Underground, Haruki Murakami

En 1995, les passagers du métro de Tokyo ont été victimes d’une attaque terroriste au gaz sarin. Quelques personnes sont mortes, des centaines d’autres blessées et plusieurs ont des séquelles à vie, plus ou moins grave. Quelques mois plus tard, Murakami a interviewé le plus de personnes possibles ayant vécu ce moment, pour montrer au monde ce qu’ils avaient réellement vécu, vu et ressenti.

J’avoue être passée par plusieurs phases lors de la lecture de ce livre. Et je vais essayer de vous les restituer dans l’ordre “chronologique” de ma lecture.

J’ai donc d’abord trouvé ça un peu ennuyeux parce qu’assez répétitif, disons dans les 5 premières interviews. Et j’ai surtout trouvé que ça relevait vraiment du voyeurisme et je m’en voulais même de continuer, tout en me disant que je comprenais la démarche de Murakami : en parler pour ne pas oublier.

Et puis il y a eu une interview du frère d’une jeune femme qui a eu des graves séquelles. J’aurais pu être encore plus dégoûtée par moi-même de ce regain d’intérêt pour une femme qui existe vraiment et qui est devenu presque un légume (avant de faire de gros progrès), mais étrangement j’ai commencé à lire “entre les lignes” et plus que des témoignages de victimes, je me suis surtout intéressée aux témoignages de japonais… Cette jeune femme par exemple était caissière dans un supermarché. La veille de l’attaque était un dimanche, elle avait donc beaucoup de travail (on note : les supermarchés au Japon sont ouverts le dimanche et sont pleins à craquer), et la plupart du temps le dimanche elle n’a même pas le temps de prendre une pause pour déjeuner !!!!!!!!!  J’ai donc commencé à m’intéresser à ces petits détails : le temps de trajet extrêmement long qui est pour eux normal; le fait que beaucoup travaillent “dans des bureaux”, font des heures supplémentaires jamais payées; le fait que la plupart quitte leur parents seulement quand ils se marient, et que si les parents sont vieux ou malades, il y a toujours un enfant pour s’occuper d’eux sans jamais se marier…

J’ai ensuite été choquée de voir que les médecins, les pompiers, et le réseau des transport japonais ont complètement été dépassés par les évènements. La crise a été très mal gérée par toutes ces instances, et certains ont attendu des ambulances pendant une heure pour finalement héler des taxis !!!!! Il est dit à quelques reprises que le Japon avait été (au moins jusqu’alors) un lieu très sûr. Du coup, on peut comprendre qu’ils n’aient pas été suffisamment bien organisé et préparé.

Cependant un éminent médecin d’une université avait travaillé sur le gaz sarin (car il y avait eu une autre attaque auparavant), et par un hasard inouï, devait ce jour-là faire une conférence dessus. Il avait donc toutes ses notes. Il dit à Murakami qu’il a fait quelque chose qu’aucun japonais n’aurait fait : il a piétiné sur le rôle des autres, en appelant tous les hôpitaux et en leur faxant ses notes pour qu’ils sachent quoi faire. Ils ont ainsi évité de nombreux morts ou blessés grave. Je savais que la mentalité japonaise était très différente de la nôtre mais on se rend compte en une simple ligne à quel point ça peut tout changer…

Je vous avoue pourtant que le Japon, la mentalité et la société japonaises me fascinent, même si je ne prends jamais le temps de me documenter dessus.

Et pour faire comme Murakami et passer de la première à la seconde partie :

Dans cette partie, Murakami interviewe des membres de la secte qui a perpétré l’attaque. Secte ou ordre religieux, je vous avoue que vu les différents témoignages,  je ne saurai dire ce qu’il en est.

J’ai trouvé cette deuxième partie très intéressante parce que les quelques personnes interviewées ont des vécus, des avis et des ressentis très différents, à la fois sur la secte, sur leur “gourou” et sur le fait qu’il a ordonné cette attaque. Même si tout le monde est d’accord pour dire que c’est horrible. Et tout le monde y a vécu des bons moments et ne regrette pas les années passés en son sein. Chacun cherchait une espèce de simplicité à la vie, une élévation spirituelle…

Ce qui m’a choquée c’est cette jeune femme qui avait refusé des relations sexuelles avec le gourou et qui a subi des électrochocs, a perdu la mémoire et ne sait absolument pas ce qu’il s’est passé par la suite, pendant deux ans !!! Elle n’a pas du tout l’air de faire le rapprochement entre son refus et le traitement qu’elle a subi par la suite… Murakami retranscrit pourtant fidèlement les propos des personnes interviewées, avec leur accord, leur relecture etc. mais la manière dont c’est écrit m’a sauté aux yeux. Est-ce encore cette mentalité japonaise qui enfouit tout sous terre, essaie de ne pas faire en sorte que les dirigeants soient mis en cause et ne parle jamais de rien qui fait qu’elle ne fait pas le rapprochement ?

Ma dernière remarque sera sur le temps pris pour la traduction française (traduit d’ailleurs de l’anglais ?) : quand j’ai été contente de lire cet essai qui m’a permis de mieux connaître la société japonaise, j’ai vite remis les choses dans leur contexte : c’était il y a presque 20 ans, bien des choses ont changé dans le quotidien des japonais.

L’avis de Minou, avec qui je suis entièrement d’accord, mais qui est bien plus concise que moi !

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Published in: on 27/03/2013 at 8:48 PM  Comments (13)  
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