C’est aujourd’hui !

La sortie du magnifique roman de Dominique Paravel ‘Uniques’ !

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Published in: on 22/08/2013 at 7:34 AM  Comments (2)  

Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet, Antoine Bello.

Emilie Brunet a disparu. Son mari, Claude Brunet, a signalé sa disparition au commissariat de police et a fini en garde vue, torturé par un flic persuadé qu’il était le coupable. Le chef de la police demande alors à Achille Dunot, son meilleur détective, d’enquêter. Un seul problème : Achille souffre d’une sorte d’amnésie depuis un étrange accident : sa mémoire ne crée plus de nouveaux souvenirs. Si Achille se souvient de tout ce qui s’est passé dans sa vie avant l’accident, il oublie tout ce qui s’est passé d’un jour sur l’autre.

Dans ce cas, comment enquêter ? En tenant scrupuleusement un journal quotidien de ses avancées dans l’affaire.

De Antoine Bello, j’ai aimé, voire même adoré, tout ce que j’ai lu. J’ai donc sauté sur ce nouvel opus, un peu sceptique cependant à la lecture de la 4è de couverture. Et pourtant ! Pourtant ce roman est un petit bijou de fraîcheur, d’amusement, un essai incroyable sur le roman policier en général, une déclaration d’amour fou à Agatha Christie (Achille est un pur fan et compare chaque protagoniste de son enquête à un personnage de l’œuvre de la reine du crime, ce qui lui permet aisément de situer les protagonistes lorsqu’il relit son journal chaque jour).

Un roman à la fois drôle, intéressant, divertissant…

Loin d’être un chef d’œuvre, peut-être même pas excellent mais vraiment chouette.

Pas besoin de connaître ou d’aimer Agatha (appelons la comme ça puisque que Achille et Brunet, son principal suspect, parlent d’elle en ces termes!), nos deux héros, (Brunet lui, ne cessera de lire des romans de Agatha pour comprendre, suivre et brouiller l’enquêteur, quand ce dernier connaît l’œuvre déjà par cœur), décortique tout pour nous. Car oui, j’ai oublié de dire que Brunet était neurologue, spécialiste en cognition. Enfin un truc dans le genre. Un être hautain et détestable qui trompait sa femme à tout va avec ses élèves, un homme brillant qui expose à tout le monde ses théories, très intéressantes d’ailleurs, sur le cerveau. Imaginez donc pour lui : il rencontre pour la première fois une victime d’amnésie rétrograde et voilà que cette personne enquête sur lui !!!

Bref, je devrais faire en bref mais je n’arrive pas. Je me suis attachée à tous les personnages, j’ai aimé la construction de ce roman qui n’est qu’une seule et grande question : pourquoi le roman policier ? Une grande question beaucoup trop réductrice car ici on parle aussi bien du crime parfait que de Agatha Christie donc mais surtout Hercule Poirot, on parle des mystères de la vie, des mystères et des connaissances du cerveau humain (pour ma part, je suis persuadée que dans plusieurs centaines ou milliers d’années, si l’humain est encore là, les avancées scientifiques du cerveau seront telles qu’on pourra peut être faire bouger les objets rien que par la pensée ou quelque chose de “magique” dans ce genre).

J’avais dit “bref” pour me forcer à conclure et voilà que je digresse encore !

C’est là que je me rends compte de tout le bien que je pense de ce roman. Notamment la pirouette de la fin ! Extraordinaire !!!!

Un roman qui donne un milliard de clé pour comprendre un roman policier, un enquêteur, un assassin… Que de choses futiles en fait, mais tellement intéressantes !

C’est drôle, c’est intéressant, c’est futile, c’est sympa, c’est prenant, c’est haletant…. c’est vraiment très chouette !

Antoine Bello fait désormais partie de mon panthéon d’auteur chouchou !!! 🙂

Mon top 5 de la rentrée littéraire 2010

Il y a quelques mois, Laetitia faisait, comme chaque année, son top 10 des auteurs de l’année. Un exercice difficile auquel j’ai répondu en disant que je ferai, un jour, mon top 5 de la rentrée littéraire.

Et comme je ne blogue pas beaucoup en ce moment (ne vous méprenez pas, je lis beaucoup mais beaucoup de choses ne m’ont pas semblé valoir la peine d’en parler…), je me suis dit que c’était le moment, bien que, officiellement, la rentrée littéraire ne soit pas terminée. (Même si je considère que oui dans la mesure où, ça y est, tous les gros “pontes” sont sortis)

Alors avant de se lancer dans le top 5 je voudrais quand même rendre hommage à deux ou trois titres que j’ai lu et bien aimé, mais pas suffisamment pour leur dédier un billet :

Apocalypse bébé, de Virginie Despentes chez Grasset m’a paru très sympa ! Il est sur la première liste du Goncourt mais pour ma part, je n’irai pas jusqu’à dire que c’est si bien !

Un billet chez Amanda.

Shanghai Moon, de SJ Rozan au Cherche-Midi. Un polar efficace, sur un fait historique peu connu, avec des personnages qu’on apprend très vite à connaître et à aimer et qu’on est triste de lâcher. Un avantage : un polar “facile” dans la mesure où ce n’est ni glauque, ni sanglant, ni gore, ni violent…

Que font les rennes après Noël ?, de Olivia Rosenthal aux éditions Verticales. Une réflexion plus qu’un roman. Un style parfois difficile à suivre, une alternance entre deux personnages, sans jamais connaître leur nom ni qui ils sont vraiment. Une réflexion donc sur l’être humain, sur le passage à l’âge adulte, sur la vie tout simplement. Un coup de cœur chez Nordyak.

Passons maintenant au roulement de tambour….

Mon top 5 est donc :

5. La montagne de minuit, Jean Marie Blas de Roblès, éditions Zulma.

Retrouvez mon billet ici. Je le mets en 5è position car, comme je disais en commentaire chez Cathe et Tamara, j’ai beaucoup aimé au moment de ma lecture mais j’avoue qu’un mois après, le souvenir n’en est pas si fort.

4. Où j’ai laissé mon âme, Jérôme Ferrari, Actes Sud.

J’en ai parlé rapidement dans un billet “rentrée littéraire du mois de juillet”, que vous pouvez aller lire par là. Quelques mois après la lecture donc, j’en ai toujours un souvenir fort. Tout comme j’ai un souvenir fort de la lecture de “Un dieu, un animal”, un an après. Parce que le style de Jérôme Ferrari me fait l’effet d’une claque, parce que les sujets sont des sujets difficiles mais profondément humain.

3. L’Italie si j’y suis, Philippe Fusaro, la Fosse aux Ours.

Oui, celui-là il fait partie de mon top 3 parce qu’il a l’avantage d’être doux, simple, et poétique. J’en ai parlé ici et quelques semaines après, quand je pense à Sandro et Marino, j’ai encore envie de pleurer tellement je les trouve beaux, touchants, extravagants et drôles ! J’ai de nouveau envie de monter dans cette voiture et de partir en Italie avec eux.

2. Purge, Sofi Oksnanen, Stock

Souvent, quand on lit un roman, on se souvient de quand et comment on l’a lu. Pour ma part, je l’ai lu un peu avant sa sortie mais ça faisait déjà longtemps que mon chéri l’avait lu puisqu’il a fait la connaissance d’Aliide et de Zara quand nous étions en Norvège. Rien à voir avec l’Estonie bien sûr, mais quand même, je pense que le climat, le pays où nous étions à jouer quelque chose dans son ressenti. Tout comme le fait d’être sur un bateau lors de ma lecture des Déferlantes a probablement beaucoup joué sur mon appréciation des vagues de Claudie Gallay. Pour en revenir à nos moutons donc, quand j’ai lu “Purge”, je savais déjà que j’allais lire un roman extraordinaire. Raison pour laquelle peut-être j’ai mis une petite centaine de pages avant de vraiment entrer dedans. Mais une fois bien installée en Estonie dans la cuisine d’Aliide, j’ai moi aussi vite compris que nous avions affaire là à un des meilleurs romans de la rentrée. Mon court billet également dans celui de la rentrée du mois de juillet.

1. La carte et le territoire, Michel Houellebecq, Flammarion.

Eh oui, peut-être que si j’avais eu assez de coup de cœur pour faire une catégorie française et une catégorie étranger, j’aurai mis Sofi et Michel ex-æquo. Mais franchement, j’ai vraiment lu beaucoup de livres de la rentrée, j’en ai abandonné beaucoup aussi, et non, mon top 5 reste le même… Et donc oui, je mets “La carte et le territoire” sur la première marche du podium.

Bien sûr, il y a des tas de livres que je n’ai pas lu. Des tas qui méritent peut-être leur place sur un podium si quelqu’un d’autre faisait son top 5. Mais c’est là l’avantage de proposer ici “mon” top 5. Le seul critère nécessaire pour y entrer est qu’il doit m’avoir plu, peu importe si ça a plu à d’autres ou non ! 😉

Ça m’intéresserait beaucoup d’ailleurs d’avoir votre top 5 de la rentrée littéraire 2010 ! (ou de la rentrée littéraire 1220 pour ceux et celles qui ont préféré celle-là! ;-))

Je crois que dans quelques jours, je vous parlerai des livres que j’ai abandonné ou qui m’ont déçue !

Published in: on 02/10/2010 at 6:14 AM  Comments (13)  

L’Hypnotiseur, Lars Kepler

Erik Maria Bark est un psychiatre spécialisé dans les chocs traumatiques. Il pratiquait l’hypnose autrefois mais s’est promis de ne plus jamais la pratiquer, quoiqu’il arrive. Pourtant, l’inspecteur Joona Linna le réveille en pleine nuit pour lui demander son aide : une famille entière a été victime d’un massacre. Seul l’adolescent a survécu mais est en état de choc. Sa grande sœur ne vivant pas avec eux, les policiers ont peur pour elle et vont tout faire pour hypnotiser le jeune Josef afin d’avoir un élément, un indice afin de protéger sa sœur. Mais ce que va révéler Josef les emmènera très loin…

Après la déception deComme deux gouttes d’eau, j’avais envie d’un vrai bon polar. Et je l’ai presque eu avec L’hypnotiseur. Presque ?

Oui. Presque. Parce que c’est un polar efficace avec un rythme soutenu et une intrigue bien ficelée.

Mais la 4è de couverture nous promet des personnages riches en complexité. Là dessus je suis à moitié d’accord. L’inspecteur Joona apparaît peu. On ne sait rien de lui et pourtant, c’est lui a priori le personnage principal de la série qui débute ici. Quand à Erik, c’est le genre de personnage que je déteste : il sent qu’il s’éloigne de sa femme, ne veut pas s’éloigner mais ne fera jamais rien pour la rattraper. Évidemment son rôle d’hypnotiseur dans le passé lui donne un certain cachet. Mais il n’en est pas plus attirant, sympathique, agréable… Il serait presque quelconque à mes yeux.

Les personnages les plus “complexes” et donc, pour moi, les plus attachants et les plus intéressants sont ceux qui font partie du groupe hypnotisé par Erik 10 ans plus tôt (j’avoue que j’ai aimé, au 3/4 du bouquin, revenir 10 ans en arrière comme si on lisait un autre livre. C’est juste un flash back assez long, et pas, comme souvent, une alternance passé/présent). Et il y a Benjamin, le fils adolescent de Erik et Simone, hémophile, dont la petite amie de 17 ans a des tatouages dans le cou. Je pense qu’on pourrait aller loin avec lui s’il revenait dans la série.

Mon vrai bémol c’est Josef. C’est avec lui que tout commence mais au final ce n’était qu’une coïncidence ? C’est ce que j’ai compris mais j’ai peut être mal interprété la chose.

En tout cas, je répète que j’ai été bien prise par le rythme et l’intrigue de cet hypnotiseur. Que c’est un polar vraiment efficace. Mais qu’il ne faut pas crier au génie non plus.

La carte et le territoire, Michel Houellebecq

Jed Martin est un artiste qui connaît un réel succès en prenant en photo des cartes Michelin. Il passera ensuite à la peinture et créera toute une série sur les métiers : “Aimée, escort girl” ou encore “Bill Gates et Steve Jobs s’entretenant du futur de l’informatique” se vendront à des prix exorbitants. Le dernier de cette série est consacré au métier d’écrivain et Jed Martin se concentrera sur l’écrivain qui rédige le catalogue de sa première exposition : Michel Houellebecq.

Jed Martin rencontre Olga, une très belle russe qui travaille au service communication de chez Michelin. Il croisera Jean-Pierre Pernault et Julien Lepers lors d’une soirée à la Saint-Sylvestre. Il appellera Fréderic Beigbeder à deux ou trois reprises. Il fera, bien sûr, la rencontre de Michel Houllebecq. Et dans la troisième partie du roman, partie très différente du reste du bouquin, il aidera le commissaire Jasselin à résoudre un meurtre.

Malgré le succès de l’artiste, malgré ces quelques rencontres, Jed Martin est quelqu’un de très solitaire : il voit son père une fois par an à Noël, il ne réussira pas à retenir Olga à qui la vie professionnelle ouvre des opportunités merveilleuse, il sent qu’il peut être “ami” avec Michel Houellebecq mais ne le verra pas plus de deux ou trois fois dans sa vie.

Je ne sais pas si je fais un bon résumé. Je vous avoue que je ne sais par quel bout prendre ce billet : l’écrivain est tellement médiatisé que je sais que certains ne l’aiment pas uniquement à cause de ça. On a lu des articles divers et variés dans à peu près tous les journaux, certains dithyrambique, d’autres assassins, entre autre parce que Houellebecq aurait plagié des pages wikipédia.

Au fond je devrais peut être me cantonner à mon simple ressenti et vous le livrer de but en blanc :

J’ai beaucoup aimé.

Je n’ai jamais été une inconditionnelle de l’auteur, je n’ai lu que “La possibilité d’une île” il y a quelques années que je n’ai pas aimé (en tout cas c’est le souvenir que j’en ai mais quand je relis le billet écrit à l’époque, je me rends compte que si, quand même, j’avais trouvé ça intéressant). J’ai un peu lu “La carte et le territoire” comme une véritable novice houellebecquienne, sans connaître son type de personnage, sans connaître vraiment son “style” (parce que oui, s’il y a un style très factuel et très froid qui donne l’impression de lire une encyclopédie, pour moi, ça reste un style!).

Et donc, j’ai beaucoup aimé !

J’ai lu une véritable peinture de notre société, à travers les œuvres de Jed Martin, des œuvres décrites de telle manière qu’on peut très aisément se les imaginer et mieux encore, qu’on a vraiment envie de voir ! Alors oui, c’est un peu triste ou pessimiste mais cette vision là, cette représentation que Michel Houellebecq fait de notre société me paraît juste.

En tout cas je l’ai trouvé très intéressante.

“La carte et le territoire” est à certains moments un vrai sujet de réflexion sur la société telle qu’elle est aujourd’hui et telle qu’elle peut le devenir. Il y a un peu d’espoir dans ce devenir, la France rurale devient hypra touristique, même si la fin est quand même assez noire. Et même si Jed Martin est tout le temps seul, il est heureux.

Encore une fois il me paraît difficile d’en parler sans me perdre. Je vous livre ici un avis peut être trop à chaud mais je crains, si j’attends trop longtemps, de me cantonner à quelque chose de trop succin.

Parce que, pour moi, il y a certains livres qui contiennent tellement de choses, certains par leur style, d’autres par leur histoire pleine d’émotions, d’autres encore parce qu’il y a un côté historique, un côté suspens, un côté ésotérique ou que sais-je encore, qu’en parler relève presque du défi : comment donner son avis en étant à la hauteur de ce qu’on vient de lire ?

Parce que oui, j’ai vraiment beaucoup aimé. J’ai aimé ce livre pour son fond, pas pour sa forme. A vrai dire je me suis à plusieurs reprises demandé quel était l’intérêt que Houellebecq devienne un personnage à part entière, est-ce de l’égocentrisme ? Est-ce une manière plus direct de dire ce qu’il à dire et ce qu’il constate de notre monde ? Et je me suis étonnée également du meurtre de la dernière partie : faut-il aujourd’hui un côté “polar” à tous les romans qu’on lit pour ce que ceux-ci se vendent ? Je n’en sais rien. Je crois que sans cette partie-là, le roman aurait été tout aussi bien.

Bref, je vais m’arrêter quand même parce que là, je tourne en rond.

Si vous voulez en savoir plus, il y a un article auquel j’adhère entièrement sur slate.fr. Ysppaddaden n’a pas aimé et si je suis d’accord avec le fait que la littérature a besoin d’émotion, je pense que dans ce cas précis, le manque d’émotion est un élément à part entière du roman (et je crois des romans en général de l’auteur mais ne les ayant pas tous lu, je m’abstiendrais de le dire!). Nordyak a fait un coup de coeur en 319 signes.

PS : je suis loin d’avoir lu tous les romans sélectionnés sur la première liste du Goncourt, (j’en ai lu deux en entier et deux abandonné en cours de route) mais de tous ceux que j’ai lu pour l’instant, et de mon tout avis de rien du tout, je trouve que si, “La carte et le territoire” le mérite.

Maudit soit le fleuve du temps, Per Peterson

Le 29 juin je publiais un billet ultra court sur ce roman norvégien paru aujourd’hui chez Gallimard.

Deux mois et quelques après, quel en est mon souvenir ?

La réponse dans les commentaires !!!

Urkas ! Itinéraire d’un parfait bandit sibérien, Nicolaï Lilin

Quel titre n’est ce pas ! Et quelle magnifique couverture, et une quatrième de couverture qui vous oblige à ouvrir ce livre ! Car oui, en Transnistrie (en quoi ? si si, ça existe, ce roman est une autobiographie/documentaire et ça se passe donc en Transnistrie (celui qui connaissait (et qui peut me le prouver) aura le droit à un cadeau ! (ne m’en voulez pas si le cadeau arrive dans 6 mois hein, pour ceux qui connaissent et qui sont capables de me le prouver!))… bref j’ai perdu le fil des parenthèses alors je reprends ma phrase :

En Transnistrie donc, Nicolaï est un jeune garçon élevé dans la pure tradition des bandits sibériens. Nicolaï se voit offrir son premier couteau à 6 ans, vers ses 13 ans il sera condamné et sera heureux d’aller passer quelques temps en prison pour mineurs… Et Nicolaï, aujourd’hui émigré en Italie, nous raconte son enfance, ses souvenirs et par là-même toute la vie, les traditions de sa communauté.

Comme je vous le disais dans la parenthèse, ce “roman” (comme l’indique la couverture) est une autobiographie qui commence mal parce qu’elle commence par la fin. Et puis ça continue de manière assez sombre car les bandits sibériens ne sont pas des gentils quand ils sont offensés. Et il y a beaucoup de rites et de traditions à suivre pour ne pas offenser un Urkas. Mis à part ça, Nicolaï dépeint cette communauté comme étant hypra solidaire, comme respectant les autres, les femmes, les enfants, les handicapés. Les plus vieux sont les plus sages et toujours écouté. Ils s’entraident, se protègent, se respectent.

Nicolaï réussit à nous faire aimer la plupart des personnes qui apparaissent, et avec qui il ne s’est pas battu bien sûr. Nicolaï réussit à nous dégoûter avec les scènes en prison pour mineurs. Nicolaï réussit à nous faire croire qu’en Sibérie la vie est magnifique malgré le froid. Et il nous fait croire cela car lui même aime son peuple, son prochain, ses pères et ses frères.

Mais quelques phrases glanées par ci par là nous montre aussi un Nicolaï curieux, qui aime la lecture, un Nicolaï artiste puisqu’il apprendra le métier de tatoueur sibérien (les Urkas ont tous tatoué leur histoire sur leurs corps, l’œuvre du tatoueur est une véritable œuvre d’art). Au fur et à mesure que Nicolaï nous raconte sa vie, on se prend d’affection pour lui et on espère qu’il sortira de là, ce qu’il finira par faire en apprenant le yoga entre autres. Sauf que je vous ai dit que ça commençait mal parce que ça commençait par la fin.

En fait c’est difficile de parler de ce “roman” (je le mets tout le temps entre guillemets parce que pour moi ça relève plus du documentaire qu’autre chose, j’ai appris tout un tas de détails que j’oublierai sûrement très vite, mais la simple connaissance de ce type de mafia, de cette région qu’est la Transnistrie, le fait de savoir que tout ça existe fait que j’ai aimé ce “roman”)… donc encore une fois je me suis perdue avec ma parenthèse.

C’est donc difficile de parler de ce roman, justement pour toutes les raisons mentionnés dans la parenthèse : ce n’est pas mal écrit mais le style est très… froid, comme un documentaire donc. Beaucoup de faits, un peu de sentiments de l’auteur/narrateur mais c’est à force de le voir grandir qu’on apprend vraiment à connaître Nicolaï. J’ai aimé ce roman pour toutes les choses que j’y ai apprises, j’ai aimé Nicolaï parce qu’on sait avant même d’avoir lu la première ligne qu’il a voulu mieux, qu’il s’est dit qu’il y avait probablement mieux ailleurs puisqu’il a émigré en Italie et écrit ce roman, ce documentaire, ce témoignage.

Mais contrairement à ce que dit la 4è de couverture, je n’ai pas trouvé ça si haletant, sombre et violent. Certes c’est sombre parce que la violence est omniprésente dans cette communauté mais on se dit que si tout le monde respectait les règles de base de la communauté, personne ne ferait jamais de mal à personne (sauf aux flics et à l’Etat!) Ce n’est pas très haletant car le style de l’auteur est un peu froid, ce qui nous détache quand même pas mal de l’histoire (mais qui, étrangement, ne nous empêche pas de nous attacher à Nicolaï).

Bref, je crois que je vais m’arrêter car je me perds un peu et j’ai peur de vous perdre aussi. Je ne peux pas vous dire de le lire, je ne peux pas dire que c’est génial et qu’il faut le lire absolument. Mais pour toutes personnes dont la curiosité est titillée, je vous le conseille. En tout cas, j’en connais une qui va probablement le lire et aimer, même si je ne sais à qui d’autre ça peut plaire !

Retrouvez une interview de l’auteur et l’avis de Diddy sur le blog des chroniques de la rentrée littéraire,

L’Italie si j’y suis, Philippe Fusaro

Sandro s’enfuit en Alfa roméo en Italie avec son fils, Marino, petit bonhomme adorable qui ne quitte jamais son costume de Youri Gagarine avec écrit CCCP en grosses lettres rouges sur son casque.

Voilà un bijou de la rentrée !

Un petit roman à l’écriture poétique, aux notes italiennes. Un roman sensible et touchant. Un Sandro perdu qui sait que l’Italie est une fuite parce que sa femme l’a quitté mais qui ne sait pas si c’est ce qu’il voulait aussi. Un Marino qu’on voudrait tous adopter, très mûr pour son âge, dont le meilleur ami est un cosmonaute russe avec qui il discute en pleine mer ou encore dans les toilettes de l’école…

C’est triste parce que Marino est un petit garçon seul qui comprend très bien ce qui se passe entre ses parents. C’est beau parce que Marino a vite compris, grâce à Youri Gagarine, qu’il faut savoir s’accepter, surmonter le regard des autres et vivre comme on l’entend.

C’est triste parce que Sandro part seul avec son fils et qu’on se demande s’il ne va pas leur arriver malheur à conduire de nuit. C’est beau parce que Sandro est un père attentionné et aimant, parce que Sandro est un homme charmant qui comprend que Marino a besoin de sa mère mais que lui même a besoin d’une autre femme, une femme aux allures italiennes !

C’est drôle parce qu’on danse avec Donna Summer, parce que les chaussures en cuir à bout pointu blanc et les chaussures vernis en crocodiles sont des personnages à part entière vivant respectivement aux pieds de Sandro et aux pieds de Dolores, c’est drôle parce que Marino est un petit garçon différent, plein d’amour et plein d’humour !

C’est beau. C’est touchant. C’est une écriture poétique. C’est tout plein d’Italie, de soleil, de mer, de lunettes noires, de tendresse et d’amore…

Un petit bijou donc.

De Philippe Fusaro j’avais déjà lu et plus qu’aimé Palermo Solo, lu et aimé également par Stephie.

La montagne de minuit, Jean-Marie Blas de Roblès

Bastien est gardien de lycée à Lyon. Passionné du Tibet, il vit seul dans un appartement quasi vide, et mène une vie solitaire… Rose vit depuis peu à l’étage en dessous avec son petit Paul, et ne comprend pas quel est le mystère qui tourne autour de Bastien, un vieil homme qu’elle trouve plutôt sympathique. Elle va l’aider à réaliser le rêve de sa vie et partir avec lui au Tibet.

Dans “Là où les tigres sont chez eux”, un brillant pavé, on retrouve tous les genres de roman : aventure, amour, historique, jungle… Dans La montagne de minuit, court roman d’une centaine de pages, on se retrouve à la fois dans une magnifique fable, un roman historique passionnant, un très beau roman d’amitié… le tout servi par une plume exquise !

Et ce n’est pas tout ! Il y a un “plus” : la construction du roman est originale et amusante. En effet, nous lisons ce roman, passionnant dès les premières pages. On s’attache à Bastien dès sa première rencontre et on ose espérer qu’une longue amitié va se nouer entre Rose et Bastien (ou peut être entre Bastien et Paul, 5 ans). Et au bout de quelques chapitres, Rose prend la parole! Elle est en train de faire ses commentaires sur le roman que Paul, son fils, a écrit. Elle amène son point de vue, ses souvenirs, explique certaines choses… Le roman dans le roman, ce n’est peut être pas original mais ça fonctionne bien.

Surtout quand c’est bien écrit et qu’on apprend des tas de choses. Car on part au Tibet, on voyage, on fait des mandalas et des statues en beurre, et à la fin, une fois que tout est terminé, Rose impose à son fils de faire partager les recherches d’historienne qu’elle a faite sur les relations entre les nazis et le Tibet.

Tout ça pour notre plus grand plaisir, pour attiser notre curiosité et pour espérer que Jean-Marie Blas de Roblès nous concocte un roman tout aussi bon pour la rentrée 2012 !!!

Bref. En trois mots : coup de coeur.

Bibi, Victor-Lévy Beaulieu

Bibi est un homme vieillissant, atteint de poliomyélite. Il se retrouve à Libreville, au Gabon, parce que Judith, son amour de jeunesse, lui a donné rendez-vous. Cela fait deux ans que Judith lui donne rendez-vous dans des endroits incongrus de la planète et deux ans que Judith ne vient jamais. Bibi, homme vieillissant y va quand même, pour revoir les grands yeux violets de Judith et pour comprendre pourquoi elle lui fait faire le tour du monde après 40 ans de silence.

Je ne raconte là qu’un élément de l’histoire de Bibi. Car dans ce roman, tout y est. Un roman foisonnant, à la fois drôle, grave, intéressant par tout ce qu’il nous raconte : l’histoire du Gabon et de certaines tribus africaine, la vie de Bibi, jeune garçon que sa mère n’a jamais touché rêvant de devenir écrivain qui sera atteint par la polio vers 19 ans, l’histoire du Québec un peu aussi, pas de manière scolaire mais grâce aux aléas de la vie de Bibi Beauchemin, fervant défenseur de l’indépendance québécoise.

Bref, un roman au langage passionnant, un mélange de franco-québécois avec un brin d’une langue parlée seul par Victor-Lévy Beaulieu.

Un roman truffé de citation de Kafka et d’Antonin Artaud, un roman hommage à Victor Hugo et à la littérature en générale. Un roman qui nous emmène du Québec en Éthiopie en passant par le Paris de mai 68.

Un roman qui mérite qu’on s’y attarde, nous français qui ne connaissons rien de cet auteur archi-connu au Québec et ayant publié plus de 70 livres !! D’ailleurs je ne sais pas si les personnes qui connaissent déjà un peu l’œuvre de l’auteur appréciera ce Bibi autant que moi qui découvre complètement l’univers de Victor-Lévy Beaulieu.

Un roman foisonnant donc, avec son narrateur attachant, avec ses personnages secondaires complètement délurés, avec son écriture qui nous donne parfois le sentiment d’être nous même en train d’halluciner.

Un roman qui m’a beaucoup plu, malgré peut être une ou deux longueurs.

J’aimerais trouver un autre adjectif que “foisonnant” parce que je sens bien que je me répète. Je pourrais peut-être trouver une citation de Kafka pour illustrer mon propos, comme le fait Bibi à quasiment toutes les pages, mais ça serait peut-être plus judicieux de citer notre auteur québécois lui-même. Sauf qu’il faudrait citer le roman en entier.

Donc je n’ai qu’une chose à dire, en fait : lisez-le, dévorez-le, amusez-vous et apprenez des tas de choses sur l’Afrique ! Partez à la rencontre de Judith, du gros pharmacien, de abe abebé, de Caïus Picard, de Kafka, de Artaud et de Julien Gracq. Laissez-vous emporter par cet opus littéraire qu’on pourrait bien qualifier d’ovni… (nous français en tout cas! ;-))

PS : la couverture que vous voyez ici est l’édition québécoise. L’édition française est à paraître chez Grasset en septembre me semble-t-il.

Published in: on 30/07/2010 at 6:59 PM  Comments (5)