

Il y a également plus de suspens au sens premier du terme dans ce second volume. On connait désormais bien Tengo et Aomamé, on s’est attaché à eux, aux personnages secondaires également et on ne peut s’empêcher de transpirer, ou de sentir son rythme cardiaque s’accélerer au fur et à mesure qu’on tourne les pages.

Une suite donc qui n’en est pas une. C’est un roman découpé en deux, pour moi. Qui pourrait presque se suffire à lui-même. On serait frustré, c’est sûr, mais chacun d’entre nous pourrait imaginer la suite des évènements et croyez moi, les possibilités sont bien nombreuses. Heureusement, l’auteur a bien écrit une trilogie. Malheureusement, il faudra attendre 2012 (et j’ai lu quelque part que ça serait au mois de Mars!!!) pour avoir le fin mot de l’histoire… A moins peut être de lire le japonais…

En bref, tout comme pour le premier opus, Haruki Murakami nous offre un roman onirique, étrange, mystérieux, rempli de métaphores sur le monde d’aujourd’hui (malgré le fait que le roman se déroule en 1984, on a la sensation que tout pourrait se passer en 2011), et qui ne cesse de poser des questions philosophiques…

Traduit du japonais par Hélène Morita

Les oreilles de Buster, Maria Ernestam

“J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution”. Voilà la première phrase de ce roman. Intriguant n’est ce pas ? Eva, aujourd’hui 56 ans, écrit dans un journal intime. Elle nous raconte ainsi son quotidien et surtout son passé, où l’amour sous toutes ses formes semble être un sentiment complexe dans l’univers d’Eva.

Je m’attendais à un roman très dur, vu le thème. Et étrangement, j’ai quand même une sensation de légèreté en refermant ce livre. Peut-être à cause des roses qu’Eva aime peut-être plus que n’importe quoi d’autre sur cette terre. Et que cette touche florale, ces différents types de roses, amènent une jolie couleur à cette histoire au départ plutôt terne.

Il y a également beaucoup d’espoir dans ce roman. Eva remonte petit à petit dans son passé. Ecrire dans ce journal intime à 56 ans a une véritable effet thérapeutique sur elle. On sent bien sûr l’évolution d’Eva qui passe de l’enfance à l’âge adulte sans vraiment passer par l’adolescence. Mais aussi d’Eva, grand-mère de trois enfants qui vit avec Sven, qui s’occupe d’une dame âgée acariatre et difficile et qui, grâce à un magnifique cadeau d’anniversaire, pourra expier ses fautes, pardonner ses pêchés et continuer à vivre bien plus paisiblement dans son for intérieur.

Un très beau roman, écrit avec douceur malgré le manque de douceur dans la vie de la narratrice. Un roman intéressant aussi pour les thèmes qu’il soulève : l’amour maternel, les relations enfants-parents, la difficulté de communication, le désir d’exister, d’être aimer, la possibilité du bonheur…

Traduit du suédois par Esther Sermage

L’avis de Benebonnou, et celui d’Amanda sur le site des chroniques de la rentrée littéraire.

1Q84 avril-juin, Haruki Murakami

Résumer le premier tome de 1Q84 est un exercice difficile. A la fois parce que le roman est étrange, mais aussi parce qu’il s’agit selon moi surtout d’une mise en place. Toutes les Questions restent évidement en suspens à la fin de ce premier tome (sans non plus tomber dans le cliffhanger ou l’intrigue policière), et il est évident qu’il est impossible de ne pas lire le second tome (ce que je n’ai pas encore fait).

Je ferai donc court et simple. En 1984 au Japon, nous allons suivre alternativement deux personnages : Tengo, professeur de mathématiques et romancier en herbe, et Aomamé, professeur de sport et experte en arts martiaux.

L’éditeur de Tengo propose à ce dernier de réecrire le texte d’une jeune lycéenne de 17 ans qui, remanié, à toutes les chances de gagner le prix des Nouveaux Auteurs. En effet, le texte est pauvre en style mais très riche en imaginaire.

Aomamé, pour qui la vie quotidienne ne change pas vraiment, voit petit à petit le monde qu’elle connait changer.

Ce n’est pas clair ? C’est normal je crois. Comme je le disais au départ, c’est très difficile de résumer ce début de roman, puisque clairement, le point final ne met pas fin à cette histoire. Au contraire, ce n’est que le début.

Je ne connais pas bien l’oeuvre de Murakami mais j’ai été complètement subjuguée par cette histoire. La première raison est que notre curiosité est piquée dès les premières pages. Chaque scène semble être écrite pour qu’on se pose des questions. Nous n’avons que très peu d’indices même si au fur et à mesure des pages des recoupements se font. Les personnages sont plutôt insolites. Aomamé est une femme… déterminée. Tengo est peut être plus sur la réserve et pourtant il s’engage dans une aventure qu’il ne contrôle pas vraiment.

La sexualité est très présente dans la vie de chacun d’entre eux. Tout comme leur passé, plutôt lourd. Tengo et Aomamé sont presque des marginaux, l’un comme l’autre excellent dans des domaines particuliers, ils sont plutôt solitaires mais laissent quand même des portes ouvertes au monde qui les entoure.

Si Aomamé et Tengo ne se croisent jamais dans ce premier tome, il y a tout de même de plus en plus de rapprochement.

En fait c’est simple : 1Q84 est un roman bien écrit, curieux, mystérieux, étrange et dangereux…. Je ne sais pas pourquoi “dangereux”. Mais c’est le sentiment que j’ai pour les personnages qui peuplent ce roman une fois ce premier tome fermé. 

Je n’ai aucune idée de là où l’auteur nous emmènera. Je sais juste que j’ai très envie de retrouver cette ambiance, cette atmosphère. Et surtout de comprendre ce que Murakami avait l’intention de nous dire en écrivant cette trilogie.

L’avis de VoyelleetConsonne, beaucoup plus concis que le mien !!

traduit du japonais par Hélène Morita

Les vaches de Staline, Sofi Oksanen

Années 1970, Katariina, estonienne, rencontre un finlandais. Anna sera le fruit de cette union finno-estonienne et l’héroïne des “vaches de Staline”. Sa mère lui interdit de parler estonien, sa mère ne veut pas qu’en Finlande on la sache étrangère. Anna a des troubles alimentaires, de forts troubles alimentaires.

Je ne sais pas comment résumer ce roman. Tout comme dans “Purge” Sofi Oksanen fait plusieurs allers-retours dans le temps, mais aussi au niveau de la narration. Anna nous raconte son histoire, mais souvent elle passe à la troisième personne du singulier. L’histoire de Katariina est toujours à la troisième personne. Et puis en plein milieu du récit, on remonte encore plus le temps, dans les années 40…

Je vous avoue que cela m’a un peu gênée. Au départ il est difficile de deviner qui est qui et juste quand on comprend que Katariina est la mère d’Anna, Anna parle d’elle-même à la troisième personne…

Mais avec un peu de recul, je me rends compte que cela sert plutôt bien le récit : cette espèce de narration “tordue” (si j’ose dire), reflète très bien l’esprit d’Anna, ses problèmes alimentaires, ses grands questionnements, son refus de dire à qui que ce soit qu’elle n’est pas que finlandaise, sa difficulté d’aimer…

“Les vaches de Staline” est le premier roman de Sofi Oksanen et je crois que je l’ai préféré à Purge (que j’avais vraiment beaucoup aimé). L’histoire reste celle de l’Estonie, pendant et après la chute du bloc soviétique (comme dans Purge, d’où certaines analogies à deux/trois reprises), mais l’histoire d’Anna a quelque chose d’universel.

Sa boulimarexie, comme elle dit, en est le premier exemple et le plus flagrant. Et même si le fait d’être d’un père finlandais et d’une mère estonnienne n’a rien d’universel, cette double nationalité, la façon de la gérer, les souvenirs qu’elle a de l’Estonie avec sa grand-mère et sa tante, ne pas vraiment savoir où est chez soi… Même si, encore une fois, il s’agit ici d’une histoire de femmes (une belle histoire : des femmes fortes dans différents pays, sous différents régimes politiques, vivant à différentes époques…), ces thèmes divers me laissent penser que ce roman touchera plus de monde que “Purge”.

“Les vaches de Staline” est un excellent roman, pertinant, percutant, fort et qui ne peut pas laisser indifférent.

L’avis de Clara.

traduit du finnois par Sébastien Cagnoli

Le Turquetto, Metin Arditi

“L’homme au gant” est un tableau de Titien exposé au Louvre. La signature “Ticianus” est étrange : en effet, le “T” majuscule n’est pas de la même couleur que le “icianus”. Après des recherches, on aurait également trouvé dans le vernis qui recouvre la toile des traces d’encens, procédé qui n’a jamais été utilisé… Tout porte donc à croire que le tableau ne serait pas de la main même du maître, mais peut-être d’un élève.

Metin Arditi a pris le parti de faire vivre “Le turquetto”, élève prodige de Titien qui lui a donné son surnom. Elie Sorianos est né de parents juifs à  Constantinople, terre musulmane. Jeune il ne pense qu’à dessiner mais sa religion le lui interdit. A la mort de son père, il s’enfuit et embarque pour Venise où, ayant changé d’identité, il sera vite élève de Titien, pour grandir, vieillir et devenir un artiste reconnu et réputé.

Le roman est composé quatre parties : la jeunesse à Constantinople, l’âge mur à Venise, puis retour dans le passé vénitien de ce peintre talentueux qui a signé plusieurs milliers de tableaux que l’on peut contempler dans tout Venise, et enfin, retour à Constantinople.

Cela ne vous étonnera pas, la seule raison qui m’a fait ouvrir ce roman est, évidemment, l’exil à Venise. Venise au XVIè siècle, j’adore. Il y a une ambiance, un état d’esprit, des couleurs, des tableaux, un rythme de vie très particulier… Et l’auteur a réussi à retranscrire une Venise à la Renaissance absolument magnifique. Il parle peu de la ville, montre peu la ville. Par contre, tout l’art vénitien est présent. Et c’est un magnifique tableau qu’il nous offre là.

Mais il n’y a pas que ça. “Le turquetto” est un bijou, et pas seulement un bijou vénitien. Metin Arditi nous parle de religions, de pouvoir, de l’amitié, du pardon, et bien sûr de la puissance de l’art. Sans oublier le départ de ce roman, l’hypothèse de la provenance de cet “homme au gant”…

Je pense que chacun peut trouver son compte dans ce superbe roman : qu’on soit féru de l’histoire de l’art, amoureux de Venise ou tout simplement intéressé par l’histoire des religions. Et puis l’auteur écrit bien, les phrases coulent de source. Les descriptions de tableaux sont telles qu’on a le sentiment de les avoir sous les yeux, d’être éblouis par les simples mots qui décrivent les œuvres si particulières du Turquetto…

Un roman qui se lit et se vit comme on admire un tableau qu’on ne connaissait pas forcément et qui nous prend au corps.

Les billets tout aussi enchantés de Millie, Dédale, Mimipinson et sûrement plein d’autres à venir !