Ce qu’il advint du sauvage blanc, François Garde

Narcisse Pelletier est un jeune matelot qui se retrouve seul et abandonné sur une île. Il y vit pendant 18 ans, au contact des “sauvages” avant d’être retrouvé par des marins australiens, tatoué sur tout le corps, ayant totalement perdu l’usage de la langue française. Il est alors recueilli par Octave de Vallembrun qui lui ré-apprend sa langue d’origine, retrouve la trace de ses parents dans un petit village et lui inculque les moeurs de la société française au XIXè siècle.

Ce roman est tiré d’une histoire vraie.

Je n’aurai peut-être pas cru à cette histoire si cela n’était pas le cas.

En tout cas le roman, alternant le récit de Narcisse parmi les sauvages (complètement inventé, et c’est d’ailleurs bien dommage que nous n’ayons jamais pu avoir le récit de ces dix-huit années…), et des lettres d’Octave relatant les progrès de Narcisse, m’a beaucoup plu.

Je crois que c’est l’aspect à la fois ethnographique, pour la connaissance de la tribu. Le côté roman de voyage un peu aussi : on part en Australie, on prend beaucoup la mer… on part à l’aventure comme on le faisait au XIXè siècle pour découvrir le monde et j’ai également aimé cet aspect du roman.

Mais je crois que ce qui a le plus retenu mon attention c’est deviner comment Narcisse a pu perdre autant de facultés, et ensuite comment il les a ré-apprises, tout en ayant encore des façons de faire naïve. C’est un regard intéressant que Narcisse porte sur ce “nouveau monde”, du moins ce que l’auteur veut bien nous laisser en voir : certains concepts par exemple sont pour lui tellement abstraits qu’ils n’existent pas, ou qu’ils sont incompréhensibles.

Bref, j’ai beaucoup aimé ce roman. Et même si je ne suis pas sûre qu’il reste en mémoire très longtemps (quoique…) je le recommande chaudement à qui a envie d’un peu d’évasion, d’anthropologie, de découverte, de psychologie aussi quelque part…

L’avis de Kathel qui m’a donné envie.

La Vérité sur l’Affaire Harry Québert, Joël Dicker

Je viens de terminer ce roman dont tout le monde parle. J’ai tourné la dernière page il y a environ trente minutes. J’aurai pu me précipiter ici pour vous en parler mais j’ai fait bien d’autres choses pas forcément très intéressantes (à part visiter certains d’entre vous).

Et c’est là que je me suis rendue compte que tout au long de ma lecture je me suis dit “C’est génial, oh la la il faut absolument que je lise, je ne peux pas le lâcher, dire que ce mec est plus jeune que moi !, c’est drôle, c’est bien senti, c’est complètement haletant, les rebondissements n’en finissent plus… mais qu’est ce qu’il m’en restera après ?”

Alors voilà, j’ai décidé de venir vous en parler dans un mois, à peu près. Si d’ici là je trouve toujours que ça vaut la peine…

Vous êtes d’accord ? (pour ceux et celles qui font toujours leur billet des lustres après avoir lu le livre, vous trouverez peut-être ça étrange mais moi, je fais quasiment tout le temps mes billets à chaud, et je crois que ça se ressent parfois trop dans mes billets…)

Published in: on 07/11/2012 at 3:57 PM  Comments (23)  

Le 6è continent, Daniel Pennac

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois vous avouer quelque chose. Voilà, jusqu’à samedi dernier, je n’avais jamais lu Daniel Pennac. Mais depuis samedi dernier, j’ai lu trois romans de ce grand monsieur. Attendez-vous donc à une pennacmania aigüe dans les jours à venir sur ce blog !

“Le 6è continent” est le dernier livre de Daniel Pennac mais ce n’est pas par celui-là que je l’ai découvert (et je garde le suspens jusqu’au bout, autant vous tenir en haleine et vous faire ainsi revenir ;-)). Il s’agit en fait d’un recueil de deux nouvelles : la première “Ancien malade des hôpitaux de Paris”, sous-titré très justement “Monologue gesticulatoire” et “le 6è continent”.

La première nouvelle est le monologue d’un homme qui, vingt ans jour pour jour auparavant, était interne aux hôpitaux de Paris. Et vingt ans jour pour jour en arrière, il a vécu une nuit… inoubliable ! Qu’il nous raconte sans se soucier de savoir si on l’écoute mais en tout cas pour ceux qui le lisent, c’est un pur régal !

Les romans de Daniel Pennac sont à mourir de rire. Cette nouvelle ne fait pas exception à la règle. C’est tout simplement exquis.

Je serai un tout petit peu plus réservée sur “le 6è continent”, non que je n’ai pas trouvé ça drôle (l’histoire d’une famille qui a toujours été obsédée par la propreté et qui devient responsable de la plus grande dose de pollution de l’humanité), mais la forme me plaît moins. En effet, l’auteur nous explique en avant-propos qu’il a écrit cette pièce pour une metteuse en scène et sa troupe de comédiens…

J’aime beaucoup aller au théâtre (ce que je fais d’ailleurs très peu), mais j’ai toujours eu un peu de mal à lire des pièces.

En tout cas, ça reste du Pennac : c’est original, c’est drôle et en tournant la dernière page, je n’avais qu’une envie (à part me jeter sur un autre roman de l’auteur) : aller voir cette pièce sur scène !!! (mais je risque fort de la rater…)

En bref, que du bonheur !!

3 jours au Nepal, JeanDavid Blanc

JeanDavid Blanc nous raconte ici son crash en paramoteur, au mois de janvier, en plein cœur de l’Himalaya. Il est resté seul, sans manger ni boire pendant trois jours…

Il s’agit bien ici d’un récit ou d’un témoignage, et ce n’est qu’en me persuadant de cela que j’ai pu apprécier cette lecture dans sa totalité. Pour être assez critique, je dirai que si ce livre avait été un roman, il manquerait beaucoup de choses : des descriptions des paysages extérieurs, mais surtout intérieurs (se retrouver seul, transi de froid, sans savoir où on est, où on va et comment on va survivre peut amener à se poser beaucoup de questions, enfin j’imagine…), ainsi qu’un style d’écriture propre.

Mais “3 jours au Népal” n’est pas un roman donc tout est très factuel : c’est au présent de l’indicatif que l’auteur nous raconte minute par minute ce qu’il a fait, ce qu’il a pensé, comment il a réussi telle ou telle chose etc.

Et malgré ce style pragmatique qui m’a empêché d’entrer de suite dans le vif du sujet, j’ai été très touchée par ce récit. Pour ses détails surtout. Comment il a réussi à faire du feu. Tous les passages qui concernent sa fille (ça aussi, ça aurait mérité d’être approfondi parce qu’en quelques mots seulement, on sent l’amour qui transpire de ce père à sa fille). Sa réaction quand il s’est rendu compte de son erreur.

En fait ce livre est terriblement humain. Et j’avais beau connaître l’issue de l’histoire, j’ai vraiment eu peur pour lui.

J’ai également apprécié l’épilogue, de la main d’un de ses amis qui raconte en deux pages ce qu’il s’est passé pendant son absence.

Je crois n’avoir jamais lu de témoignage auparavant, ni de récit de voyage mais je pense pouvoir dire que si ce n’est pas un chef d’œuvre du genre, ça reste très émouvant. Et c’est ce que j’attends le plus de mes lectures : des sentiments, de l’émotion, du partage.

PS : Ce n’est pas le bandeau “Impressionnant” de David Foenkinos qui m’a donné envie de lire ce livre, mais je peux vous assurer que ça a sacrément fait pencher la balance !

PPS : j’oubliais ! Les échanges de SMS ou de contact radio avec ses amis sont en anglais, fautes comprises. Une façon de faire que j’avais rarement vu et qui m’a beaucoup plu, justement parce que c’est très authentique.

Published in: on 29/10/2012 at 8:34 PM  Comments (11)  
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Ici ça va, Thomas Vinau

Je n’ai donc pas traîner à découvrir un peu plus en profondeur l’écriture de T.Vinau. Et quel choc !!! Quelle écriture sublime, magnifique, transcendante…

Thomas Vinau a écrit deux romans, un petit essai sur Hopper et une pléthore de poésie. Rien de plus naturel pour un poète ! Car oui, même ces romans (en tout cas celui que j’ai lu) sont de véritables poèmes.

“Ici ça va” c’est l’histoire d’un homme et de sa femme Ema qui achètent une maison à la campagne, qui changent de mode de vie, qui se trouvent et se retrouvent. Lui surtout cherche à trouver et retrouver ses souvenirs.

L’histoire est simple, banale même peut-être. Mais les mots, l’écriture, la musique, le texte, la forme (il y a quasiment un chapitre par page, ce qui donne un rythme très entraînant) font de ce roman un tout absolument sublime.

Une très belle découverte donc !

PS : ne lisez pas la 4ème de couverture, non qu’elle soit mal faite. Mais lisez “les dernières lignes” de l’auteur en fin d’ouvrage. Vous aurez alors un véritable aperçu de son style si particulier, et de ce roman en général !

Published in: on 25/10/2012 at 11:53 AM  Comments (10)  
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Lettre sur le pouvoir d’écrire, Claude-Edmonde Magny

Claude-Edmonde Magny a écrit cette lettre à Jorge Semprun en 1943. Au départ, c’est un conseil pour cet écrivain qui se cherche encore dans l’écriture (ce qu’il nous explique sublimement et simplement en préface).

J’ai ouvert ce livre par pure curiosité. Le livre fait 50 pages, je ne pensais vraiment pas le lire une première fois, ne rien comprendre, le relire tout de suite après une deuxième fois, beaucoup plus attentivement, un crayon à la main.

J’ai été bluffée par l’écriture mais aussi par la principale idée qui en émane (je ne vous ennuierais pas avec les dizaines de citations que j’ai noté et qui disent toutes plus ou moins la même chose : pour savoir écrire et pour écrire correctement il faut d’abord se connaître.)

C’est grossièrement résumé. Il y a dans ces 50 petites pages mille autres idées, conseils, critiques et illustrations sur “le pouvoir d’écrire”. “Pouvoir” à comprendre comme “qui peut écrire et comment”; ce qu’on ne comprend pas forcément simplement en lisant le titre.

Toute personne qui aurait envie de prendre la plume, le pinceau ou le clavier aujourd’hui se doit de lire cette lettre, qui sonne comme un pamphlet. Et même si on n’a aucune intention d’écrire et qu’on aime tout simplement lire, il faut ouvrir ce livre et s’en imprégner.

Pour moi, avec ses conseils, ses mots magnifiques, ses exemples riches, Claude-Edmonde Magny nous explique simplement ce qu’est la Littérature.

Lu dans le cadre du projet non-fiction de Flo.

Published in: on 02/10/2012 at 8:00 PM  Comments (21)  

L’enfant grec, Vassilis Alexakis

A la suite d’une opération, le narrateur, qu’on confond très vite avec l’auteur, se retrouve à marcher avec des béquilles et ne pas pouvoir monter les escaliers. Il prend donc une chambre d’hôtel non loin du jardin du Luxembourg et va y passer ses journées. Il fait connaissance avec les arbres, les joueurs de baskets, la dame-pipi, les marionnettistes et croisera nombre de ses amis d’enfance : Alice, Robinson, Long John Silver, don Quichotte etc.

J’aimais beaucoup l’idée de départ, mélanger les personnages réels avec les personnages de fiction, même si les personnages réels de départ sont des personnages de fiction. Et le narrateur alors, réel ou fictif ? Il nous raconte un évènement et enchaîne avec quelque chose de complètement improbable et encore une fois, on se demande quelle est la part de vérité et la part de fiction…

En ce sens, ce livre est réussi. De plus Alexakis écrit tout en finesse, ce qui n’enlève rien au charme de cette histoire un peu féérique… En effet, entre les marionnettes et la seule feuille qui reste accrochée à un arbre en ce début d’automne, on devine facilement le jardin du Luxembourg comme une vraie scène de théâtre où petits et grands se régalent du spectacle.

Mais, car il y a un mais, tout ça ne fonctionne que dans la première partie. En effet, à partir d’un certain moment, le narrateur fait intervenir des faits réels (et pas de doute là dessus), notamment la crise grecque (n’oublions pas la nationalité de l’auteur !), ce qui ancre totalement le livre dans l’actualité alors que toute cette première partie était assez intemporelle. Puis il fait intervenir des personnages également réels, principalement politiques et ne se prive pas de les tourner en dérision (peu importe qu’on soit d’accord ou pas, le roman prend alors une tournure bien différente) et surtout, la fin est écrit sans aucune subtilité puisqu’il est quasiment écrit noir sur blanc : où est la limite entre fiction et réalité ?

On se serait bien passé d’une fin aussi grossière alors que le début est si beau. D’ailleurs, c’est comme si Vassilis Alexakis ne savait pas comment terminer son récit, même s’il savait quand il allait le terminer (une fois qu’il n’aurait plus besoin de ses béquilles, comme si elles seules étaient les gardiennes de ce monde imaginaire). Il passe d’un sujet à un autre sans aucune coupure, ni dans le fond ni dans la forme. Il y a bien des sauts de lignes et des chapitres de temps à autre mais parfois, il n’y a rien du tout et on ne comprend vraiment pas le lien entre une phrase et sa suivante, si ce n’est que l’auteur suit les idées dans l’ordre chronologie où elles lui apparaissent. Ça ne fait pas toujours du sens, c’est dommage.

C’est vraiment dommage parce que je comme je le disais en début de billet, j’ai vraiment aimé le début du roman. Il parle souvent de son premier roman, “Le Sandwich”, que je n’ai pas lu (je n’avais jusqu’à présent rien lu de lui), ce qui m’a donné envie de le lire, ainsi que quelques autres titres. Et je le ferai, très certainement.

 

La vie, Régis de Sa Moreira

Quand on ouvre ce livre, on est complètement dérouté.

Et puis on tourne quelques pages et on se dit que ça risque d’être un peu chiant, alors on va lire la toute dernière page. Et là on se dit qu’il peut y avoir quelque chose. Donc on continue sa lecture.

On éclate de rire à plusieurs reprises, ça ne nous était probablement jamais arrivé. Notre voisin de bus s’étonne et vous dit que c’est rare de rire en lisant un livre et s’enquiert du titre de cette lecture.

Et puis on se dit que Régis de Sa Moreira est un génie. Le genre qui ne plaira pas à tout le monde, qui peut même sacrément déplaire. Mais qui vous plait à vous, vous qui avez aimé “Marie et femme“. Parce que c’est philosophique, c’est drôle, c’est… la vie quoi !

Un article très intéressant chez Véronique D. (qui vous explique clairement pourquoi vous n’aimerez pas) et celui de Hérisson qui vous montrera clairement pourquoi vous allez adorer (malgré les répétitions).

Published in: on 24/08/2012 at 12:58 PM  Comments (7)  

Citation

“On parle souvent de l’enchantement des livres. On ne dit pas assez qu’il est double. Il y a l’enchantement de les lire, et il y a celui d’en parler. Tout le charme d’un Borges, c’est qu’on lit les histoires contées tout en rêvant d’autres livres encore, inventés, rêvés, fantasmagoriques. Et l’on a, l’espace de quelques pages, les deux enchantements à la fois.”

Adam, dans “Les désorientés”, Amin Maalouf, à paraître chez Grasset incessamment sous peu.

(Roman qui n’a rien à voir avec Borges, à part cette citation, mais un roman très intéressant pour toutes les questions qu’il soulève, un roman intelligent, un roman d’amitié à la fois doux et dur, emprunt de nostalgie, de souvenirs, de réminiscence, de questionnements, de retrouvailles…)
Published in: on 17/08/2012 at 7:24 PM  Leave a Comment  

Rue des Voleurs, Mathias Enard

Quand je lis la 4è de couverture sur le site de l’éditeur, je me dis que je ne peux décemment pas faire mieux. Certes, ce n’est pas mon métier que de rédiger des 4è de couverture qui font envie (au moins celle-là est réussie!), mais en tant que lectrice, que blogueuse et que libraire, j’ai envie de rendre hommage à ce magnifique roman et de vous donner envie de le lire, avec mes mots à moi, mes émotions et mon ressenti.

Je crois que j’ai tout aimé dans ce livre : la violence, l’actualité, l’amour, l’amitié, l’incompréhension, la religion, les voyages, les lectures de Lakdhar, notre héros si attachant…

Et l’écriture de Mathias Enard simplement fluide.

Un beau roman, émouvant et accessible.

Un roman plus que contemporain puisqu’il commence à l’aube du printemps arabe pour se terminer peu de temps après la victoire de la gauche en France…

Un roman important je pense.

Et roman qui marque, qui vous donne des claques, des remous dans le ventre, des larmes à l’œil et des sourires au coin de vos lèvres. Un roman qui, j’espère, sortira du lot de la flopée qui ne va pas tarder à arriver sur les tables des librairies…

En bref, un roman à lire absolument !

A paraitre le 22 août (soit la semaine prochaine, ce n’est pas si loin !) 🙂

Published in: on 14/08/2012 at 8:18 PM  Comments (11)