Uniques, Dominique Paravel

“Quel lien existe-t-il entre  deux phrases, entre deux personnes, entre plusieurs histoires ?”

Domnique Paravel, qui m’avait transporté avec ses nouvelles vénitiennes, signe ici son premier roman.

Et quelle claque ! Quelle tristesse ! Quelle beauté !

Des habitants de la rue Pareille à Lyon, des tranches de vie, des gens qui se croisent… et surtout une véritable fresque de notre société actuelle, dans ses aspects les moins glorieux.

On ne peut pas s’attacher aux personnages qui ne font que passer et pourtant, on a envie de pleurer à chaque page de ce livre. Pour la beauté du texte et de l’écriture, mais surtout pour la réalité de ce que nous sommes en train de lire.

Je ne saurais expliquer pourquoi mais dans ce roman tout sonne juste.

Et je n’ai pas envie d’expliquer pourquoi. “Uniques” est une œuvre d’art. Et, comme toutes les œuvres qui me touchent je préfère me contenter de ce ressenti fort, de cette sensation d’avoir une connivence avec l’artiste qui fait que je sais que l’œuvre résonnera en moi longtemps.

PS : livre à paraître le 22 août 2013…

Advertisements

La vie qu’on voulait, Pierre Ducrozet

Pour une fois, je viens vous parler d’un livre longtemps après l’avoir lu. Une dois la dernière page tournée, j’avais bien senti que j’avais besoin de laisser mûrir ce roman en moi. Surtout parce que je n’arrivais pas bien à déceler si oui ou non j’avais aimé.

C’est l’histoire de Lou, de Manuel et des trois autres “qui avaient 20 ans en l’an 2000” : la bande des cinq, partie à Berlin vivre sa jeunesse. Dix ans plus tard, Manuel est retrouvé dans le coma sur les berges de la Seine.

“La vie qu’on voulait” est le deuxième roman de Pierre Ducrozet et si je n’ai pas lu le premier, je n’en avais entendu que du bien. Ici j’ai particulièrement aimé l’écriture, assez poétique et en même temps très rythmée. Je n’ai par contre pas du tout accroché à l’histoire. Disons que je ne me suis pas du tout identifiée aux personnages et à leurs péripéties.

J’ai assez vite compris pourquoi : cette jeunesse dépeinte par l’auteur ne correspond pas du tout à la mienne, et leur état d’esprit à 30 ans non plus d’ailleurs (mais c’est bien normal). C’est la principale raison pour laquelle je me suis demandée pendant quelques temps si oui non j’avais aimé. Très peu de choses dans ce roman a fait écho en moi. Pourtant j’ai très envie de continuer à lire Pierre Ducrozet, à commencer par son premier roman “Requiem pour Lola rouge” dont le seul titre annonce un roman emprunt d’amour et de poésie.

Nos gloires secrètes, Tonino Benacquista

Je n’ai jamais vraiment aimé les nouvelles, mais j’ai toujours aimé Benacquista. Et ici j’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Benacquista, et tout ce qui me dérange dans les nouvelles.

A savoir la frustration de sortir d’une histoire où les personnages sont attachants, terriblement humains, où les anecdotes sont croustillantes, tristes, étranges et qui se déroulent dans un univers relevant du micro-cosmos (j’aime vraiment les univers “micro-cosmo-scopiques” que créée Benacquista. Je les avais découvert dans “quatre romans noirs” et je me suis fait une joie de les retrouver !)

Il y a ici six nouvelles et ma préférence va nettement pour la première et la dernière. Rien d’étonnant à cela quand on se rend compte que ce sont les deux plus longues. On a plus de temps pour apprendre à connaître ces héros ordinaires qui cachent cependant une part d’ombre lumineuse (comme le dit si bien la 4è de couverture), leur vie, leur univers… Le tout fait de ces nouvelles des histoires vraiment touchantes.

On quitte chacun de ces hommes et femmes avec un sourire aux lèvres, une larme à l’œil, de l’admiration ou un pincement au cœur. Mais pour ce qui est de la nouvelle à proprement parler, le sentiment de frustration vient par-dessus. Frustration ou sentiment que l’auteur aurait pu aller plus loin mais que tout cela n’est pas abouti. Sauf, donc, pour la première et la dernière.

J’ai tout de même passer un bon moment de lecture et Benacquista confirme ici sa place dans mon panthéon, catégorie “J’aime”.

Le billet de benebonnou.

Published in: on 05/05/2013 at 7:37 PM  Comments (3)  

Le plus petit baiser jamais recensé, Mathias Malzieu

Le héros de notre histoire, inventeur-dépressif, a rencontré une jeune femme qui a disparu dès qu’il l’a embrassé. Il embauche alors un détective privé et son perroquet pour retrouver la fille invisible.

Je n’avais jamais lu Mathias Malzieu avant mais j’ai toujours su qu’il y avait une touche d’originalité et de poésie dans ses romans. En effet,  “le plus petit baiser jamais recensé” est une histoire tout douce et fraîche, pleine de poésie saupoudrée de quelques touches de surréalisme.

Le tout met du baume au cœur, donne envie de tomber amoureux et de manger les chocolats qui sont nés de cette histoire…

Underground, Haruki Murakami

En 1995, les passagers du métro de Tokyo ont été victimes d’une attaque terroriste au gaz sarin. Quelques personnes sont mortes, des centaines d’autres blessées et plusieurs ont des séquelles à vie, plus ou moins grave. Quelques mois plus tard, Murakami a interviewé le plus de personnes possibles ayant vécu ce moment, pour montrer au monde ce qu’ils avaient réellement vécu, vu et ressenti.

J’avoue être passée par plusieurs phases lors de la lecture de ce livre. Et je vais essayer de vous les restituer dans l’ordre “chronologique” de ma lecture.

J’ai donc d’abord trouvé ça un peu ennuyeux parce qu’assez répétitif, disons dans les 5 premières interviews. Et j’ai surtout trouvé que ça relevait vraiment du voyeurisme et je m’en voulais même de continuer, tout en me disant que je comprenais la démarche de Murakami : en parler pour ne pas oublier.

Et puis il y a eu une interview du frère d’une jeune femme qui a eu des graves séquelles. J’aurais pu être encore plus dégoûtée par moi-même de ce regain d’intérêt pour une femme qui existe vraiment et qui est devenu presque un légume (avant de faire de gros progrès), mais étrangement j’ai commencé à lire “entre les lignes” et plus que des témoignages de victimes, je me suis surtout intéressée aux témoignages de japonais… Cette jeune femme par exemple était caissière dans un supermarché. La veille de l’attaque était un dimanche, elle avait donc beaucoup de travail (on note : les supermarchés au Japon sont ouverts le dimanche et sont pleins à craquer), et la plupart du temps le dimanche elle n’a même pas le temps de prendre une pause pour déjeuner !!!!!!!!!  J’ai donc commencé à m’intéresser à ces petits détails : le temps de trajet extrêmement long qui est pour eux normal; le fait que beaucoup travaillent “dans des bureaux”, font des heures supplémentaires jamais payées; le fait que la plupart quitte leur parents seulement quand ils se marient, et que si les parents sont vieux ou malades, il y a toujours un enfant pour s’occuper d’eux sans jamais se marier…

J’ai ensuite été choquée de voir que les médecins, les pompiers, et le réseau des transport japonais ont complètement été dépassés par les évènements. La crise a été très mal gérée par toutes ces instances, et certains ont attendu des ambulances pendant une heure pour finalement héler des taxis !!!!! Il est dit à quelques reprises que le Japon avait été (au moins jusqu’alors) un lieu très sûr. Du coup, on peut comprendre qu’ils n’aient pas été suffisamment bien organisé et préparé.

Cependant un éminent médecin d’une université avait travaillé sur le gaz sarin (car il y avait eu une autre attaque auparavant), et par un hasard inouï, devait ce jour-là faire une conférence dessus. Il avait donc toutes ses notes. Il dit à Murakami qu’il a fait quelque chose qu’aucun japonais n’aurait fait : il a piétiné sur le rôle des autres, en appelant tous les hôpitaux et en leur faxant ses notes pour qu’ils sachent quoi faire. Ils ont ainsi évité de nombreux morts ou blessés grave. Je savais que la mentalité japonaise était très différente de la nôtre mais on se rend compte en une simple ligne à quel point ça peut tout changer…

Je vous avoue pourtant que le Japon, la mentalité et la société japonaises me fascinent, même si je ne prends jamais le temps de me documenter dessus.

Et pour faire comme Murakami et passer de la première à la seconde partie :

Dans cette partie, Murakami interviewe des membres de la secte qui a perpétré l’attaque. Secte ou ordre religieux, je vous avoue que vu les différents témoignages,  je ne saurai dire ce qu’il en est.

J’ai trouvé cette deuxième partie très intéressante parce que les quelques personnes interviewées ont des vécus, des avis et des ressentis très différents, à la fois sur la secte, sur leur “gourou” et sur le fait qu’il a ordonné cette attaque. Même si tout le monde est d’accord pour dire que c’est horrible. Et tout le monde y a vécu des bons moments et ne regrette pas les années passés en son sein. Chacun cherchait une espèce de simplicité à la vie, une élévation spirituelle…

Ce qui m’a choquée c’est cette jeune femme qui avait refusé des relations sexuelles avec le gourou et qui a subi des électrochocs, a perdu la mémoire et ne sait absolument pas ce qu’il s’est passé par la suite, pendant deux ans !!! Elle n’a pas du tout l’air de faire le rapprochement entre son refus et le traitement qu’elle a subi par la suite… Murakami retranscrit pourtant fidèlement les propos des personnes interviewées, avec leur accord, leur relecture etc. mais la manière dont c’est écrit m’a sauté aux yeux. Est-ce encore cette mentalité japonaise qui enfouit tout sous terre, essaie de ne pas faire en sorte que les dirigeants soient mis en cause et ne parle jamais de rien qui fait qu’elle ne fait pas le rapprochement ?

Ma dernière remarque sera sur le temps pris pour la traduction française (traduit d’ailleurs de l’anglais ?) : quand j’ai été contente de lire cet essai qui m’a permis de mieux connaître la société japonaise, j’ai vite remis les choses dans leur contexte : c’était il y a presque 20 ans, bien des choses ont changé dans le quotidien des japonais.

L’avis de Minou, avec qui je suis entièrement d’accord, mais qui est bien plus concise que moi !

Published in: on 27/03/2013 at 8:48 PM  Comments (13)  
Tags: ,

Mes dernières lectures

“Les nuits de Patience” de Tobie Nathan.

Tobie Nathan est ethnographe, et c’est ce qui rend ce “polar” (qu’on devrait plutôt qualifier de roman noir) très intéressant. Patience est une très jeune femme très belle qui sort la nuit et qui mange les enfants. Ernesto, psychologue essaie de l’aider… Je n’en dirai pas plus, l’intrigue est assez bien ficelée mais tout de même étrange. On apprend en tout cas beaucoup de choses sur la vie en Guinée, sur certains rituels…

Un très bon roman noir ethnographique.

Nordyak a fait un coup de coeur.

 

“Profanes” de Jeanne Benameur.

J’ai lu plusieurs billets par ci, par là et encore là, sur ce roman. J’avais toujours entendu du bien de cette auteure sans jamais la lire. J’ai trouvé ce roman très bien écrit, doux dans son thème pourtant dur. Un roman qui fait réfléchir, qui donne la possibilité de se poser des bonnes questions en levant simplement le nez, en regardant les fleurs, les arbres et les tableaux qui nous entourent.

 

Deux belles lectures donc.

Le sable était brûlant, Roger Smith

Robert Dell échappe à un “accident de voiture” qui sera fatal pour sa femme et ses deux enfants. Il est alors accusé du meurtre de sa famille.

Son père, ancien mercenaire, est relâché de prison (dont il avait écopé à perpétuité) et, alors qu’ils ne se sont pas parlé depuis 16 ans, va sauver la peau de Robert en le kidnappant, lui évitant ainsi le pire.

Une jeune fille zoulou, dont les parents sont morts 10 ans plus tôt tués par balle, est promise à un caïd : Moses Mazibuko, surnommé Inja, “le Chien”.

Disaster Zondi (ça ne s’invente pas), ancien flic, a grandi dans le village zoulou et vit désormais à Johannesburg. Il est parti il y a longtemps et n’a jamais remis les pieds à Bamantha’s Rock. Mais quand il reçoit le faire-part de mariage par fax, il n’hésite pas et, avec son jean Diesel, son polo Lacoste et sa voiture climatisée, se rend sur les traces de son passé.

“Le sable était brûlant” est un très bon polar. Bien ficelé, qui dénonce bien des choses, qui ne brosse pas un portrait reluisant de l’Afrique du Sud, qui vous fait parfois vous retourner les tripes (avec de simples rituels zoulous…), qui n’a pas vraiment de happy ending et qui nous apprend tout de même pas mal de choses sur les coutumes, les rites, et la vie pas très heureuse des petits villages de ce pays.

Ce n’est peut-être pas le polar du siècle, certaines ficelles sont peut-être un peu faciles, la trame générale est peut-être un peu clichée mais tous ces ingrédients font une très bonne recette.

Donc si vous êtes amateurs de polars et que vous n’avez pas peur de la chaleur, des balles, des hommes corrompus, des vaches égorgées ou encore du sida, je vous le conseille vivement !

Le coup de cœur de Nordyak.

Ps : et j’aime bien la couverture !

Un écrivain, un vrai. Pia Petersen

Gary vient de recevoir le prestigieux prix littéraire “International Book Prize”. Son agent, sa femme, son éditeur, avaient tous prévu la suite : il allait devenir la star d’une émission de télé réalité “Un écrivain, un vrai”.  Le concept ? Gary écrit son prochain roman “en live” et les spectateurs ont à la fois la possibilité de dire s’ils aiment, et de participer au texte.

Mais très vite Gary n’en peut plus et veut retrouver sa liberté d’écrivain, d’expression, de solitude…

“Un écrivain, un vrai” de Pia Petersen est un roman plus que réussi, qui aborde deux thèmes. Le premier est la télé-réalité ou les méfaits de notre société de spectacle actuelle. Le deuxième est le processus d’écriture, le marketing de l’édition, la place et le rôle de l’artiste dans cette société du XXIè siècle.

Pia Petersen est danoise, écrit en français et situe son livre à New-York. Certains personnages sont peut-être un tantinet caricaturaux (notamment la femme de Gary, prête à tout pour simplement exister, ou encore la “maîtresse” Alana, jeune journaliste ambitieuse qui tombe amoureuse pour un simple regard), mais à part cela, elle peint un tableau très juste de notre monde contemporain.

Et elle le fait avec une plume magnifique.

Des thèmes actuels, passionnants, un ton poétique, un voyage à travers New-York, son paysage, ses habitants et leurs habitudes : “Un écrivain, un vrai” est un roman à mettre entre toutes les mains.

J’avoue être un peu perturbée par l’épilogue.La véritable fin est fermée pour le personnage principal mais ouverte pour tous les autres. Elle est surtout ouverte pour le lecteur sur un véritable questionnement philosophique. L’épilogue me semble casser cette voie et de plus, nous empêche carrément d’imaginer une suite pour chacun… J’aime parfois avoir des fins ouvertes pour laisser vivre les personnages à mon gré. C’est un choix de l’auteure de ne pas le faire mais je trouve la forme ici mal venue. Ça ne m’empêche pas pour autant d’avoir grandement apprécié ce roman, que je relirai certainement un jour.

Les billets élogieux de InColdBlog et de Cathulu.

Je vais mieux, David Foenkinos

Je crois que je n’ai encore jamais été déçue par un roman de Foenkinos. Pourtant, il s’agit ici d’une histoire plus que banale : un homme, 40 ans, a subitement mal au dos. Il cherche la cause de ce mal et de fil en aiguille, ou plutôt de nerf en nerf, sa vie déraille…

Mais David Foenkinos a un je-ne-sais-quoi qui rend ses romans absolument délicieux. C’est principalement son humour, distillé dans les notes de bas de page et dans les encarts “Intensité de la douleur ; Etat d’esprit”. Mais aussi la manière qu’il a de parler de la Suisse ou de l’Allemagne, de comparer une femme à un roman russe, d’intégrer deux polonais (je les ai guettés ceux-là!), de parler des différentes doses de féminités à travers la nuque ou une coupe de cheveux, d’inviter tous les protagonistes de son histoire lors du grand final… Des détails de rien du tout qui rendent l’œuvre si originale. D’ailleurs, le seul adjectif qui convient c’est “foenkinesque”.

L’histoire en soi est émouvante et belle. Elle donne envie de voyager, de serrer ses enfants dans ses bras (quand il parle de l’amnésie que procure le corps de son enfant, ô que oui !!), de tomber amoureux aussi.

Un livre qu’on pourrait classer dans “les livres qui font du bien”. Un régal. Une douceur au goût de nostalgie…

Merci David Foenkinos pour ce merveilleux moment de lecture !

Published in: on 21/01/2013 at 9:37 PM  Comments (14)